Accueil Course au large  tour du monde

The Ocean Race, le prestigieux tour du monde en équipage – ex Volvo Ocean Race, ex Whitbread – ne partira pas en 2021 comme initialement prévu ! Il est repoussé d’un an, en 2022/2023. Une conséquence directe de la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19. Les organisateurs annoncent dans le même temps un planning sur 10 ans et la possible organisation d’une autre course en Europe l’été prochain, en 2021.

Lors de la dernière édition, remportée par l’équipage de Charles Caudrelier sur Dongfeng. | ÉLOI STICHELBAUT

Bruno MÉNARD. Publié le 16/07/2020 à 19h11

The Ocean Race, quatorzième édition du tour du monde en équipage, ne partira pas en 2021 comme prévu, annonce un communiqué officiel interminable (vraiment très, très long, un nouveau genre de communiqué-livre qu’on vous épargne ici).

La prestigieuse course avec escales autour de la planète – ex Volvo Ocean Race, ex Whitbread – s’élancera donc finalement d’Alicante (Espagne) non pas en 2021, mais en octobre 2022. Elle s’achèvera en Italie, à Gênes, à l’été 2023. Pour l’anecdote, ce sera alors le cinquantième anniversaire de cette course mythique, très dure, dont la première édition avait été organisée en 1973.

Les bateaux concernés ne changent pas, eux, évidemment : ouverte aux VO65 et aux IMOCA, l’arrivée dans la course des bateaux du Vendée Globe étant la grande nouveauté… qui était prévue pour l’édition 2021. La grande nouveauté est maintenue donc, mais elle interviendra un an plus tard.

Pas simple des escales sur tous les continents en temps de Covid-19…

Ce report est forcément un contretemps (pléonasme) et un changement d’organisation de taille pour les équipes qui s’apprêtaient à tenter l’aventure dès l’année prochaine, pour les villes qui s’apprêtaient à accueillir les escales, pour les partenaires etc. Mais on peut aussi comprendre que la crise sanitaire mondiale est un problème évidemment incontournable pour une course itinérante avec escales, où il n’y a pas que les marins à mettre pied à terre, mais aussi de très grosses équipes logistiques à terre. Lesquelles débarquent avec des moyens humains et matériels importants à chaque escale… Bref, quasi impossible dans le format de l’épreuve de respecter les mesures sanitaires, au moins pas partout dans le monde, tant s’en faut.

Pas du tout la même chose que le Vendée Globe au regard de l’épidémie

La différence est de taille par exemple avec le Vendée Globe, où des marins solitaires ne touchent pas terre pendant deux mois et demi et reviennent à l’endroit d’où ils sont partis, aux Sables-d’Olonne. Vendée Globe qui, lui, est maintenu à son départ du 8 novembre 2020 à l’heure où on boucle ces lignes (et pourra argumenter de la réussite de la Vendée-Arctique). Mais il faut bien admettre que c’est évidemment beaucoup moins difficile dans son format sans escale en solitaire et sans assistance que pour celui de The Ocean Race qui est à peu-près l’opposé : en équipage, avec escales et avec assistance.

Nous sommes dans une période sans précédent

C’est d’ailleurs cet argument, celui de la crise sanitaire mondiale, qui est avancé par les organisateurs pour expliquer cette décision de reporter d’un an. Richard Brisius, le Président de The Ocean Race déclare ainsi : « Nous sommes dans une période sans précédent, et notre priorité première est d’être solidaires avec celles et ceux qui ont été et qui continuent d’être affectés par la pandémie. En tant que compétition sportive internationale, avec des étapes sur les six continents, nous sommes profondément connectés à la réalité changeante des marins, des équipes et de nos partenaires autour du monde. » Forcément.

Le monde a changé avec le Covid-19, nous avons toutes et tous perdu un temps considérable à un moment crucial

Chris Nicholson, cofondateur de W Ocean Racing et six fois participant à la course, enfonce le clou : « Le monde a changé avec le COVID-19 et une nouvelle fois, nous témoignons de la résilience des marins, des partenaires et des organisateurs de The Ocean Race. Nous avons toutes et tous perdu un temps considérable à un moment crucial, et ce changement est la meilleure chose à faire. »

