Par Geoffrey Dirat

enfant qui a le cancer Profession Santé logo  08/10/2021

Des chercheurs de l’Hôpital de Montréal pour enfants du Centre universitaire de santé McGilll et de l’hôpital SickKids, à Toronto, ont mis au point une application qui permet d’identifier quels patients atteints d’un premier cancer devraient bénéficier d’un dépistage génétique.

La pertinence de leur outil et son utilité clinique viennent d’être mises en lumière par une étude publiée par le JAMA Oncology.

Gratuite, disponible sur l’App Store ou Google Play, bilingue et simple d’usage, l’application MIPOGG (pour McGill Interactive Pediatric OncoGenetic Guidelines) est déjà utilisée par près de 1000 médecins dans une cinquantaine de pays à travers le monde.

À l’aide d’un questionnaire en cascade auquel les praticiens répondent par oui ou par non, l’outil permet d’identifier les patients susceptibles d’avoir un syndrome de prédisposition au cancer (SPC) et qui devraient passer une évaluation génétique pour vérifier s’ils présentent effectivement un risque plus élevé.

Près de 150 SCP différents ont été identifiés à ce jour et les enfants cancéreux qui présentent une telle prédisposition ont un risque accru de développer d’autres cancers plus tard dans leur vie.

« Poser un diagnostic de SPC nécessite l’expertise d’un clinicien, l’accès à des tests génétiques et aux professionnels pour interpréter les résultats », signale la Dre Catherine Goudie, hématologue-oncologue pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

« La réalité, poursuit la chercheuse junior à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM), c’est qu’au Québec, comme dans la plupart du monde, on ne dispose pas de ces ressources-là.

MIPOGG permet de mieux cibler les enfants qui doivent subir un test génétique et donc de mieux allouer les ressources disponibles. »

Dans le cadre de l’étude publiée le 7 octobre dans le JAMA Oncology, l’équipe de chercheurs a évalué la performance de MIPOGG sur plus de 1000 patients au Canada et aux États-Unis qui avaient un cancer ou en avaient eu un par le passé.

Dans 98,6% des cas, l’application a convenablement identifié les enfants qui ne présentaient pas de SCP et pour qui un examen génétique serait donc superflu.

« C’est majeur », affirme la Dre Goudie.

L’étude a également montré que les enfants ayant obtenu un résultat positif au MIPOGG avaient 17,6% de chances d’avoir un SPC.

« Il n’y a pas de règle, mais en général, on fait passer un test génétique s’il y a 5 à 10% de chances de trouver quelque chose », souligne l’hématologue-oncologue pédiatrique.

Si MIPOGG contribue à un meilleur repérage des enfants ayant besoin d’un suivi renforcé, l’outil peut aussi bénéficier aux autres membres de leurs familles.

Lorsqu’une prédisposition au cancer est détectée sur un patient, ses proches pourront eux aussi faire l’objet d’une surveillance accrue.

Cinq ans de développement

Dans une autre étude, publiée cet été dans le Journal of Clinical Oncology, l’équipe de chercheurs a également montré que MIPOGG peut aider à prédire quels survivants du cancer chez l’enfant risquent de développer d’autres cancers ultérieurement, au-delà des facteurs de risque connus que sont la chimiothérapie et la radiothérapie.

Né d’une idée de la Dre Goudie et du Dr William Foulkes, généticien clinique du cancer et scientifique principal à l’IR-CUSM, MIPOGG a nécessité cinq années de développement.

L’application recourt à 140 algorithmes décisionnels, un par type de cancer pédiatrique, pour analyser les données des patients ainsi que leurs antécédents personnels et familiaux.

À terme, les chercheurs veulent y ajouter « une couche d’intelligence artificielle afin de faciliter les mises à jour et améliorer la capacité de prédiction de l’outil », indique la Dre Goudie, dont le but ultime serait de prévenir la plupart des cancers avant leur apparition.

En attendant, grâce à MIPOGG, « on va pouvoir mettre les ressources au bon endroit et offrir un suivi particulier à ceux qui en ont le plus besoin. »