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Philippe Eliès  Publié par Philippe Eliès le 03 janvier 2023 à 12h00

Voile. Toutes les questions que l’on se pose sur le Trophée Jules-Verne  – Voile – Le Télégramme (letelegramme.fr)

Les temps de référence sur le Trophée Jules-Verne de 1993 à 2017.

Les temps de référence sur le Trophée Jules-Verne de 1993 à 2017. (Le Télégramme)

Deux équipages sont en attente pour s’attaquer au record du Trophée Jules-Verne : un maxi-trimaran archimédien et un Ultime Volant.

Que peut-on attendre du match entre « Sails of Change » et « Edmond de Rothschild » ?

  • > C’est quoi le Trophée Jules-Verne ?

C’est un record autour du monde en équipage, sans escale, sans assistance, d’est en ouest en laissant les trois grands caps (Bonne Espérance, Leeuwin et Horn) à bâbord.

La ligne de départ et d’arrivée est matérialisée entre le cap Lizard en Angleterre et l’île d’Ouessant à la pointe bretonne.

Chaque performance est chronométrée par un organisme officiel en charge de valider les meilleurs temps à la voile, la WSSRC (World Sailing Speed Record Council).

  • > Comment est né ce record ?

Comme souvent autour d’une bonne table. L’idée est lancée un soir de l’année 1985 à La Trinité-sur-Mer par Yves Le Cornec, surnommé « Mickey », qui a déjà disputé deux éditions de la Route du Rhum : « Et si on faisait le tour du monde en 80 jours ? ».

Autour de la table, on trouve là plusieurs marins célèbres, tels Eugène Riguidel, Gabriel Guilly et une certaine Florence Arthaud.

Ce nouveau défi prend forme, un règlement, très épuré, est rédigé par quelques marins : il y a là Titouan Lamazou, Florence Arthaud, Jean-François Coste, Yves Le Cornec, Eugène Riguidel, Jean-Yves Terlain, Philippe Monet, les frères Peyron.

Le Trophée Jules-Verne est né : le record est ouvert à tout voilier, sans limite de taille et de nombre d’équipiers.

  • > Le record actuel est-il haut perché ?

Oui, en 2017, Francis Joyon et ses cinq équipiers avaient fait fort, très fort.

À la barre de son Idec Sport, maxi-trimaran archimédien, le menhir de Locmariaquer avait bénéficié d’une météo quasi idéale, notamment dans les mers du sud, avalées d’une traite, et surtout dans l’Atlantique Nord au retour.

Tous les candidats le savent, ce record de 40 jours, 23 h 30’30’’ sera difficile à battre.

Sails of Change a été modifié : le coque centrale est passée de 40 à 37 mètres.

Sails of Change a été modifié : la coque centrale est passée de 40 à 37 mètres. (Photo G.Lebec)

  • > Pourquoi le Trophée Jules-Verne est-il considéré comme LE record ?

Premièrement, parce qu’il est impossible de maîtriser la météo du début à la fin.

Les routeurs visent tous la même chose, à savoir une fenêtre météo qui donne un temps de passage au cap de Bonne Espérance entre 11 et 12 jours.

Les marins savent qu’il y a peu de gains à espérer dans l’Indien et le Pacifique.

Tout se joue dans l’Atlantique sud et nord.

Deuxièmement, parce que les risques de casse sont importants quand il s’agit d’avaler à toute berzingue la distance de 21 600 milles (environ 40 000 kilomètres).

Tous les appendices (dérives, foils, ailes de raie, safrans), qui traînent dans l’eau, ne sont pas à l’abri d’une mauvaise rencontre avec un OFNI (billes de bois, containers, mammifères marins, etc).

Les temps de passage d’Idec Sport lors de son record en 2017.

Les temps de passage d’Idec Sport lors de son record en 2017. (Source Trophée Jules-Verne)

  • > Pourquoi les marins y retournent-ils inlassablement ?

« Parce que c’est le plus beau des records », a toujours dit Yann Guichard qui est à sa 5e tentative en sept ans.

Le Trophée Jules-Verne représente le Graal pour les marins français.

Bruno Peyron (6 tentatives), Olivier de Kersauson (5), Franck Cammas (4) s’y sont cassé les dents avant de remporter le Trophée.

Chez les étrangers, le Néo-Zélandais Peter Blake s’y était collé à deux reprises dont une victorieuse en 1994 avec l’Anglais Robin Knox-Johnston à bord.

La Britannique Tracy Edward avait, elle, tenté le record en 1988 avec son équipage exclusivement féminin, dans lequel il y avait une certaine Sam Davies, mais elle avait démâté au large du Chili.

