Multi50 / lundi 24 mai 2010
 
75 secondes, c´est environ 400 mètres d´écart, c´est encore moins que le temps d´un virement de bord sur ce type de bateau. Quand on est battu, qu´on finit aussi près du vainqueur, on se dit forcément qu´à un moment de la course, on aurait pu gagner ces quelque quatre cent mètres qui font défaut sur la ligne d´arrivée. Mais quand on a gagné, on sait aussi que cette victoire-là ne tient qu´à un fil..
En ce lundi de Pentecôte, la messe est donc dite. La victoire a choisi son camp et est revenue à l’équipage de Franck-Yves Escoffier dans cette première étape de la Vendée Saint-Pétersbourg. A ses côtés, le navigateur malouin avait emmené deux sacrés gaillards. Loïc tout d’abord, fils de : carrure de rugbyman, dur au mal à force de pratiquer la pêche entre plateau des Minquiers, chenal de la Déroute ou basses du cap Fréhel, Loïc est une sorte de colosse débonnaire, toujours un bon mot à la bouche, le propre à ramener la sérénité nécessaire même dans les heures difficiles.

Antoine Koch, quant à lui, tout en discrétion, apporte dans son bagage toute sa science de navigateur, sa formation d’ingénieur et une intelligence tactique rare. Cumulés à l’expérience de Franck-Yves Escoffier, ces deux cursus ont pesé leur poids dans la décision finale en faveur de Crêpes Whaou ! 3.

Derrière, l’équipage d’Actual s’est battu jusqu’au bout pour forcer le destin. Allant même jusqu’à hisser le code zéro (sorte de génois surdimensionné) pour tenter de forcer la décision alors que le vent commandait une certaine prudence. Jusqu’à la ligne d’arrivée, ils ont cru pouvoir combler ce retard minuscule, qui n’obère en rien le classement final de la course, mais pèse lourd psychologiquement.

Et pourtant Yves Le Blévec, lui aussi, avait su s’entourer d’une équipe de haut niveau. Eric Loizeau, tout d’abord, venu pour une pige sur l’aller, qui sut aux débuts de la course au large, mener autour du monde une bande de copains transformés pour l’occasion en rouages d’une machine de guerre à bouffer de l’Anglo-Saxon, à une heure où les courses en équipage étaient l’apanage des sujets d’Albion. Mais aussi Ronan Deshayes, régatier talentueux et préparateur méticuleux qui mit toute sa connaissance du bateau au service de la performance.

La Baltique à grand train
Plus à l’arrière, les écarts ne cessent de se resserrer. Poussés par un fort courant d’ouest, les poursuivants dévorent les milles à plus de quinze nœuds de moyenne. La Baltique a changé de visage et le lac d’eaux calmes a fait place maintenant à un plan d’eau agité où l’eau qui cingle les visage est rarement à plus de huit degrés et rappelle douloureusement qu’on est par plus de 55°N, à la latitude des îles Shetlands… et qu’il n’y pas si longtemps, les fleuves qui alimentent la Baltique étaient pris par les glaces.

Si Crêpes Whaou ! 2 n’a pas de raison de s’inquiéter pour la troisième marche provisoire du podium, plus à l’arrière la régate fait rage entre Anne Caseneuve (Croisières Anne Caseneuve), Lalou Roucayrol (Région Aquitaine Port-Médoc), revenu en cinquième position, Pierre Hingant (La mer révèle nos sens) et Erwan Le Roux (FenêtréA Cardinal). Entre ces quatre équipages, la moindre faute d’inattention va se payer cash, la moindre hésitation stratégique peut coûter des milles qui vaudront cher. L’arrivée de Crêpes Whaou ! 2 est estimée dans le courant de la nuit prochaine. Le reste de la flotte devrait rejoindre Saint-Pétersbourg entre mercredi et jeudi.

Ils ont dit:
Franck-Yves Escoffier (Crêpes Whaou ! 3)
« J’ai de la chance d’avoir navigué avec un équipage très talentueux. On a eu un petit souci la première nuit : après sept heures de course, on a cassé notre point d’écoute de grand-voile. On a dû naviguer la première nuit avec un ris dans la grand-voile. Ensuite, on a bricolé mais notre bordure de grand-voile avait une sale allure. Soixante quinze secondes après 1900 milles, c’est dérisoire, c’est rien. Quand on sait qu’il ne s’est pas passé une seule journée sans que nous naviguions à vue, cela donne une idée du rythme qu’on a tenu. En tous les cas, on a vraiment besoin de faire un break, de se reposer… »

Hervé Cléris (CLM)
« On se débat dans la pétole sous un nuage. Le vent vient de passer de sept à zéro nœud.  On a fait un passage du détroit entre Copenhague et la Suède qui était magique. Il faut imaginer, un dimanche, tous les voiliers de sortie, un trafic incroyable avec les ferries, les cargos, les chenaux qu’il faut respecter sous peine de s’échouer sur les bancs de sables et notre trimaran qui file au milieu de tout ce beau monde à vingt nœuds, c’était incroyable.  On se faisait la réflexion avec Christophe (Dietsch), on trouve pas mal de correspondance avec l’embouchure du Saint-Laurent. Ces mers froides où la différence de température fait que parfois tu n’as pas le même vent au niveau des flotteurs qu’en tête de mât. »

Classement au pointage de 16 heures
– 1 Crêpes Whaou ! 3 (FY Escoffier) arrivé le 24 mai à 7h31mn49s
– 2 Actual (Y Le Blévec) arrivé le 24 mai à 7h33mn04s
– 3 Crêpes Whaou ! 2 (L Féquet) à 118 milles de l’arrivée
– 4 Naviguez Anne Caseneuve (A Caseneuve) à 247,2 milles du premier bateau encore en course (Crêpes Whaou!2)
– 5 Région Aquitaine Port-Médoc (L Roucayrol) à 267 milles du premier
– 6 FenêtréA-Cardinal (E Le Roux) à 278,9 milles du premier
– 7 La mer révèle nos sens (P Hingant) à 281,4 milles du premier
– 8 CLM (H Cléris) à 301,7 milles du premier
– 9 ? R2 (E Hochédé) à 378,1 milles du premier