Accueil Course au large  Transat Jacques Vabre

Franck Cammas et Charles Caudrelier, grands vainqueurs de la Transat Jacques Vabre dans la catégorie reine des trimarans géants Ultim, racontent leur traversée victorieuse.

Leurs pépins techniques, leur stress de voir leurs adversaires revenir et ce succès qui consacre le très haut niveau de mise au point de leur bateau, Edmond de Rothschild.

Un des voiliers les plus rapides du monde, pour ne pas dire LE plus rapide. Entretien à Fort de France.

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Franck Cammas et Charles Caudrelier lâchent leurs premiers mots à leur arrivée à Fort de France (Martinique). | JEAN-MARIE LIOT /ALEA

Loïc MADELINE. Modifié le 23/11/2021 à 22h53

Voiles et Voiliers : Quand avez-vous gagné cette course ?

Charles Caudrelier : Assez tôt je dirais. J’ai l’impression qu’on prend un avantage au cap Finisterre.

Nous y sommes arrivés presque tous ensemble et on a réussi à prendre du vent et à tirer les bons bords, à faire les bons choix jusqu’à Madère.

Arrivés là, nous avions un petit avantage que nous avons réussi à exploiter, à garder cette petite avance qui nous a beaucoup servis.

Le pot au noir, c’était tout droit, il fallait juste avoir les nerfs solides, ça m’a rendu un peu nerveux.

Mais dans l’ensemble nous n’avons pas fait de bêtises, ça s’est bien passé.

On connaît des moments de grâce, des moments magiques, comme barrer la nuit ce bateau qui est juste dingue

Voiles et Voiliers : Quelle est cette avarie moteur qui a failli vous coûter la course ?

Charles Caudrelier : On a un moteur qui sert à la charge des batteries et l’axe entre le moteur et l’alternateur a cassé.

En fait cette pièce tenait par trois vis et deux étaient desserrés et la troisième a cassé.

Du coup, après un peu d’effort j’ai réussi à remancher le truc, on l’a fixé avec les deux vis restantes et on a terminé.

Sur deux vis. Sinon nous devions nous arrêter au Cap Vert.

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Charles Caudrelier et Franck Cammas après le franchissement de la ligne d’arrivée de la Transat jacques Vabre à Fort-de-France. | JEAN-LOUIS CARLI/ALEA

Voiles et Voiliers : Comment jugez-vous le début de course de Sodebo qui semblait rivaliser avec vous ?

Franck Cammas : Oui Sodebo est bien revenu à la fin du golfe de Gascogne, ça nous a surpris de le voir car nous avions touché du vent avant lui.

Même en le recevant plus tard, ils ont profité d’un meilleur angle.

On sait qu’ils vont bien dans la brise, ils ne mollissent pas, ils attaquent bien. On a réussi à les doubler en vitesse bord à bord mais leur casse est vraiment dommage pour eux, ils faisaient un très beau début de course.

Le lendemain était un moment charnière.

C’était un long fleuve tranquille, parce qu’on est très bien préparés et qu’on se connaît parfaitement

Voiles et Voiliers : Est-ce que cette avance importante vous a fait traverser des moments d’euphorie ?

Charles Caudrelier : Ce n’est pas mon genre, 400 milles ça paraît énorme mais sur une carte ça dépend du zoom que vous utilisez !

Je suis plus stressé que Franck sur les classements mais avec un matelas de 400 milles on commence à se soulager.

On connaît des moments de grâce, ce sont des moments magiques, barrer la nuit ce bateau qui est juste dingue. On a la chance d’être à la barre de celui-là et d’en profiter.

C’était un long fleuve tranquille, parce qu’on est très bien préparés et qu’on se connaît parfaitement.

Franck Cammas : Ce qui est bien avec cette avance, c’est qu’on n’est jamais stressé dans la préparation des manœuvres, dans la préparation technique. Ça devrait toujours être comme ça mais on est humain.

On est content de pouvoir offrir cette victoire à toute l’équipe. Cette victoire représente beaucoup de travail

Voiles et Voiliers : Vous êtes heureux, soulagés ou fatigués. ?

