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Vincent Richeux AUTEURS ET DÉCLARATIONS  17 août 2020

Copenhague, Danemark — Selon une étude rétrospective danoise, portant sur une période de dix ans, les jeunes diabétiques de moins de 35 ans ont quasiment neuf fois plus de risque de mourir subitement d’un accident cardiaque, par rapport aux autres jeunes du même âge non diabétiques [1]. Le risque est encore plus élevé en cas de diabète de type 1. Des résultats qui amènent à reconsidérer la prévention cardiovasculaire dans cette population.

« Notre nouvelle étude est la première à décrire l’incidence de la mort subite d’origine cardiaque à un niveau national au sein d’une population jeune et non sélectionnée de sujets atteints de diabète », précisent les auteurs. Leurs travaux ont été publiés dans l’European Heart Journal[1].

Evaluer les risques au plus tôt

« Cette étude basée sur des registres nationaux est remarquable par sa qualité. Elle apporte un éclairage sur ce risque de mort subite chez le jeune diabétique jusqu’à présent mal connu », a commenté, auprès de Medscape édition française, le Dr Jean-Philippe Kevorkian, cardiologue dans le service de diabétologie du Pr Jean-François Gautier à l’hôpital Lariboisière (Paris).

« Elle confirme aussi que le diabète est une pathologie grave et qu’il est nécessaire de prévenir le risque cardiovasculaire au plus tôt », en insistant également sur les effets néfastes de l’hypoglycémie ou de l’acidocétose, a ajouté le spécialiste. « La sensibilisation des jeunes aux facteurs de risque doit se faire à tous les niveaux de la prise en charge ».

Selon lui, le suivi des jeunes diabétiques devrait inclure la consultation d’un cardiologue « au moins une fois par an ». En plus de l’évaluation clinique portant sur les facteurs de risque cardiovasculaire habituels (cholestérol LDL, hypertension, tabagisme…), il pourrait alors être envisagé de vérifier l’état des parois artériels par écho-doppler et de mener une exploration fonctionnelle, « en allant au-delà du test d’effort ».

Si ces examens complémentaires ne sont pas accessibles ou en cas de doute sur le risque cardiovasculaire, « on peut aussi se demander s’il ne serait pas judicieux de traiter ces jeunes patients directement par des analogues du GLP-1 et des inhibiteurs du SGLT2, qui ont aussi l’avantage d’être bénéfiques en termes cardiovasculaire » considère-t-il.

Décès majoritairement d’origine cardiaque

En se basant sur de précédentes études, on estime que le risque de mort subite d’origine cardiaque est deux à quatre fois plus élevé chez les patients atteints de diabète, par rapport à la population générale. Toutefois, ces recherches ont rarement inclus des sujets jeunes et elles s’appuient en général sur des autopsies, qui sont loin d’être systématiques, ont expliqué les auteurs de cette nouvelle étude.

Pour évaluer plus précisément ce risque chez les jeunes diabétiques, le Dr Thomas Hadberg Lynge (The Heart Centre, Copenhagen University, Danemark) et son équipe ont travaillé à partir de registres de santé nationaux du Danemark, en se focalisant sur celles concernant l’ensemble des individus âgés de moins de 50 ans, soit près de 2,5 millions d’habitants, sur une période allant de l’an 2000 à 2009.

Sur dix ans, ils ont recensé 14 294 décès dans cette population, dont 10% de mort subite d’origine cardiaque. Parmi les individus décédés, 5% souffraient de diabète (n= 669), en majorité de type 1. Et, dans cette population, la mort subite d’origine cardiaque est apparue comme la principale cause de décès (18% des cas), avant la maladie cardiovasculaire (17%), pulmonaire (14%) ou endocrinienne (13%).

Parmi les morts subites recensées dans cette population de diabétiques, 38 cas ont été autopsiés. Les résultats montrent que la maladie coronarienne apparait comme la cause majeure des décès (47% des cas), suivie du syndrome de mort subite par arythmie (26%), avec une majorité de décès pendant le sommeil, et de l’hypertrophie cardiaque (11%).

