Publié le 20 avril 2010 à 05h00 | Mis à jour à 10h50
 
Danone cessera de vanter les effets bénéfiques de ses yogourts en Europe, la réglementation sur les allégations santé de l’Autorité européenne de sécurité des aliments n’étant pas assez claire, selon eux.
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Annie Morin
Le Soleil

 
(Québec) Danone a renoncé la semaine dernière à toute allégation santé pour vendre ses yogourts Activia et Actimel en Europe. Pendant ce temps, au Canada, la multinationale continue de vanter les effets bénéfiques de ses produits avec probiotiques sur le système digestif et le transit intestinal.
C’est le cadre législatif européen, et non un revirement scientifique, qui justifie le changement de cap de la maison-mère, assure Marie-Liesse Calmejiane, porte-parole de Danone, depuis Paris. Lors du dévoilement de ses résultats financiers trimestriels, jeudi, l’entreprise d’origine française a indiqué qu’elle retirait les demandes d’autorisation d’allégations pour ses deux produits phares, Activia et Actimel (ce dernier est connu en Amérique du Nord sous le nom DanActive), sur le Vieux Continent.
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), qui traite ces demandes, devait rendre son verdict dans les prochaines semaines, mais Danone considère maintenant qu’il y a un «manque de visibilité dans l’application du règlement européen sur les allégations santé» et mise sur une réunion prévue au début du mois de juin pour dénouer l’impasse.
En attendant, les campagnes publicitaires locales ne feront plus référence aux bienfaits des yogourts avec probiotiques pour la santé. Mme Calmejiane parle d’une «période de transition» où les aspects émotionnels de la marque auront préséance sur les prétentions scientifiques.
En Amérique du Nord, toutefois, le discours ne change pas. «Pour le Canada, c’est business as usual», indique Anne-Julie Maltais, chef des communications externes de Danone au Québec.
Déjà, le site Internet d’Activia en France tranche avec celui du Canada. Le premier, tout juste remanié, met en évidence des emballages et des saveurs tandis que le second parle abondamment des vertus des «bonnes bactéries» contenues dans le yogourt, à grands renforts de références scientifiques.
Si le consommateur n’y voit que du feu, les experts, eux, y voient un choix judicieux de mots qui valent leur pesant d’or. Pour Paul Paquin, directeur de l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels (INAF) à l’Université Laval, ceux choisis par Danone respectent les lignes directrices de Santé Canada sur les probiotiques. Alors qu’Ottawa est souvent accusé de traîner la patte dans le dossier des allégations santé, «là, on a au moins le mérite d’être clair et d’être un peu limitatif», souligne le professeur.
En Europe, les allégations sont plus nombreuses et plus précises, mais doivent être approuvées préalablement par l’EFSA. «C’est sûr que les entreprises vont toujours essayer de voir si ça va passer ou pas» avant l’échéance, dit-il pour expliquer la double vie de Danone.
Ici, Santé Canada et l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) sont conjointement responsables de la politique fédérale sur l’étiquetage des aliments, régie par la Loi sur les aliments et drogues. Les fabricants n’ont pas à soumettre de preuves avant d’élaborer leurs étiquettes, mais doivent être «en mesure de fournir des preuves acceptables quand on l’exige», explique Julie LePage, porte-parole de l’ACIA.
Pour François Décary-Gilardeau, d’Option Consommateurs, cet épisode fait tout de même ressortir l’«agressivité» des entreprises agroalimentaires, qui aimeraient faire usage d’allégations santé «sans donner toute l’information». «Évidemment, la question que cela pose est : Est-ce que Santé Canada évalue adéquatement les allégations permises? Est-ce que le système en place sert véritablement les besoins de consommateurs en empêchant des allégations santé décevantes? L’enjeu est important, car les produits dans la catégorie « bon pour la santé » permettent généralement d’aller chercher une prime, des prix supérieurs», ajoute-t-il.