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Violences sexuelles : les cinq graves erreurs à ne pas commettre

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THÉRAPEUTIQUE par Dr Philippe Massol le 04-02-2016

Les 3emes Assises nationales sur les violences sexuelles qui se sont tenues à Paris en janvier, organisées par l’association SVS (Stop aux violences sexuelles) ont été l’occasion de faire le point sur ces agressions qui touchent un homme sur six et une femme sur quatre. L’occasion également de rappeler aux professionnels cinq éléments à ne pas méconnaitre face à une victime.

Les violences sexuelles dévastent les personnes qui en sont victimes, et impactent également leurs proches et leur descendance. L’ampleur des dégâts est trop souvent méconnue : des dégâts qualitatifs majeurs impactant tous les registres de la vie d’une personne, avec d’authentiques maladies aiguës ou chroniques, un aspect occulté et sur lequel les médecins et les soignants ne sont pas assez formés ; des dégâts quantitatifs avec des dizaines de milliers d’enfants victimes d’agressions sexuelles tous les jours dans notre pays et des centaines d’adultes victimes de viols. En 2010-2011, chez des personnes de 18 à 75 ans, on estime le nombre de “victimes déclarées” de violences sexuelles hors ménage à 286 000 dont 210 000 femmes ; de violences physiques ou sexuelles intra-ménage à 841 000 dont 567 000 femmes ; de viols et tentatives de viol à 193 000 dont 154 000 femmes (source : Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice – Rapport 2011). Les 3emes Assises nationales sur les violences sexuelles qui se sont tenues à Paris en janvier, organisées par l’association SVS (Stop aux violences sexuelles) ont permis de faire le point, deux ans après les 1ères Assises sur le plan d’action de l’Association conçu sur 5 ans.

“Grâce au formidable investissement de ses bénévoles et de ses 13 groupes de travail multidisciplinaires, SVS fait peu à peu bouger les lignes” souligne sa présidente, le Dr Violaine Guérin. “En 2015, de nombreuses sages-femmes ont participé aux formations dispensées par l’association pour déployer le protocole de prévention de la violence éducative. Des établissements ont mis en place le programme de prévention en milieu scolaire élaboré par un groupe de travail transversal (médecins, thérapeutes, enseignants)“, explique le Dr Guérin qui rappelle “qu’un enfant averti sait se protéger. Il est important d’agir partout où les enfants sont encadrés dans leurs activités. Si le monde sportif reste le plus mobilisé à ce jour tant sur les aspects prévention que thérapeutiques, le monde de la culture commence à être à l’écoute et cela nous réjouit”.

Violaine Guérin estime que “c’est finalement au niveau de l’éducation nationale et surtout des structures de santé (Ministère, ARS, …) que la résistance à l’écoute est la plus grande, alors qu’il y aurait tant de bénéfices à tirer d’une formation active des soignants au dépistage et au soin de ces violences “.

Les actions menées par l’association SVS sont multiples comme la réalisation d’une étude épidémiologique et médico-économique auprès de personnes victimes de violences sexuelles, la création d’outils à destination des professionnels, avec en particulier la mise au point d’un modèle de dossier d’expertise médicale judiciaire spécifique des violences sexuelles, la création d’antennes régionales et à l’étranger, la mises en places des programmes de prévention en maternité et en milieu scolaire, la mise à disposition de parcours de soins pour victimes et auteurs, la formation de professionnels de tous secteurs.

Ces professionnels doivent être informés que cinq graves erreurs sont à éviter face à une victime de violences sexuelles :

-Méconnaître les dégâts d’un attouchement 

Un attouchement conduit très souvent aux mêmes dégâts qu’un viol. Il n’est pas légitime de différencier viol et attouchement, et pour ces deux types d’agressions, la tolérance zéro doit s’appliquer, comme de nombreux pays l’ont maintenant bien compris et mis en place.

-Méconnaître l’ampleur des dégâts de la violence sexuelle

La violence sexuelle réalise des dégâts aux facettes multiples, conduisant en général à la mort physique et/ou psychique. La violence sexuelle réalise le meurtre de l’âme et impacte négativement la vie des êtres humains qui en sont victimes ; c’est un véritable crime contre l’Humain.

-Méconnaître les mécanismes d’amnésie traumatique et les délais d’émergence du traumatisme

Le principal mécanisme de protection psychique est la création d’une amnésie traumatique par des mécanismes neuro-endocriniens. Il est l’une des principales raisons des prises de conscience tardives chez la plupart des victimes. C’est pourquoi la tolérance zéro qui doit s‘appliquer aux violences sexuelles doit inclure l’imprescriptibilité sur le plan juridique.

-Faire des violences sexuelles un problème essentiellement féminin 

 La violence sexuelle concerne hommes et femmes dans des proportions très proches. Les racines de la violence sexuelle se trouvent dans les agressions sexuelles faites aux enfants, garçons et filles.

-Méconnaître la nature d’un auteur de violences sexuelles 

Les auteurs sont le plus souvent des victimes d’agressions sexuelles, vécues en général dans l’enfance. Un agresseur enfant envers un enfant a souvent une mauvaise définition des limites, peut vouloir tester ce que lui a été fait, peut exprimer sa colère et sa haine, peut vouloir agresser pour se venger. Un auteur adulte, ancienne victime, est une personne en souffrance qui exprime sa colère, sa haine, et des envies de meurtre contractées pendant la/les agression/s dont il a été victime.

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