INFECTIOLOGIE  –   Par Marielle Ammouche le 03-06-2021

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Autorisation de la vaccination chez les 12-18 ans, sérologie prévaccinale…, la Haute Autorité de Santé (HAS) publie 2 avis visant à maintenir le rythme soutenu dans la campane vaccinale contre le Covid, alors que des variants plus contagieux se développent. « La lutte n’est pas terminée. L’apparition de nouveaux variants plus transmissibles appellent à une très grande vigilance » souligne ainsi Dominique Le Guludec, présidente de la HAS.

Une première mesure concerne la détection des personnes ayant fait un Covid asymptomatique.

En effet, selon des données de l’Institut Pasteur, plus de 23% de la population française aurait été infectée (+40% en Ile-de-France).

Or les cas identifiés par un test ne représentent que 8%.

« Il y a donc un réservoir important de personnes qui pourraient bénéficier d’une vaccination simplifiée à une dose » affirme Mme Le Guludec, ce qui permettrait d’économiser des doses de vaccin et d’accélérer le taux de vaccination complète.

Et ce d’autant que les dernières données scientifiques ont en faveur de cette stratégie, montrant que la protection conférée par une seule dose injectée à une personne ayant un antécédent d’infection est supérieure à celles des deux doses injectées à une personne sans antécédent, quelle que soit l’ancienneté de l’infection.

La HAS préconise donc de proposer systématiquement de réaliser un Trod sérologique chez les personnes qui n’ont pas d’antécédent de covid connu, et notamment chez les jeunes qui font plus fréquemment de forme asymptomatique. Cet examen serait réalisé juste avant la 1ère injection ; le résultat étant connu pendant les 15 minutes de surveillance post-injection.

Si le résultat est positif, la personne n’aura pas de 2ème RDV.

La HAS insiste sur le fait que la mise en œuvre de ces tests ne doit pas ralentir la démarche vaccinale.

En revanche, il n’y a d’indication à réaliser un Trod sérologique lorsque la personne a déjà reçu une 1ère dose vaccinale.

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Feu vert à la vaccination par étape à partir de 12 ans

Deuxième mesure : la HAS recommande la vaccination chez les 12-18 ans, suite à l’autorisation de l’agence européenne du médicament (EMA) du 28 mai, mais aussi à une étude approfondie des données.

Cette recommandation concerne le vaccin Corminaty (Pfizer/BioNtech), déjà autorisé à partir de 16 ans, et qui a obtenu une autorisation de mise sur le marché pour les adolescents âgés de 12 à 15 ans.

Fidèle à sa stratégie de priorisation, la HAS recommande de commencer par vacciner les adolescents présentant des comorbidité (obésité, immunodéficience, pathologies identifiées comme à risque de forme sévère de Covid), ou ayant une personne à risque dans son entourage (stratégie de cocooning).

Puis de l’ouvrir à tous les ados « dès lors que la vaccination de la population adulte sera suffisamment avancée ».

Le bénéfice est tout d’abord individuel.

Si les jeunes font peu de formes graves, elles existent tout de même.

Ainsi, selon la HAS, on dénombre environ 20 hospitalisations pour 100 000 infections chez jeunes.

Précisément, 4 295 hospitalisations et 737 admissions en soins critiques ont été répertoriées depuis mars 2020 chez les personnes âgées de moins de 18 ans (1,1% du total des hospitalisations et 0,9% du total des admissions en soins critiques).

La majorité des formes sévères chez les adolescents est associée à la présence d’une comorbidité (entre 45 à 75% des cas selon les études).

Les syndromes pédiatriques inflammatoires multisystémiques (Pims) sont des manifestations qui ne surviennent que dans cette population. 558 cas ont été signalés en France depuis le début de l’épidémie.

En outre, des cas de Covid long ont aussi été rapportés.

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Le confinement est par ailleurs à l’origine de conséquences majeures chez les jeunes sur le plan psychologique, social et éducatif.

Au plan collectif, cette vaccination vise à atteindre une couverture vaccinale élevée et homogène sur le territoire, pour diminuer la circulation du virus.

En effet, « si le rôle des adolescents dans la transmission paraît plus faible que celui des adultes, il n’est toutefois pas nul et dépend lui-même de la circulation virale » rappelle la HAS.

Selon les études cliniques, chez les 12-15 ans l’efficacité vaccinale est de 100% sur les formes symptomatiques et confirmées par PCR, à partir du 7ème jour après la fin de la vaccination.

Et sur le plan de la pharmacovigilance, la HAS précise qu’aucun effet négatif n’a été mis en évidence.

En particulier, la HAS considère que le risque de myocardite évoqué notamment aux Etats-Unis, est très faible, entre 0,8 et 2 par million de doses selon l‘âge (données chez les plus de16 ans).

Les données de tolérance dont on dispose actuellement proviennent de l’analyse de 2 260 adolescents âgés de 12 à 15 ans, suivis sur une période médiane de 2 mois.

Elles sont jugées « satisfaisantes » : la plupart des évènements indésirables rapportés consistaient en des manifestations locales (douleur au point d’injection) ou des symptômes généraux (fatigue, céphalée, frissons, douleurs musculaires, fièvre) et étaient généralement d’intensité légère à modérée.

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La HAS assure que la France dispose dorénavant du nombre de doses nécessaires pour vacciner cette population, en plus des majeurs.

Et pour participer au succès de cette vaccination des adolescents, l’agence sanitaire estime qu’en complément de la mobilisation des acteurs habituels (médecins, pharmaciens, infirmiers…), une vaccination en milieu scolaire pourrait être envisagée, mais à condition de renforcer les effectifs en médecine scolaire qui sont limités (mobilisation des équipes mobiles extérieures).

Sources : Conférence de presse de la Haute Autorité de Santé (HAS), 3 juin2021

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