BIOLOGIE-ANATOMO-PATHOLOGIE  –  Par Charline Delafontaine le 30-04-2020

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Le vieillissement et la mort sont-ils biologiquement surmontables ? Eléments de réponse avec le Pr Hélène Merle-Béral, qui vient de publier l’ouvrage « L’immortalité biologique » aux éditions Odile Jacob.

Hélène Merle-Béral est médecin, professeur d’hématologie à Sorbonne Université. Spécialiste des leucémies, elle a dirigé le service d’hématologie biologique de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Elle est l’auteure de l’ouvrage « L’immortalité biologique » qui vient de paraître aux éditions Odile Jacob.

L’immortalité biologique existe-t-elle ?

Oui bien sûr, l’immortalité biologique existe… Elle a d’ailleurs une définition officielle, c’est la possibilité pour un organisme de rajeunir ou de vieillir indéfiniment, c’est à dire qu’il est biologiquement immortel mais reste toutefois sensible aux éléments extérieurs.

Il y a un être vivant connu qui correspond exactement à cette définition, c’est la méduse Turritopsis dohrnii. Cette espèce d’environ 1cm de diamètre et originaire de la mer des Caraïbes vit sous deux formes : la forme « polype » et la forme « méduse ».

Lorsqu’elle est confrontée à des situations extérieures qui la menacent, la méduse Turritopsis dohrnii peut choisir de refuser la mort en repassant directement à l’état de polype – beaucoup plus solide et insensible au stress extérieur – par un processus de transdifférenciation : ses cellules passent de cellules différenciées de la méduse adulte à d’autres cellules différenciées qui sont celles du polype, et ce sans passer par l’étape de la larve.

Enfin lorsque les conditions extérieures s’améliorent, elle revient à l’état de méduse adulte. Cette espèce correspond exactement à la définition d’immortalité biologique…

En tant que médecin et professeur d’hématologie, vous avez pu observer cette immortalité biologique au microscope…

Il est vrai que les cellules leucémiques, que j’ai pu observer au microscope lors de mon parcours d’hématologiste, sont impressionnantes car elles se divisent anarchiquement et indéfiniment, et cette forme d’immortalité est à combattre par le traitement. En parallèle, il y a les cellules souches hématopoïétiques, à l’origine de toutes les lignées sanguines.

Elles ont la propriété de s’auto-renouveler et sont utilisées pour remplacer les cellules détruites par la chimiothérapie ainsi que toutes les cellules qui meurent par un mécanisme de mort cellulaire programmée (apoptose et autophagie) ou par lésion ou accident au cours de la vie.

Chez l’homme est-il légitime d’imaginer pouvoir, à l’avenir, accéder à un état d‘immortalité biologique ?

C’est là tout le projet et les promesses des transhumanistes : augmenter les capacités de l’être humain au-delà de ses potentialités naturelles, grâce à la synergie des biotechnologies connues sous l’acronyme NBIC : les nanotechnologies, les biotechnologies, l’intelligence artificielle et les sciences cognitives.

De la convergence de toutes ces technologies, on obtiendrait un homme biologiquement immortel mais restant sensible aux « agressions extérieures » telles que des blessures, accidents, meurtres, nouveaux virus ou suicides… C’est à dire un homme qui ne meurt pas ou en tout cas capable de vivre plusieurs centaines d’années. Pour les transhumanistes, la mort ne devient qu’un nouveau problème à résoudre.

S’agit-il là d’un fantasme ? Ou est-ce une réalité vers laquelle on tend plus ou moins lentement ? La médecine a résolu au cours des cinquante dernières années de nombreux problèmes jusqu’alors considérés comme insolubles, alors pourquoi pas celui-ci ?

Aujourd’hui on régénère et on reconstruit des tissus et organes humains grâce aux cellules souches et à l’impression en trois dimensions, on parvient à faire palpiter des cœurs grâce à des piles, des paraplégiques remarchent grâce à des exosquelettes, des aveugles retrouvent la vue grâce à la stimulation optogénétique du cortex visuel…

Même si on ne croit pas ou ne souhaite pas croire à la possibilité d’une vie sans fin, les fantastiques avancées des biotechnologies rendent vraisemblables le ralentissement du vieillissement et le recul de l’échéance de la mort. L’homme qui vivra plusieurs centaines d’années serait-il déjà né ? Aujourd’hui la question semble légitime.

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