Le communiqué-livre annonçant la décision est ainsi truffé de multiples témoignages dans le but évident de montrer et re-montrer qu’il s’agit d’une décision collective et concertée. Dont acte. Un dernier pour la route ? Le champion olympique Peter Burling, qui maîtrise parfaitement lui aussi les rouages de la langue de bois (quand on a gagné la Coupe de l’America, on sait faire ça) « explique » de son côté : « Je sais la dose d’effort et de préparation nécessaire pour mettre en place une campagne potentiellement gagnante. Le fait de pouvoir bénéficier de cette année supplémentaire avant la prochaine course augmente la probabilité d’avoir des équipes solides sur la ligne de départ à Alicante. Je pense que c’est une bonne décision, mûrement réfléchie. »

Il n’y aurait que des avantages au report…

À lire les intervenants, il n’y aurait donc que des avantages à reporter la course. Admettons. Même si c’est étrange de présenter comme une très bonne nouvelle ce qui est tout de même le report d’un événement sportif planétaire, lequel suppose un tout petit peu de logistique et quelques menus engagements financiers. Passons. Après tout tant mieux s’il y a consensus, les villes étapes, sponsors et partenaires semblant tous s’être donné rendez-vous dans ce communiqué-livre officiel pour vanter les mérites du dit report.

Bonne ou mauvaise nouvelle ? En tout cas il y a un plan sur 10 ans !

Alors bonne ou mauvaise nouvelle ? On vous laisse en juger. Au chapitre du positif (il n’y a que ce chapitre, d’ailleurs), les organisateurs de The Ocean Race annoncent que pour la première fois, ils peuvent avancer un programme sur une décennie entière. Veuillez donc noter sur vos grands agendas que « les trois prochaines éditions de The Ocean Race se tiendront en équipage, autour du monde et auront lieu en 2022-23, en 2026-27 et en 2030-31. » Ok, cela fait de la visibilité et donne à tout le monde le temps de se retourner, c’est sûr, même s’il y a un peu d’eau qui va couler sous les points d’ici 2026 et un peu plus encore d’ici 2030. Le premier objectif sera de réussir à « mener une course sûre et durable en 2022-23 », comme explique justement le partenaire de l’événement Jeremy Pochman, CEO de 11th Hour Racing. Ouf.

Résumons : report, plan sur 10 ans et autre nouvelle course à l’étude

Résumons. La course est reportée en 2022/2023 pour cause de pandémie. Elle se disputera toujours autour du monde par escales et en équipage. Elle sera toujours ouverte aux VO65 et aux IMOCA mais en 2022 et pas en 2021. Les organisateurs annoncent un programme sur 10 ans. Avec les trois prochaines éditions qui partiront en 2022, puis en 2026, puis en 2030. Autre chose ? Ah oui : peut-être une nouvelle épreuve en Europe, à l’horizon de l’été 2021 ! Dans un an donc. Celle-ci est encore « à l’étude » mais pourrait devenir « une course significative entre deux éditions » avec « un premier événement en Europe à l’été 2021, pour les bateaux VO65, IMOCA et potentiellement d’autres classes ». Le maire de Gênes se montre intéressé…

L’IMOCA satisfait aussi

L’idée de cette nouvelle épreuve semble satisfaire aussi l’IMOCA, la classe des bateaux du Vendée Globe toujours à la recherche de davantage d’internationalisation. En tout cas son président Antoine Mermod veut lui aussi se montrer positif et optimiste (et on ne peut guère lui reprocher, c’est la loi du genre et il n’y a que ce chapitre dans le livre) : « ces changements, parmi lesquels figurent une potentielle course en Europe l’été prochain et un calendrier confirmé jusqu’en 2030 sont des étapes positives. Pour une campagne IMOCA, il y a maintenant un planning avec des courses océaniques tous les deux ans – une en solitaire, l’autre en équipage – et c’est l’équilibre parfait pour nos marins, pour nos partenaires et nos fans autour du monde ».

Si c’est parfait pour tout le monde, si tout le monde sans la moindre exception est content, si cela permet d’avoir une flotte plus étoffée, davantage de bateaux mieux préparés en lice et de bateaux tout court (argument très souvent martelé aussi dans la littérature officielle) et bien c’est tant mieux. On applaudit sincèrement des deux mains.

Si l’on peut émettre un modeste vœu en passant, reste à espérer côté communication que d’ici la prochaine épreuve on maniera un peu moins la langue de bois et qu’on appellera un peu plus un chat un chat. Ce n’est pas très grave, certes, mais on gagnera tous du temps et ce ne sera pas dommage.