Accueil Course au large  Transat Jacques Vabre

Après une arrivée serrée à Fort de France, les équipages des trimarans Banques Populaire XI (3e) et SVR-Lazartigue (2e) se sont assis à la même table pour répondre à nos questions.

François Gabart, Tom Laperche, Armel Le Cléac’h et Kevin Escoffier reviennent ensemble sur leur course et tirent les premiers enseignements de cette Transat Jacques Vabre.

Une chose est sûre : Armel Le Cléac’h et François Gabart sont maintenant prêts à goûter de l’Ultim en solitaire.

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Les équipages de Banques Populaire et de SVR-Lazartigue ont partagé la même table pour répondre à nos questions. | JEAN LOUIS CARLI /ALEA

Loïc MADELINE, à Fort de France. Modifié le 24/11/2021 à 17h38

Voiles et Voiliers : François, tu as dit que cette deuxième place à bord de SVR-Lazartigue était comme une victoire, pourquoi ?

François Gabart : En fait, une fois que Gitana (le Maxi Edmond de Rothschild de Cammas et Caudrelier, vainqueur de la Transat Jacques Vabre, NDR) avait pris une sacrée avance, on savait que ce ne serait pas évident de les rattraper. Et là on s’est fait un joli match avec nos copains de Banque Pop et ce match-là, on l’a gagné. Et puis pour nous être au départ de la course c’était déjà une victoire.

Le bateau a un potentiel formidable que nous devons apprendre à exploiter

Voiles et Voiliers : Qu’est-ce que tu retiens de cette transat ?

François Gabart : Beaucoup de positif, le bateau a un potentiel formidable que nous devons apprendre à exploiter. Et puis nous n’avons eu quasiment aucun souci, vu le peu de navigation que nous avions en amont, nous sommes partis avec la boîte à outils en se disant qu’on allait s’en servir. Et finalement on ne l’a pas sortie. L’équipe a fait un très gros boulot et on a eu des conditions plutôt clémentes mais on a fait beaucoup de route sans souci.

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On n’est jamais parfaitement à l’aise sur un ultim car ce sont des machines très complexes, très compliquées

Voiles et Voiliers : Tu ne regrettes pas le choix de ton équipier, relativement peu expérimenté en gros bateau ?

François Gabart : ça s’est super bien passé, j’ai le feeling que Tom va faire de très belles choses dans la course au large.

Ça s’est vraiment bien passé, c’est simple, c’est facile, Tom est à l’aise dans le bateau et c’est très agréable.

On n’est jamais parfaitement à l’aise sur un Ultim car ce sont des machines très complexes, très compliquées et c’est surprenant de voir l’aisance de Tom.

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François Gabart à son arrivée sur le ponton de Fort de France. | LOÏC MADELINE

Voiles et Voiliers : Tom, quels enseignements tires-tu de cette transat ?

Tom Laperche : Des enseignements il y en a plein pleins, de conseils de François, le bonheur de progresser, des sensations de glisse.

Naviguer sur ces bateaux demande pas mal de concentration, de réflexion.

La voile c’est un beau sport et les Ultim, c’est un peu le summum de ce sport.

J’ai appris que j’aime le multicoque et que j’aime la vitesse.

La voile c’est un beau sport et les ultim, c’est un peu le summum de ce sport

Voiles et Voiliers : Tous les bateaux sont à l’arrivée, est-ce que la classe a mûri ?

François Gabart : Je ne sais pas. À titre personnel, ça fait quatre ou cinq ans que je n’avais pas terminé une course avec mes appendices et c’est réconfortant.

Après les conditions étaient faciles mais avec nos bateaux neufs, je m’attendais à ce qu’on ait plus de problèmes techniques.

Sur nos bateaux nos équipes ont progressé, toutes les équipes.

Mais ces bateaux sont extraordinaires et ce sera toujours des bateaux difficiles car on repousse les limites, on aura toujours des problèmes sur ces bateaux.

D’ailleurs Sodebo en est un exemple, cela aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre nous.

On peut prendre beaucoup de plaisir dans les choses complexes

Voiles et Voiliers : Avec des bateaux aussi complexes, la notion de plaisir est-elle encore présente ?

François Gabart : Mais c’est ça qui est sympa, j’ai toujours aimé les choses complexes, on peut prendre beaucoup de plaisir dans les choses complexes quand on arrive à tout aligner.

Ce n’est certainement pas simple mais c’est génial de naviguer avec toute cette complexité.

En solitaire autour du monde ?

Voiles et Voiliers : Est-ce que ces bateaux sont vraiment gérables en solitaire, dans la route du Rhum bien sûr, mais aussi autour du monde ?