À lire sur le sujet Voile. Trophée Jules-Verne : le duo Guichard-Bertarelli remet ça !

Le Maxi Edmond de Rothschild s’attaque une nouvelle fois au record du Trophée Jules-Verne.

Le Maxi Edmond de Rothschild s’attaque une nouvelle fois au record du Trophée Jules-Verne. (Photo Éloi Stichelbaut – polaRyse)

  • > Les Ultimes volants sont-ils capables de tourner en moins de 40 jours ?

Sur le papier oui, sans problème. Les meilleurs routages donnent un tour du monde en 36-37 jours.

À peu près le même nombre de jours si on additionne les portions les plus rapides de tous les équipages.

  • > Non volant et plus lourd, le maxi-trimaran « Sails of Change » est-il battu d’avance ?

Bien sûr que non. Ce record autour du monde se gagne sur la fiabilité surtout, sur la capacité à tenir des moyennes élevées longtemps.

Le détenteur du record, Idec Sport, n’est-il pas un multicoque qui date de… 2006.

Ce trimaran signé VPLP (ex-Groupama 3, ex-Banque Populaire VII, ex-Lending Club 2) pèse 18 tonnes, soit 2 tonnes de plus qu’un Ultime récent.

Avec ses 23 tonnes, Sails of Change a certes besoin de plus de vent mais selon son skipper, il « a le record dans les pattes ».

  • > L’Ultime « Edmond de Rothschild » du duo Charles Caudrelier-Franck Cammas et le maxi-trimaran « Sails of Change » de la paire Yann Guichard-Dona Bertarelli peuvent-ils prendre la même fenêtre météo ?

Oui si elle est très bonne, c’est-à-dire si elle offre un passage à l’équateur à peu près 5 jours et un cap de Bonne Espérance en 11, voire 12 jours.

Non, si les premiers milles n’offrent pas assez de vent à « Sails of Change » (11 membres d’équipage) qui a besoin de 25-30 nœuds, là où « Edmond de Rothschild » (six membres d’équipage) se contente de 18-20 nœuds pour atteindre les mêmes vitesses.

Ce ne sont clairement pas les mêmes bateaux, ils ont des potentiels différents selon la force du vent et l’état de la mer.

« Peu importe qu’on parte avant, ou même temps ou après eux, l’important, c’est de finir avec un bon temps », a toujours dit Yann Guichard.

Ils sont 11 à bord de Sals of Change, contre seulement six à bord du Maxi Edmond de Rothschild.

Ils sont 11 à bord de Sals of Change, contre seulement six à bord du Maxi Edmond de Rothschild. (Photo G.Lebec)

  • > Y a-t-il une fenêtre météo à l’horizon ?

A priori non, pas cette semaine-ci. Dans le golfe de Gascogne, le vent reste orienté sud-ouest à ouest-sud-ouest, c’est-à-dire du vent pile dans l’axe de la route.

« Le premier anticyclone vient se coller à la péninsule ibérique et le suivant, en fin de semaine, ne semble pas laisser de passage dans son Est pour le moment… », selon Benjamin Schwartz, navigateur à bord de « Sails of Change ».

  • > Tout savoir sur le Trophée Jules-Verne

– Départ et arrivée : ligne entre le phare de Créac’h (Ile d’Ouessant) et le cap Lizard (Angleterre)

– Tour du monde du monde en équipage par les trois caps (Bonne Espérance, Leeuwin, Horn)

– Distance la plus courte à parcourir : 21 600 milles (environ 40 000 kilomètres)

– Ratification: World Sailing Speed Record Council, www.sailspeedrecords.com

– Temps actuel à battre : 40 jours, 23 h 30’ 30’

– Vitesse moyenne : 21,96 nœuds

– Date du dernier record : janvier 2017

– Détenteur : Idec Sport, Francis Joyon et ses cinq hommes d’équipage

– Site internet Trophée Jules-Verne

  • > L’équipage de Sails of Change

Yann Guichard (48 ans) ; Dona Bertarelli (54 ans) ; Thierry Chabagny (50 ans) ; Greg Gendron (39 ans) ; Clément Giraud (41 ans) ; Jacques Guichard (42 ans) ; Pierre Leboucher (41 ans) ; Christopher Pratt (41 ans) ; Xavier Revil (51 ans) ; Benjamin Schwartz (36 ans) ; Julien Villion (30 ans) ; Jean-Yves Bernot (routeur à terre)

En stand-by à Brest.

  • > L’équipage d’Edmond de Rothschild

Charles Caudrelier, Franck Cammas, David Boileau, Morgan Lagravière, Erwan Israel et Yann Riou.

En stand-by à Lorient La Base.

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