Par Pippa Wysong

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Description générée automatiquement Profession Santé logo 19/11/2021

L’étude SSaSS (Salt Substitute and Stroke Study) a montré que le simple fait de remplacer le sel de table par un substitut de sel enrichi en potassium avait un impact significatif sur la santé cardiovasculaire et la mortalité.

Cette découverte est « pertinente pour tous ceux qui mangent », a déclaré le Dr Bruce Neal, professeur de médecine à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud à Sydney, en Australie.

Il a présenté les résultats de l’étude SSaSS lors du récent congrès annuel (virtuel) de la Société canadienne de cardiologie.

L’essai randomisé ouvert a été lancé en 2014 et a recruté 20 995 adultes, âgés de 60 ans et plus, ayant des antécédents d’accident vasculaire cérébral ou de pression artérielle mal contrôlée.

La cohorte provenait de 600 villages ruraux de Chine, avec environ 35 participants dans chaque village.

Les participants n’avaient pas d’antécédents autodéclarés de maladie rénale grave, ni d’utilisation de suppléments de potassium ou de diurétiques épargneurs de potassium.

L’objectif était de définir les effets du substitut de sel, par rapport au sel ordinaire, sur les accidents vasculaires cérébraux.

Les résultats secondaires comprenaient les événements cardiovasculaires indésirables majeurs et la mortalité totale.

La randomisation a été effectuée par village: des habitants de 300 villages (10 504 participants) choisis de façon aléatoire ont utilisé le substitut du sel, et les participants des 300 autres villages ont consommé le sel de table ordinaire.

Ce dernier était composé à 100% de chlorure de sodium et le substitut de sel, de 75% de chlorure de sodium et de 25% de chlorure de potassium.

Les participants ont utilisé le sel ou le substitut comme ils le feraient normalement.

Des données sur leur santé ont été recueillies au début de l’étude, ainsi qu’après un, deux et cinq ans.

« Nous avons prévu un suivi semestriel pour tous les participants. Nous avons collecté systématiquement, tous les six mois, des données sur la santé grâce au système d’assurance maladie et aux bases de données sur la mortalité.

Nous avons également effectué un suivi en personne pendant les deux premières années et lors de la visite finale », a-t-il déclaré.

Des mesures en personne de la pression artérielle et des électrolytes urinaires ont été effectuées chaque année au sein d’un sous-ensemble de 54 à 140 villages.

Les facteurs tels que l’âge (65 ans en moyenne), les antécédents d’accident vasculaire cérébral, la pression artérielle non contrôlée, le diabète, la pression artérielle, etc. étaient similaires entre les groupes au départ.

Initialement, 73% avaient des antécédents d’accident vasculaire cérébral, 60% avaient une pression artérielle non contrôlée et 30% avaient les deux.

Vingt-trois pour cent utilisaient des inhibiteurs de l’ECA ou des ARA, des antagonistes du calcium (42%) ou des antihypertenseurs (80%).

Au total, 90% des participants ont déclaré une hypertension, et la pression artérielle moyenne était de 154/89 mmHg.

Le sodium urinaire moyen sur 24 heures était de 182-191 mmol de sodium et 36 mmol de potassium urinaire.

Les participants souffrant d’une maladie rénale chronique ou présentant un risque d’hyperkaliémie ont été exclus.

Au bout de cinq ans, 92% des personnes du groupe d’intervention utilisaient toujours le substitut de sel, et 6% des personnes du groupe témoin avaient commencé à utiliser le substitut de sel.

La différence moyenne de pression artérielle systolique entre les groupes était de 3,34 mmHg, les villageois utilisant le substitut de sel ayant une pression plus faible.

La différence moyenne de pression artérielle diastolique était de 0,67 mmHg entre les groupes.

Les résultats ont également montré une baisse de l’excrétion de sodium sur 24 heures dans le groupe du substitut de sel.

La différence entre les deux groupes est passée d’une moyenne de 9,96 mmol au départ à -15,21 mmol après cinq ans.

Chacune des années de l’étude a également montré que moins d’accidents vasculaires cérébraux se sont produits dans la cohorte du substitut de sel.

Au total, 3123 accidents vasculaires cérébraux ont été enregistrés.

Exprimé en événements par 1000 années-personnes, le nombre d’AVC était de 29,14 dans le groupe du substitut de sel et de 33,65 dans le groupe des utilisateurs réguliers de sel.