François Gabart : Le grand Sud j’y suis allé une fois en multicoque (record du tour du monde en solitaire à bord de Macif en 42 jours, NDLR) et ça s’est bien passé.

J’ai d’autres expériences moins heureuses qui ne sont pas des tours du monde.

Ce que je peux dire c’est qu’on a appris énormément sur le bateau et ça laisse des perspectives pour le futur qui sont géniales.

On est tous excité d’être au départ du Rhum et du tour du monde aussi.

Ce ne sera pas facile, mais heureusement sinon ce n’est pas la Classe Ultim.

On a fait beaucoup de quarts tout seul à 35 ou 40 nœuds… au début tu trouves cette vitesse stressante, mais au bout d’un moment tu t’habitues

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Armel Le Cléac’h et Kevin Escoffier à leur arrivée à Fort de France. Satisfaits de leur transat malgré la perte de leur deuxième place. | LOÏC MADELINE

Armel Le Cléac’h : Nous avons pris énormément de plaisir à aller vite facilement, on a fait des bords assez engagés et c’était sympa de voir que le bateau est sain, il est marin et ça donne des perspectives pour le solitaire.

On a fait beaucoup de quarts tout seul à 35 ou 40 nœuds et au début tu trouves que cette vitesse est stressante mais au bout d’un moment, tu t’habitues et je me dis que pour le Rhum ou le tour du monde, il y a possibilité d’aller vite.

Le tour du monde, c’est un beau challenge mais ça nous fait rêver.

Les bateaux sont faits pour ça. Quand les conditions sont dures, tu peux diminuer la puissance et réduire la vitesse du bateau. Le seul moment un peu engagé de la course a eu lieu au cap Finisterre avec un front à 30 nœuds.

On était tous entre 36 et 40 nœuds au portant…

Voiles et Voiliers : Vous êtes restés arrêtés un moment, pourquoi ?

Kevin Escoffier : En fait on a pris un filet, une sorte de gros bout qui s’est entouré autour du safran central, en faisant marche arrière on a fait une sorte de nœud et pour le défaire ce n’est pas simple.

Armel Le Cléac’h : j’ai dû le tenir par les pieds. Parce que remonter à bord d’un Ultim quand on est dans l’eau, ce n’est pas évident.

Kevin Escoffier : Récupérer un homme à la mer, ça va être compliqué avec un ultim et j’ai de l’expérience, je ne suis pas pressé de voir le truc… (Kevin fait référence à son naufrage sur le Vendée Globe et son célèbre sauvetage par Jean Le Cam, NDR)

Nous sommes peut-être à 90 %, il faut qu’on arrive à 100 % pour le Rhum

Voiles et Voiliers : Armel, Qu’as-tu appris sur ton bateau pendant cette transat ?

Armel Le Cléac’h : J’ai appris plein de choses sur les manœuvres avec Kevin et c’est souvent assez proche de ce qu’on a fait en solitaire même si le solitaire est plus physique.

Faire des empannages, des virements, des changements de voile : c’est un gros apprentissage.

Pour les réglages du bateau, on a beaucoup cogité. On n’a pas la maîtrise de Gitana. On sait qu’on a un super potentiel mais par moments on tâtonne un peu.

Sur la fiabilité des systèmes on a eu très peu de galères et on n’a pratiquement pas sorti la trousse à outils.

C’est bien pour l’équipe. L’année prochaine il y a le Rhum et on a aussi prévu de faire plusieurs transats, peut-être des courses.

Et nous avons un chantier pour cet hiver. Nous devons améliorer la performance, la maîtrise du bateau. Nous sommes peut-être à 90 %, il faut qu’on arrive à 100 % pour le Rhum.

Je ne dois plus me poser de question sur les voiles à choisir, les vitesses à atteindre. On hésite encore et ce sont des choses qu’il faut qu’on continue à travailler.

C’est beaucoup plus confortable qu’à bord d’un Imoca

Voiles et Voiliers : Est-ce que physiquement, ces bateaux ne sont pas trop durs, vous avez multiplié les empannages, c’est envisageable en solitaire ?

Kevin Escoffier : C’est beaucoup plus confortable qu’à bord d’un Imoca mais tu tournes beaucoup les manivelles.

C’est long mais ce n’est pas désagréable, ce n’est pas du matossage à quatre pattes dans un bateau qui tape.

C’est comme de faire du vélo. En termes de confort, les Imoca, c’est ce que je connais de pire.

Armel Le Cléac’h : En monocoque, aller vite ne peut pas être confortable. En ultim, les efforts sont longs mais pas désagréables. Maintenant, si on doit faire neuf empannages dans la journée, on est content d’aller se coucher.

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TOM LAPERCHE BANQUE POPULAIRE SVR LAZARTIGUE FOILER MARTINIQUE