Accueil Course au large  Transat Jacques Vabre

Gérard Petipas est créateur depuis des années de courses en double ou en équipage comme la Transat Le Point-Europe 1, la Lorient-Les Bermudes-Lorient, le tour de L’Europe ou la Lorient-Saint-Pierre et Miquelon-Lorient.

Avec sa société Pen Duick, il avait pris les commandes de la Transat Jacques Vabre en 1995.

Pour l’ancien commandant de marine marchande, ami et associé d’Éric Tabarly, l’aventure fut belle.

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Gérard Petipas, président de la société Pen Duick pendant trente ans. | ARCHIVES OUEST-FRANCE

Propos recueillis par Serge MESSAGER. Publié le 16/10/2021 à 18h46

Voiles et Voiliers : Comment prenez-vous les rênes de la Transat Jacques Vabre ?

Gérard Petipas : En fait, je ne suis pas allé chercher cette course.

Pour des raisons qui leur sont propres et que je n’ai pas à connaître d’ailleurs, la mairie du Havre et Pascal Bourdin, un des responsables de chez Jacques Vabre, ont voulu changer d’organisateur car ils avaient eu des petits soucis sur la première édition.

Un euphémisme. Par exemple, 15 jours avant le départ, les autorisations de la Marine n’avaient pas été données et François-Xavier Dehaye est venu leur sauver la mise.

La course a d’ailleurs été une réussite sportive.

Fin 1993, ils m’ont donc proposé de reprendre cette course qui leur semblait un bel évènement.

Je leur ai dit dans un premier temps que cela ne m’intéressait pas trop.

Mon adjoint de l’époque, Pierre Bojic, avait préparé un petit document expliquant comment on pouvait intervenir.

Je suis donc allé rencontrer les dirigeants, leur disant comment je voyais la chose.

Pour moi, il fallait faire une course en double et non en solitaire.

Je souhaitais également changer le parcours, passer à une périodicité de deux ans et enfin changer de nom.

Proposant d’appeler la course Transat Jacques Vabre et non Route du Café.

Ils ont insisté pour qu’elle reste en solitaire et je leur ai répondu que cela serait sans moi.

En fin de compte, après avoir consulté d’autres potentiels organisateurs, ils sont revenus vers moi quinze jours plus tard en acceptant toutes mes propositions, sauf celle de changer le port d’arrivée qui était Carthagène en Colombie.

Comme dit Loïck Peyron, à deux on est plus intelligent

Voiles et Voiliers : Pourquoi avoir insisté pour que ce soit en double ?

Gérard Petipas : Par expérience. Comme dit Loïck Peyron, à deux on est plus intelligent.

En 1979, Lorient-Les Bermudes-Lorient avait été la première épreuve à se courir en double.

C’est Eugène Riguidel associé à Gilles Gahinet qui avait gagné de 5 minutes devant Éric Tabarly et Marc Pajot.

La course avait vraiment été saluée par les marins.

À tel point que les Anglais avaient créé leur Transat en double en 1981.

Ce bassin est pour moi un écrin qui va pouvoir présenter les bateaux au grand public

Voiles et Voiliers : Comment se déroulent les préparatifs de votre première Jacques Vabre ?

Gérard Petipas : On organise la course qui part du Havre bien sûr.

Avec une petite complication. La mairie avec qui nous avions signé un accord vient de changer.

André Duromea, le maire communiste a été remplacé par Antoine Rufenacht qui n’est pas spécialement porté sur la voile.

Les monocoques sont dans le bassin Vauban derrière une écluse et les multicoques 60 pieds sont à l’extérieur.

Sur le quai des Antilles je crois. Un endroit pas très confortable.

Je suis donc obligé d’accepter car il n’y a pas d’autres endroits disponibles.

Nous avions créé quand même un petit village. En revanche, dès 95, je demande au nouveau maire de m’aider à avoir un bassin pour nous.

Pour que la course ait son petit lieu privilégié. Nous sommes allés voir le président du Port Autonome du Havre qui nous a donné le bassin de Docks qui deviendra par la suite le bassin Paul Vatine.

Ce bassin est pour moi un écrin qui va pouvoir présenter les bateaux au grand public. Exactement comme nous le faisions à Lorient.

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Pierre Bojic, le directeur général de Pen Duick (à droite), lors du Salon nautique, avec Gérard Petipas, ancien navigateur et fondateur de la société organisatrice de la Route du Rhum. | ARCHIVES OUEST-France

Voiles et Voiliers : Comment se déroule la première édition de la Transat Jacques Vabre sportivement ?

Gérard Petipas : C’est une réussite totale sur le plan de la course. Ce qui était le plus important.