Franck Cammas : la fatigue, on l’oublie après une victoire.

On va profiter de l’ambiance et des amis qu’on retrouve après avoir passé 16 jours entre quatre yeux.

Charles Caudrelier : On a eu une année creuse, on a changé beaucoup de choses sur le bateau mais on a eu aussi pas mal d’avaries.

On a cassé deux appendices, c’était une année où même à deux semaines de la course on a eu des soucis, l’équipe n’a pas vu le jour.

Nous voulions offrir le Jules Verne au baron Benjamin de Rothschild mais on a cassé.

On est content de pouvoir offrir cette victoire à toute l’équipe.

On est d’autant plus content que cette victoire représente beaucoup de travail.

Une victoire est toujours importante, des épreuves il n’y en a pas beaucoup et les victoires apportent beaucoup d’énergie.

Toucher un ofni, ça peut arriver à tout le monde

Voiles et Voiliers : L’enjeu numéro un pour la classe Ultim, c’était d’avoir le maximum de bateaux à l’arrivée ?

Franck Cammas : De ce point de vue le challenge est réussi. Il faut décerner un bon point à Thomas qui a eu un accident et qui se bat pour repartir, pour gagner une place.

C’est vraiment bien d’avoir les cinq bateaux à l’arrivée, toucher un ofni, ça peut arriver à tout le monde.

À bord du maxi Edmond de Rothschild, on n’a aucun souci de fiabilité dans la brise.

C’est bien de voir que les bateaux neufs sont là aussi, cela prouve que les équipes sont professionnelles et savent travailler, ça veut dire que la classe est de plus en plus mature.

On s’était fixé une limite à 40 nœuds… 800 milles en 24 heures c’est commun, maintenant

Voiles et Voiliers : Vous avez le bateau le plus rapide du monde ?

Franck Cammas : Un des bateaux les plus rapides, oui. La classe devient très homogène en vitesse.

On est parti devant mais il n’y a pas un monde d’écart. Il y a surtout la météo, ce n’est pas du tout une course de vitesse c’est aussi une course tactique.

On le voit avec Banque Populaire et SVR qui se tirent la bourre.

Voiles et Voiliers : Vous n’avez pas été les plus rapides sur 24 heures ?

Charles Caudrelier : 800 milles en 24 heures c’est commun maintenant. On aurait pu faire des records mais on ne l’a pas fait car on s’est fixé une limite à 40 nœuds.

Mais quand il y a le bon angle et que la mer est plate, bien sûr que des records sont possibles.

Franck Cammas : Il y a des progrès à faire. On sait aller vite mais le bateau vibre, les phénomènes de cavitation nous bloquent pas mal.

On y travaille mais il ne faut pas trop perdre dans les ranges les plus utilisés.

Au-dessus de 40 nœuds c’est un range moins important, ce n’est pas essentiel pour gagner des courses.

L’objectif était de ne pas abîmer le bateau… et le Trophée Jules Verne, on y pensera demain !

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Maxi Edmond de Rothschild ce matin au passage du Diamant avant de rejoindre la baie de Fort-de-France. | JEAN-MARIE LIOT

Voiles et Voiliers : Vous pensez au Trophée Jules Verne ?

Franck Cammas : On y pensera demain (rires). On sait que ça arrive, l’objectif était de ne pas abîmer le bateau et là c’est réussi.

Nous avons été frustrés l’an dernier mais c’est quelque chose qui nous tente.

On savait que c’était un challenge très ambitieux de repartir sur le Jules Verne après la transat.

Charles Caudrelier : On a fait la Volvo ensemble et c’était pareil.

Après chaque arrivée on repartait au bout de trois semaines et il fallait se remobiliser.

Et un jules Verne, c’est presque la durée d’une étape de la Volvo !

TRANSAT JACQUES VABRE ULTIM EDMOND DE ROTHSCHILD FRANCK CAMMAS

CHARLES CAUDRELIER 17 GITANA TEAM