Un nouveau consensus encourage l’utilisation de la ventilation par ballon-masque ou bouche à masque plutôt que par le bouche-à-bouche, ainsi que d’autres mesures de sécurité pour éviter la transmission de la COVID aux sauveteurs.

Par Pippa Wysong

une victime de noyade en train de se faire ventiler Profession Santé logo 23/02/2022

Une déclaration de consensus international élaborée récemment traite de la pratique de la réanimation cardio-pulmonaire (RCP) chez les victimes de noyade afin de réduire le risque de transmission de la COVID-19 par les victimes.

Le consensus de 13 pages a été publié dans JAMA Open Network et a été élaboré par des experts de 17 pays, dont le Canada.

On dénombre environ 500 noyades mortelles au Canada chaque année, le nombre de noyades non mortelles (celles qui ont été traitées par des manœuvres de sauvetage telles que la RCP et qui ont survécu) restant inconnu.

À l’échelle mondiale, la noyade se classe au troisième rang des causes de décès par blessure non intentionnelle et entraîne plus de 350 000 décès par an.

On estime le nombre de blessures non mortelles à plus d’un million chaque année, selon le Dr Cody Dunne, coauteur de l’étude Resuscitation of Drowned Persons During the COVID-19 Pandemic.

Il en est à sa troisième année de sa résidence en médecine d’urgence à l’Université de Calgary et membre du comité médical de l’International Lifesaving Federation et de l’International Drowning Researchers’ Alliance.

« Il est important de retenir qu’une noyade non mortelle peut tout de même entraîner une altération de la fonction et de la qualité des poumons qui peut être fatale », a-t-il déclaré.

Au cours des deux dernières décennies, la RCP préhospitalière en général s’est éloignée de la ventilation pour se concentrer davantage sur la compression.

Mais la ventilation reste importante chez les victimes de noyade, ainsi que chez d’autres personnes vivant un effondrement des voies respiratoires, comme les enfants dont la respiration s’arrête en raison d’une anaphylaxie ou d’un asthme grave.

« La noyade a un mécanisme d’arrêt cardiaque différent des autres formes d’événements cardiaques.

Les poumons ne reçoivent pas assez d’air et c’est ce qui provoque l’arrêt cardiaque, contrairement à une personne qui fait une crise cardiaque ou qui a un rythme anormal », a déclaré le Dr Dunne.

La compression et la ventilation sont des priorités dans l’algorithme de la RCP.

Lorsque la COVID-19 est apparue, la manière de pratiquer la RCP en toute sécurité est devenue une question importante pour les sauveteurs et secouristes.

Au début de la pandémie, l’American Heart Association a publié des directives révisées intégrant des mesures de sécurité, tout comme la Heart and Stroke Association.

Mais elles diffèrent de la déclaration de consensus, car elles ne recommandent pas la ventilation pour la grande majorité des personnes, a précisé le Dr Dunne.

La déclaration de consensus a été élaborée à partir d’un examen approfondi de la littérature, de multiples consultations, d’enquêtes et d’un processus de consensus.

Il en résulte des recommandations dans quatre domaines clés:

  • La prévention et l’atténuation des risques d’infection
  • La réanimation des personnes noyées pendant la pandémie de COVID-19
  • Les responsabilités des organisations
  • Les organisations incapables de respecter les directives recommandées

La prévention et l’atténuation des risques comprennent des facteurs tels que l’éducation du public en matière de sécurité aquatique, la mise en pratique de mesures de santé publique telles que la distanciation sociale et le dépistage, et le fait de disposer d’un équipement de protection individuelle (EPI) approprié.

En ce qui concerne la réanimation, la plupart des conseils de réanimation internationaux et nationaux ont recommandé de ne pas laisser les profanes pratiquer la ventilation pendant la RCP en raison de la COVID.

Mais la déclaration note que « dans le cas d’une noyade, l’arrêt est secondaire à l’hypoxie et son inversion est essentielle à la survie. Par conséquent, la ventilation est essentielle; la RCP par compression uniquement réduit considérablement la survie en cas de noyade ».

Le consensus propose un algorithme pour la réanimation à destination des sauveteurs aquatiques.

Le premier est d’éviter la ventilation par le bouche-à-bouche lorsqu’on est encore dans l’eau. Il est préférable d’amener la victime sur une surface solide le plus rapidement possible.

Il suggère ensuite d’appeler les services d’urgence, de revêtir un EPI et de se procurer un dispositif de ventilation tel qu’un masque de ventilation ou un dispositif sac-valve-masque.

Pour les victimes qui ont besoin d’être ventilées et pour lesquelles aucun dispositif de ventilation n’est disponible, la déclaration suggère de vérifier si une personne – vivant avec la victime et ayant reçu une formation en RCP – est sur place et peut être guidée dans le processus de ventilation.

« Il s’agit d’une étape d’atténuation des risques pour le sauveteur, explique le Dr Dunne, car les membres de la famille ont probablement le même statut infectieux que la victime. »

Les masques nécessaires à la ventilation bouche-à-masque sont des équipements courants dans les centres communautaires, les trousses de premiers soins et les trousses utilisées par les secouristes, poursuit le Dr Dunne.

Les masques sont également disponibles au grand public ayant reçu une formation en RCP, qui peut les porter sur lui en tout temps.

D’autres facteurs liés au risque doivent également être pris en compte, comme la prévalence de l’infection dans la communauté, l’existence ou non de protocoles d’atténuation tels que le dépistage dans les établissements, ainsi que l’âge et l’état de santé du secouriste (est-il lui-même à faible risque?).

La déclaration est utile pour les sauveteurs de divers créneaux, les organisations de sauvetage et les secouristes, soutient le Dr Dunne.

« Je pense que le message pour les médecins est que nous pouvons agir en tant que défenseurs de ces organisations, a-t-il dit.

Nous devrions défendre ces petites organisations ou ces intervenants de niche, comme les sauveteurs, afin qu’ils soient protégés et qu’ils aient des conseils sur la façon de faire leur travail en toute sécurité, tout en aidant leurs patients. »

Le Dr Amer Johri, professeur agrégé de médecine à l’Université Queen’s, a soutenu que la déclaration lui sera utile dans son propre travail avec les athlètes.

Il est cardiologue et suit des athlètes universitaires au Queen’s University Athletics and Recreation Center.

Le Dr Johri n’a pas participé à l’élaboration de la déclaration de consensus.

Toutefois, il a participé à l’élaboration des premières lignes directrices canadiennes sur le dépistage cardiovasculaire chez les athlètes de compétition et s’intéresse aux questions liées à la RCP.

« Nous sommes préoccupés par la RCP et le DEA (défibrillation) chez les athlètes qui ont un effondrement des voies respiratoires et par ce qu’il faut faire dans cette situation.

Il y a pas mal d’athlètes qui ont eu la COVID. Le virus est toujours présent dans la communauté et nous devons tenir compte de la possibilité de transmission de l’infection à un secouriste. Cette nouvelle directive présente des mesures très pratiques », a-t-il déclaré.

Il serait judicieux de se montrer prudents lors de l’ouverture d’installations aquatiques et de recourir au besoin à des mesures de santé publique telles que la limitation du nombre de personnes et le dépistage.

Il est utile de s’assurer que les EPI sont disponibles dans les installations, de former les sauveteurs à leur utilisation et d’établir des protocoles de décontamination et d’élimination des EPI.