Actualités  –  publiée le 24/03/2022 par Équipe de rédaction Santélog

PNAS

Le lait peut exacerber les symptômes de la sclérose en plaques (SEP) (Visuel Adobe Stock 134404685)

Le lait peut exacerber les symptômes de la sclérose en plaques (SEP), conclut cette équipe de neurologues de l’Université de Bonn : en cause la protéine de lait de vache qui déclenche une réponse auto-immune qui peut s’attaquer aussi à la myéline.

Ces travaux, menés sur la souris, et publiés dans les Actes de l’Académie nationale des Sciences américaines (PNAS) viennent confirmer des plaintes fréquentes de patients atteints de SEP après la consommation de produits laitiers.

Enfin, au-delà, la recherche suggère, que théoriquement, le lait de vache pourrait même augmenter le risque de développer la SEP chez les personnes en bonne santé…

La recherche a en effet été inspirée par des plaintes fréquentes de patients atteints de SEP, rapportant un état de santé plus dégradé lorsqu’ils consomment du lait, du fromage ou des yaourts, raconte Stefanie Kürten, professeur de neuroanatomie à l’Institut d’anatomie de l’hôpital universitaire de Bonn.

« Nous nous sommes alors penchés sur cette corrélation ». Stefanie Kürten est un spécialiste reconnu de la SEP.

Caséine et myéline perforée

L’étude : les chercheurs ont injecté à des souris modèles de SEP différentes protéines de lait de vache et ont regardé si l’une d’entre elles entraînait une aggravation des symptômes de la maladie.

C’est alors que la caséine est identifiée comme induisant un effet amplificateur chez des souris modèles de troubles neurologiques.

La microscopie électronique révèle des dommages à la myéline, la couche isolante autour des fibres nerveuses, soit des dommages caractéristiques de la SEP.

Une réponse auto-immune contre la caséine et simultanément contre les protéines « de la myéline » : dans la sclérose en plaques, le système immunitaire du corps détruit la gaine de myéline.

Les conséquences vont de la paresthésie et des problèmes de vision aux troubles du mouvement.

Dans les cas extrêmes, les patients vont avoir besoin d’un fauteuil roulant.

Chez les souris, l’administration de caséine a perforé la gaine de myéline : les chercheurs observent que la réponse auto-immune attaque en fait la caséine, et ce faisant, détruit également les protéines impliquées dans la formation de la myéline.

Une réponse auto-immune croisée peut se produire lorsque deux molécules sont très similaires, au moins en partie. Il est possible alors que le système immunitaire puisse les confondre.

C’est bien le cas avec la caséine qui apparaît très proche de différentes molécules importantes pour la production de myéline.

Ainsi une protéine appelée MAG impliquée dans le processus de formation de myéline ressemble à tel point à la caséine que les anticorps dirigés contre la caséine sont également actifs contre MAG- ici chez l’animal de laboratoire.

Chez les souris qui reçoivent de la caséine, les défenses de l’organisme se dirigent également contre MAG, déstabilisant la myéline.

Dans quelle mesure ces résultats peuvent-ils être transférés aux patients atteints de SEP ?

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont ajouté des anticorps de caséine de souris au tissu cérébral humain.

Ceux-ci se sont en effet accumulés dans les cellules responsables de la production de myéline dans le cerveau.

Certains globules blancs, les cellules B, sont responsables de la production d’anticorps.

L’étude révèle que les cellules B dans le sang des patients atteints de SEP réagissent particulièrement fortement à la caséine.

Vraisemblablement, ces patients ont développé une allergie à la caséine à un moment donné à la suite de la consommation de lait.

Et dès qu’ils consomment des produits laitiers frais, le système immunitaire produit des masses d’anticorps de caséine et en raison de cette réactivité croisée avec MAG, ces anticorps endommagent également la gaine de myéline autour des fibres nerveuses.

Seuls les patients atteints de SEP allergiques à la caséine de lait de vache sont concernés.

C’est pourquoi les chercheurs développent actuellement un autotest qui indiquera aux personnes positives de s’abstenir de consommer des produits laitiers.

Cependant, il est possible que le lait de vache augmente également le risque de développer la SEP chez les personnes en bonne santé.

Parce que la caséine peut également déclencher ces allergies « pas si rares ». 

Une fois qu’une telle réponse immunitaire existe, une réactivité croisée avec la myéline peut en théorie se produire…

Source: Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) March, 2022 (In Press) DOI: 10.1073/pnas.2117034119 Antibody cross-reactivity between casein and myelin-associated glycoprotein results in central nervous system demyelination with implications for the immunopathology of multiple sclerosis via AAAS 1-Mar-2022 Milk may exacerbate MS symptoms

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