« Les preuves de la protection contre les accidents vasculaires cérébraux sont très claires », a déclaré le Dr Neal.

Il y a eu au total 5241 événements cardiovasculaires indésirables majeurs chez 4499 personnes, le nombre d’événements étant significativement plus élevé chez les utilisateurs de sel, avec un rapport de taux de 0,87.

En ce qui concerne l’hyperkaliémie, 331 événements au total ont été enregistrés, avec un rapport de taux de 1,04.

« Il s’agit d’un essai randomisé par grappes et l’analyse se fait en fonction des taux dans les grappes, et non du nombre d’événements…

Si je vous donne des chiffres, les gens essaieront d’estimer l’effet sur la base de ces chiffres et obtiendront une mauvaise réponse », a-t-il déclaré par courriel au Medical Post, une publication sœur de ProfessionSanté.ca.

La mortalité a différé entre les utilisateurs de sel et du substitut; les décès, toutes causes confondues, survenant dans 39,28 cas pour 1000 années-personnes, contre 44,61 chez les utilisateurs réguliers de sel.

D’une manière générale, les hommes utilisant le substitut de sel avaient un avantage légèrement supérieur à celui des femmes pour la plupart des mesures, a-t-il précisé.

« Nous pensons que ce résultat est probablement pertinent pour toutes les personnes qui consomment du sel, car la nature des associations entre le sodium, le potassium et la pression artérielle, et entre la pression artérielle et les résultats cliniques est très cohérente dans diverses populations », a déclaré le Dr Neal.

Un substitut contenant du potassium a été utilisé parce que le potassium a des effets connus d’abaissement de la pression artérielle qui vont au-delà de la réduction du sodium alimentaire.

« Les fabricants et les détaillants de sel du monde entier pourraient passer à la production et à la commercialisation à grande échelle du substitut du sel; l’industrie agroalimentaire pourrait reformuler ses produits pour obtenir des compositions à plus faible teneur en sodium et à plus forte teneur en potassium; les gouvernements pourraient élaborer des politiques visant à promouvoir le substitut du sel et à décourager l’utilisation du sel ordinaire; et les consommateurs pourraient cuisiner, assaisonner et conserver les aliments avec le substitut du sel plutôt qu’avec du sel ordinaire», a-t-il ajouté.

Les résultats présentés n’indiquent pas si les participants ont consommé des aliments hyper-transformés ou des sauces de cuisson comme la sauce soja.

La Dre Padma Kaul, professeure de médecine à l’Université de l’Alberta, s’est demandé si la réduction du sel à elle seule pouvait constituer une intervention efficace, «et si d’autres compositions de substituts du sel avaient été envisagées ».

Elle a pris la parole lors du congrès de la SCC, mais n’a pas participé à l’étude.

Précautions à prendre en ce qui concerne les substituts du sel

Selon le Harvard Heart Letter, le Dr Deepak Bhatt, cardiologue au Brigham and Women’s Hospital, a émis des réserves sur la supplémentation en potassium.

Une quantité trop faible ou trop élevée est problématique, et différents facteurs tels que les médicaments peuvent faire varier les taux dans un sens ou dans l’autre.

Certains diurétiques abaissent les taux de potassium, d’autres les augmentent.

Certains inhibiteurs de l’ECA, comme le lisinopril ou le ramipril, peuvent augmenter le taux de potassium, tandis que des analgésiques courants comme l’ibuprofène ou le naproxène le diminuent.

Les reins aident à réguler les niveaux de potassium, mais l’âge, le diabète, l’insuffisance cardiaque et d’autres conditions peuvent altérer la fonction rénale.

« En conséquence, les taux de potassium peuvent atteindre des niveaux élevés, entraînant des troubles dangereux du rythme cardiaque, voire un arrêt cardiaque. », écrit-il.

De nombreuses épiceries proposent des substituts de sel contenant du potassium.

« Les personnes qui essaient de réduire leur consommation de sodium peuvent essayer ces produits.

Mais si vous prenez un diurétique épargneur de potassium, comme la spironolactone, vous devez éviter les substituts de sel et limiter les aliments riches en potassium », souligne-t-il.

Pour les patients souffrant de problèmes rénaux, il existe des substituts de sel disponibles dans le commerce qui ne contiennent pas de potassium.