Publié le 08/12/2020

Le sommeil tenait une place de choix dans la programmation du 12ème Congrès français de psychiatrie.

Il est vrai qu’il occupe aussi une grande place dans notre vie, puisque nous passons près d’un tiers de celle-ci à dormir.

Le sommeil participe à la maturation cérébrale, et donc au développement, pendant l’enfance et l’adolescence, à la restauration énergétique et, tout au long de notre vie, à la consolidation mnésique (apprentissage, plasticité cérébrale).

Au-delà de ces fonctions, il contribue aussi au maintien de notre équilibre thymique, immunitaire et hormonal et l’on sait aujourd’hui que de nombreuses fonctions du corps sont soumises à l’horloge biologique et au rythme veille-sommeil.

Rappelons que le besoin en sommeil est âge-dépendant, mais il est aussi génétiquement déterminé, avec, chez l’enfant comme chez l’adulte, des courts dormeurs et des longs dormeurs.

L’adolescence est un âge particulier, où le besoin de sommeil est encore important, alors que la structure du sommeil se modifie et que l’horloge interne a tendance naturellement à se décaler.

Des travaux ont montré que la privation de sommeil peut avoir des conséquences importantes sur la santé mentale des adolescents.

L’une des interventions du Pr Carmen Schröder était consacrée à ce sujet.

Les réveils nocturnes multiplient par 4 le risque de tentatives de suicide

En 2015, Winsler montrait, sur une population de plus de 27 000 adolescents de 13 à 17 ans, qu’une heure de sommeil en moins, en semaine, était associée à une augmentation des idées suicidaires et des tentatives de suicide.

Ceci pose un réel problème de santé publique, si l’on se souvient que les conduites suicidaires concernent 10 % des adolescents.

Plusieurs facteurs responsables ont été identifiés et parmi eux, la durée du sommeil : plus elle est courte, plus il y a risque de tentative de suicide, alors qu’une durée de sommeil ≥ 9 heures a plutôt un effet protecteur.

Le risque d’idées suicidaires augmente aussi quand il existe un décalage de plus de 2 heures entre la durée de sommeil pendant la semaine et le week-end (« jet lag social »).

Mais les facteurs les plus impactant sont les réveils nocturnes fréquents, qui multiplient par 4 le risque de tentatives de suicide, et le sommeil décrit par l’adolescent comme « non réparateur » et qui multiplie le risque de tentative de suicide par 3.

44 min de sommeil en moins chez les adolescents suicidants

Une étude descriptive, comparative et transversale a été menée aux urgences pédiatriques et pédopsychiatriques du CHRU de Strasbourg et de Nancy.

Elle inclut 58 adolescents ayant fait une tentative de suicide (âge moyen 14,3 ans). Ils étaient comparés à 225 sujets témoins du même âge.

Il apparaît que les jours d’école, une durée de 44 minutes de sommeil en moins a été comptabilisée chez les suicidaires au cours du mois précédant le passage à l’acte, et une latence d’endormissement supérieure de 34 mn.

Il s’agit d’une étude d’association, et la méthodologie fait que l’on ne peut pas écarter l’hypothèse qu’une certaine qualité de sommeil soit un trait qui peut fragiliser certains adolescents pour un trouble psychiatrique, ou que le déficit de sommeil soit déjà un symptôme du trouble dépressif associé.

Mais il se peut aussi que le trouble du sommeil, quand il s’ajoute à un trouble pédopsychiatrique, précipite le passage à l’acte, notamment par une désinhibition au niveau frontal.

Cela confirme l’importance de la prévention, du repérage et de la prise en charge précoces des déficits en sommeil chez les adolescents.

Dr Roseline Péluchon

RÉFÉRENCE : Pr Carmen Shröder – Impact d’un déficit du sommeil en pédopsychiatrie : de l’autisme aux adolescents suicidants. 12ème Congrès Français de Psychiatrie (e-CFP) –25- 28 novembre 2020

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