Beaucoup de mort subite par arythmie

L’origine héréditaire des maladies peut être écartée dans près de la moitié des cas, estiment les auteurs. Ils précisent que les morts subites par arythmie peuvent être induites par des complications liées au diabète, comme l’hypoglycémie ou la neuropathie autonome cardiaque diabétique, qui survient autant chez l’adulte que chez l’enfant, avec un diabète de type 1 ou de type 2.

Chez les jeunes diabétiques de moins de 35 ans décédés brutalement, les autopsies révèlent que le syndrome de mort subite par arythmie (SADS) est en cause dans plus de la moitié des cas, tandis que la maladie coronarienne est retrouvée dans près des deux-tiers des morts subites survenues chez les diabétiques âgés de 36 à 49 ans.

L’analyse des résultats montrent que le taux de mort subite d’origine cardiaque chez les jeunes diabétiques de moins de 35 ans est de 21,9/100 000 personnes-années, contre 2,6/100 000 personnes-années chez les jeunes non diabétiques de la même tranche d’âge.

Cette population de jeunes diabétiques est donc confrontée à un risque de mort subite multiplié par 8,6.

Chez les diabétiques âgés de 36 à 49 ans, le taux de mort subite est de 119,8/100 000 personnes-années, contre 19/100 000 personnes-années chez les non-diabétiques. Le risque de mourir subitement dans cette tranche d’âge est ainsi multiplié par 6,1 pour les diabétiques.

Dix fois plus de risque avec un DT1

En considérant uniquement les patients diabétiques de type 1, le risque de mort subite apparait encore plus élevé. Il est ainsi quasiment multiplié par un facteur 10 chez les jeunes de moins de 35 ans, le taux de mort subite d’origine cardiaque dans cette population étant de 25,1/100 000 personnes-années. Dans le cas du diabète de type 2, le risque de mort subite est 6 fois plus élevé dans cette tranche d’âge.

Les auteurs précisent qu’ils n’ont pas pu effectuer une analyse plus approfondie en tenant compte de certains facteurs de risque de mort subite, en l’absence de données concernant l’hygiène de vie (tabagisme, indice de masse corporelle, régime alimentaire, niveau des lipides…) ou le contrôle glycémique (niveau de glucose ou d’hémoglobine glyquée).

L’analyse du profil des diabétiques décédés de mort subite d’origine cardiaque révèle un âge moyen de 43 ans. Il s’agit d’hommes dans près de trois quarts des cas. « Les morts subites de nature rythmique touchent plus fréquemment les hommes. Et, le fait que les femmes ont tendance à mieux respecter leur traitement peut expliquer pourquoi elles sont moins représentées », avance le Dr Kevorkian.

20% d’insuffisance cardiaque

Par ailleurs, un quart de ces diabétiques décédés brutalement avaient des antécédents de maladie cardiovasculaire. Une insuffisance cardiaque a été retrouvée dans 20% des cas de mort subite. « Un taux considérable qui montre qu’il y a encore beaucoup à faire dans la prise en charge des diabétiques », a souligné le Dr Kevorkian.

« D’ailleurs, le risque cardiovasculaire a-t-il été correctement évalué chez les autres patients diabétiques décédés ? Il faut s’interroger sur ce risque dans cette population, s’assurer que l’évaluation clinique est bien menée, en accord avec les recommandations, en insistant aussi sur les risques liés à l’hypoglycémie, surtout chez les diabétiques de types 2, et à l’acidocétose, qui concerne davantage les diabétiques de type 1 » ajoute-t-il.

L’étude révèle également qu’un quart de ces jeunes diabétiques décédés brutalement présentaient des antécédents psychiatriques. « Cela montre que les patients diabétiques atteints de trouble psychiatrique ont aussi un risque accru de mort subite, probablement en raison d’une prise en charge moins rigoureuse. On peut aussi suspecter l’effet arythmogène des psychotropes ».

« Notre étude souligne la nécessité d’une surveillance et d’une évaluation précoce du risque cardiovasculaire chez les jeunes atteints de diabète. En outre, les résultats justifient le recours à l’autopsie dans tous les cas de mort subite survenue chez les moins de 50 ans », ont conclu les chercheurs.

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Citer cet article: Risque élevé de mort subite chez les jeunes diabétiques – Medscape – 17 août 2020.