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Trop de sport après un infarctus peut nuire à la santé

Par Catherine Crépeau   Mise en ligne : 28 août 2014

Vous avez décidé de courir pour retrouver la forme après un infarctus? Bravo. Mais attention, au-delà d’un certain nombre de kilomètres, vous pourriez au contraire nuire à votre santé.

  Photo: Shutterstock

Une étude, publiée dans la revue Mayo Clinic Proceedings, révèle que les bienfaits de la marche rapide et de la course à pied sur la santé du cœur ne s’accroissent pas indéfiniment.

En fait, ont conclu les auteurs, au-delà d’une certaine limite qui pourrait correspondre à «une distance hebdomadaire de 50 km parcourus en courant ou de 75 km en marchant rapidement», ces activités entraînent une hausse significative du risque de mortalité cardiovasculaire.

50 km par semaine
Les professeurs Paul Williams, du Laboratoire national de Berkeley (Californie), et Paul Thompson, du Département de cardiologie de l’Hôpital Hartford (Connecticut), sont parvenus à ces résultats après avoir analysé les données de la National Runners’ Health Study et de la National Walkers’ Health Study, deux études portant sur la pratique de la course à pied et de la marche rapide.

Ils ont observé 2 377 participants qui pratiquaient une activité sportive régulière après avoir été victimes d’un infarctus du myocarde. Ces individus ont été classés en sous-groupes, selon l’intensité de leur activité physique calculée en MET/heure/jour. Le MET, c’est-à-dire l’équivalent métabolique, permet de mesurer l’énergie nécessaire pour pratiquer une activité physique. L’échelle va de 0,9 MET (dormir) à 18 MET (courir à 17,5 km/h).

À la fin de la période de suivi, échelonnée sur dix ans en moyenne, 522 décès ont été recensés, dont 72 % étaient liés à une maladie cardiovasculaire.

Conclusion des chercheurs: la mortalité cardiovasculaire diminue de façon proportionnelle à l’intensité de l’exercice, dans la mesure où l’on ne dépasse pas le seuil de 7,2 MET/h/jour, soit les dépenses énergétiques pour parcourir 7 km de course ou un peu moins de 11 km de marche rapide.

Intensité de   l’activité

Risque de   mortalité

1,1 à 1,8 MET/h/jour

– 21 %

1,8 à 3,6 MET/h/jour

– 24 %

3,6 à 5,4 MET/h/jour

– 50 %

5,4 à 7,2 MET/h/jour

– 63 %

+ de 7,2 MET/h/jour

+ 12 %

Bougez, mais modérément!
Selon les professeurs Williams et Thompson, l’analyse montre que l’exercice physique pratiqué au-delà des recommandations prévues en postinfarctus (soit entre 1,07 et 1,8 MET/h/jour) réduit davantage les risques de mortalité, à condition de ne pas dépasser le seuil de 7,2 MET/h/jour.

Dans un éditorial publié en marge de l’étude, le Dr James O’Keefe, du Saint Luke’s Mid America Heart Institute, à Kansas City, souligne que la pratique intensive d’une activité physique est également associée à des risques d’arythmie, de fibrose myocardique, de thrombose coronaire et de mort subite. Selon lui, la récente étude suggère que la pratique modérée d’exercices, en termes d’intensité, de fréquence et de durée, est suffisante pour obtenir des bénéfices.

Les professeurs Williams et Thompson soulignent que l’identification des profils de patients à risque devra faire l’objet d’études complémentaires. Ils espèrent pouvoir déterminer des marqueurs pour aider à prescrire l’activité sportive la plus adaptée pour prévenir les accidents cardiovasculaires.

Recommandations peu suivies
  Dans la population générale, à peine 17 % des hommes et 14 % des femmes font   les 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée à élevée recommandées   par semaine. Quant aux personnes âgées de 60 à 79 ans, seulement 13 %   respectent les recommandations relatives à l’activité physique.