Accueil Course au large  Sydney Hobart

Un quart de la flotte des 88 voiliers engagés sur la 76e Sydney Hobart a annoncé son abandon sur avarie lundi matin, 24 heures après le départ de la course.

Comme l’avait prédit notre consultant sur cette épreuve, Lionel Péan, grand spécialiste français du Maxi, les concurrents font face à des vents violents de face qui lèvent une mer casse bateaux et provoquent de la casse.

« Bien barrer un Maxi dans une mer casse bateaux, c’est tout un art ! » précise Lionel Péan qui explique comment faire.

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Confrontés depuis le départ de Sydney à des vents violents de face, les concurrents de la Sydney Hobart sont victimes de casses en tout genre. | ROLEX SYDNEY HOBART 2021

Nicolas FICHOT. Publié le 27/12/2021 à 12h28

22 des 88 concurrents de la 76e Sydney Hobart avaient annoncé lundi matin leur abandon de la course.

À part dans le cas d’un blessé à bord, qui est hors de danger, la principale raison de ces abandons est liée à des casses d’étai ou des déchirures de grand-voile.

Qu’il y ait beaucoup d’avaries de grand-voile, cela ne m’étonne pas vraiment

Pour suivre les concurrents en direct. Cartographie.

« Qu’il y ait beaucoup d’avaries de grand-voile, cela ne m’étonne pas vraiment, explique Lionel Péan.

Les tissus sont de plus en plus légers, de plus en plus fonctionnels mais de moins en moins faits pour de l’offshore.

Donc ça casse, j’ai envie de dire, plutôt que ça ne se déchire même s’il s’agit de tissus ».

« Les nombreuses casses d’étai m’étonnent un peu plus. Il faudra voir pourquoi après, mais je n’ai pas la réponse pour le moment.

Sur des J1 ou des J2, on arrive à des charges de 9 à 10 tonnes dans l’étai mais tout a été conçu pour, sur le bateau, normalement. Là, apparemment, il y a un problème ».

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« Sur des J1 ou des J2, on arrive à des charges de 9 à 10 tonnes dans l’étai ». | ANDREA FRANCOLINI / ROLEX SYDNEY HOBART 2021

Et le « problème » pourrait durer puisque, comme l’explique lundi matin Lionel Péan à Voiles et Voiliers, « les vents de face assez forts vont continuer mais en passant le détroit de Bass en ce moment, les concurrents vont passer en quelques minutes de l’été à l’hiver.

La température de l’air et de l’eau, donc des vagues, va dégringoler en quelques minutes.

C’est toujours surprenant. J’ai fait cinq Sydney Hobart et je ne m’y suis jamais habitué ».

Et qui dit froid dit usure de l’homme. Du barreur notamment.

« Et c’est là qu’il peut y avoir plus de casse encore, ajoute Lionel Péan.

Avec 35 nœuds de vent dans le nez, plus 10 nœuds de vitesse du bateau, on se frigorifie vite avec les vagues qui viennent s’effondrer sur le pont.

Même un barreur bien endurci, au bout de 50 minutes, il lâche prise. Il faut le remplacer.

Ce qui suppose plusieurs bons barreurs à bord ».

Les bons bateaux, ça restera toujours des bons bateaux

« Ce qui est significatif aussi, dans ce début de course, c’est que les concurrents qui ont des bateaux des années 60-70 ou un peu après se comportent très bien.

Il y a peu d’abandons sur casse. Les bons bateaux, ça restera toujours des bons bateaux, même si d’autres vont plus vite ».

Et le bon barreur, quel est son portrait-robot ?

« Ça se sent vite, les très bons. Ils connaissent le bateau mais ont surtout une sorte d’instinct.

Un très bon barreur peut vous faire gagner 5 % de vitesse mais surtout il va moins fatiguer le bateau, donc l’équipage.

Il y aura moins de casse, moins de risques de blessures. Un très bon barreur réussit à bien garder l’assiette du bateau qui va être plus stable.

Il dérape moins donc on gagne encore deux-trois dixièmes en VMG ».

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La vénérable Kioala II continue de faire sa course, malgré cette mer casse bateaux. | ANDREA FRANCOLINI / ROLEX SYDNEY HOBART 2021

« En Maxi, avec des vents forts de face, il faut commencer par freiner le bateau, même si cela peut paraître paradoxal.

Si on ne le fait pas, le bateau va sauter sur la vague d’après et là, la structure va souffrir puis casser.

Et freiner le bateau, ça se joue sur chaque vague, dont environ toutes les 9 à 10 secondes.

En montant sur la vague, on lofe un peu mais dès que la lèvre de la vague a passé la mi coque, on donne le coup de barre inverse pour abattre dans la pente mais sans abattre trop pour ne pas partir en survitesse ».

Le bon barreur ne s’arrête pas pour un oui ou pour un non, il n’y a que lui qui sait quand il n’en peut plus, pour qu’on le remplace

« C’est un équilibre à base de sensations qui se rejoue toutes les dix secondes, il n’y a pas de temps mort.

Ça se fait à l’instinct. On barre avec les fesses ou bien les pieds si on est debout, avec l’oreille, avec tous ses sens et dix secondes plus tard, ça recommence.

Le bon barreur ne s’arrête pas pour un oui ou pour un non, il n’y a que lui qui sait quand il n’en peut plus, pour qu’on le remplace.

C’est crevant, vidant, épuisant. Et c’est physique aussi, à la barre.

Le stratège, le naviguant, le skipper, les équipiers sont là : mais le job, c’est pour lui, dans ces cas-là ».

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Seul vainqueur français d’une Whitbread (hors Volvo race) à bord de l’Esprit d’équipe, Lionel Péan a aussi disputé cinq Sydney Hobart | DR / ARCHIVES OUEST-FRANCE VOILES ET VOILIERS

« Et ce qui est valable à la voile, paradoxalement, l’est aussi sur des bateaux à moteur à grande vitesse, conclut Lionel Péan.

Un jour, j’étais avec Didier Pironi sur un cigare de course de vitesse.

J’observais le navigateur, qui a aussi les commandes de gaz. Je voyais bien, je sentais bien qu’il n’avait pas cet instinct.

Sur certaines vagues, il ne ralentissait pas et sur d’autres, il baissait les gaz pour rien.

Il ne -sentait- pas les vagues, quoi ! Une vague, ça se regarde, ça se devine, ça s’écoute, ça s’anticipe.

Une vague, avant d’arriver, elle vous parle ».

SYDNEY HOBART MONOCOQUE AUSTRALIE LIONEL PÉAN