Avec les victoires de Jean Maurel et Frédéric Dahirel en monocoque 60 pieds et de Paul Vatine associé à Roland Jourdain en multicoque 60 pieds.

C’est aussi une réussite à l’arrivée en Colombie. L’accueil y est fabuleux.

Ensuite, les retombées médiatiques profitent au Havre et à Jacques Vabre qui voit son nom enfin cité.

Voiles et Voiliers : Comment cela se passe avec le port de Carthagène ?

Gérard Petipas : Nous avions fait deux déplacements avant le départ de la course.

Pour faire connaissance et définir les besoins techniques. En fait, il n’y avait pas de marina pour accueillir les bateaux.

On a donc défini avec la Marine colombienne un lieu où on pouvait placer des mouillages.

À la différence de 93 où ils étaient très légers, ces derniers étaient très sécurisés surtout pour les multicoques en cas de coups de vent qui peuvent être dans ces régions-là assez forts.

Avec la Marine et les Cafeteros, la fédération des producteurs de café de Colombie qui était co-sponsor de l’évènement, tout s’est bien passé dans cette ville merveilleuse.

Nous étions dans l’arsenal, près du centre-ville. Avec une sécurité militaire très renforcée

À l’époque, la Fédération Française de Voile ne s’intéressait pas à la course au large

Voiles et Voiliers : Vous étiez une petite équipe pour organiser tout cela ?

Gérard Petipas : On n’a pas besoin d’être nombreux pour faire du bon travail.

Par rapport à aujourd’hui le patron était responsable de tout. C’était ma conception.

J’étais l’organisateur et le directeur de course.

Il y avait également un comité de course qui était dirigé par Sylvie Viant de l’UNCL, un jury et des personnes pour la logistique.

J’avais besoin de m’appuyer sur des gens compétents et que je connaissais. À l’époque, la Fédération Française de Voile ne s’intéressait pas à la course au large.

On n’avait pas de contact avec eux. Ils s’occupaient, à juste titre, des écoles de voile et aux supports olympiques.

Quand on crée une course, il y a plusieurs notions. L’intérêt pour les coureurs, l’intérêt du parcours qui doit être relié à un lieu historique ou doit coïncider avec les intérêts commerciaux du sponsor

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Gérard Petipas, ancien équipier d’Éric Tabarly, navigateur et organisateur de courses bien connu. | GILLES MARTIN-RAGET

Voiles et Voiliers : Combien de Transat Jacques Vabre à votre actif ?

Gérard Petipas : De 1995 à 2003, cinq éditions. Nous avions changé de port d’arrivée.

Cela permet de changer les parcours et donc de les rendre plus intéressants et plus sélectifs.

Cela permet de découvrir de nouveaux horizons. Et puis cela correspondait aux vœux du sponsor d’aller sur des terres de production de café.

Quand on crée une course, il y a plusieurs notions.

L’intérêt pour les coureurs, l’intérêt du parcours qui doit être relié à un lieu historique ou doit coïncider avec les intérêts commerciaux du sponsor.

Quand on va par exemple à Salvador de Bahia, en 2001, ils viennent de célébrer là-bas les 600 ans de la découverte des Amériques par Amerigo Vespucci.

La course n’a plus rien à voir avec celles qu’on organisait. On a plus affaire sur certains bateaux à des ingénieurs, des informaticiens. Avant, on avait affaire à des marins

Voiles et Voiliers : Pourquoi arrêtez-vous en 2003

Gérard Petipas : Je commence à être fatigué et viens de faire mon deuxième arrêt cardiaque à l’issue de ma dernière course qui est Saguenay-Saint-Pierre et Miquelon-Les Sables-d’Olonne.

Je prends donc mes distances. J’ai en plus l’opportunité de vendre mon affaire.

Voiles et Voiliers : La Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre débute le 7 novembre prochain. Quel œil jetez-vous sur le plateau proposé ?

Gérard Petipas : Tout est différent. Nous sommes passés à un stade professionnel.

Avec des séries qui se sont développées et qui sont magnifiques. Je pense particulièrement aux Class40.

Les Ultim, c’est autre chose. Quelque chose qui me surprend.

La course n’a plus rien à voir avec celles qu’on organisait. On a plus affaire sur certains bateaux à des ingénieurs, des informaticiens.

Avant, on avait affaire à des marins. La météo, on la prenait en regardant le ciel et la mer.

On calculait nos routes au sextant. Maintenant on sait où on est à tout instant.

Il n’y a aucune critique dans mes propos.

C’est un monde nouveau. La seule chose qui n’a pas changé, c’est la mer…

TRANSAT JACQUES VABRE GÉRARD PETIPAS