15/06/2010 | Neurologie , Psychiatrie
 
Deux études, présentées au congrès international sur les mouvements anormaux (Buenos-Aires, 13-17 juin), suggèrent l’intérêt de deux molécules dans le syndrome de Gilles de la Tourette : un anti-psychotique atypique, l’aripiprazole, et un anti-épileptique, le levitiracetam.
Le syndrome de Gilles de la Tourette (SGT) est une maladie neurologique à composante génétique. Elle est caractérisée par des tics involontaires, soudains, brefs et intermittents, des mouvements (tics moteurs) ou des vocalisations (tics sonores). S’y ajoutent fréquemment un ou plusieurs troubles du comportement : déficit de l’attention-hyperactivité, troubles obsessionnels compulsifs, crises de panique ou de rage, troubles du sommeil ou de l’apprentissage. Sa prévalence est estimée à 1 sur 2000 – voire à 1 sur 200 si l’on prend en compte les formes mineures, comprenant les tics transitoires ou chroniques.
 
Les symptômes de SGT peuvent être atténués par des neuroleptiques (rispéridone), par des antidépresseurs sérotoninergiques ou par des anxiolytiques (benzodiazépines). Une thérapie comportementale peut être proposée pour améliorer les symptômes.
Au congrès sur les mouvements anormaux qui se tient en ce moment à Buenos-Aires, deux études ont été présentées sur l’intérêt potentiel de deux nouvelles molécules dans cette maladie : un anti-psychotique atypique, l’aripiprazole, et un anti-épileptique, le levitiracetam.
Un anti-psychotique atypique semble efficace sur les tics
Plusieurs études suggéraient l’intérêt de l’aripiprazole dans l’amélioration des tics, des troubles anxieux et des troubles de l’humeur associés au syndrome de Gilles de la Tourette. L’aripiprazole est un agoniste dopaminergique D2 partiel et sérotoninergique (sur les récepteurs 5HT1A), et un antagoniste sérotoninergique (sur les récepteurs 5HT2A.).
Une étude rétrospective a permis d’estimer les bénéfices de son utilisation chez 27 patients atteints de SGT, âgés en moyenne de 20±11 ans, avec un suivi moyen de 24±5 mois. La dose moyenne d’aripiprazole est de 10±2mg/jour.
  
Résultats : sous aripiprazole, les tics s’améliorent significativement, les troubles compulsifs s’améliorent légèrement mais aucune amélioration du déficit de l’attention n’est obtenue. Dix des 27 patients ont arrêté l’aripiprazole : 7 par manque d’efficacité et 3 pour intolérance. Ces résultats – à confirmer – sont encourageants pour améliorer les tics chez des patients réfractaires aux autres anti-psychotiques. Un essai clinique randomisé et contrôlé serait à prévoir avec l’aripiprazole dans le traitement du SGT.
 
Un anti-épileptique améliorer les tics, le comportement et les performances scolaires
Le levetiracetam est antiépileptique aux effets GABAergiques. Son intérêt dans les tics et le SGT était suggérée par des études observationnelles antérieures. Une étude randomisée en double aveugle, versus placebo, a été menée pour évaluer l’efficacité et la tolérance du levetiracetam sur les tics moteurs, vocaux, sur le comportement et les performances scolaires de 24 enfants et d’adolescents âgés de 6 à 18 ans, atteints de SGT. La posologie du levetiracetam était progressivement augmentée jusqu’à 1 à 2g/jour.
  
Résultats : après un suivi de 8 semaines, 10 des 12 patients sous levetiracetam ont été améliorés sur toutes les échelles (impression clinique globale et évaluation des tics) et 4 patients ont amélioré leur comportement et leurs performances scolaires. Un seul patient du groupe placebo a été amélioré. Deux patients sous levetiracetam ont arrêté le traitement à cause d’une aggravation de leurs troubles du comportement. Des résultats intéressants, à confirmer par des essais de plus grande ampleur.
 
Florence ROSIER