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Description générée automatiquement Publié le 23/01/2022

Comme chaque année, The American Journal of Psychiatry propose à ses lecteurs un résumé des principaux thèmes présentés dans ses colonnes, durant l’année écoulée.

Pour 2021, huit articles sont évoqués :

1) Démanteler le racisme structurel en psychiatrie : une voie vers l’équité en santé mentale
Pour l’éditeur du périodique, l’un des « articles les plus pertinents publiés » en 2021 concerne un « appel à l’action pour que la psychiatrie modifie le cadre du racisme structurel qui contribue de manière significative aux inégalités en matière de soins de santé mentale. »

En résumé, la société doit encore développer des « efforts pour changer les politiques publiques » susceptibles de « sous-tendre des inégalités » dans les soins de santé.

2) Activité du circuit de récompense et symptômes cliniques dans la dépression
Autre thème : un essai randomisé contrôlé par placebo évaluant l’effet d’un « modulateur des canaux potassiques » (l’ézogabine) [1] sur l’activité du circuit de la dopamine et les résultats cliniques chez des patients déprimés.

Point culminant de travaux sur les activateurs des canaux potassiques comme médicaments antidépresseurs potentiels, cette étude confirme l’intérêt des modèles animaux sur le traitement de la récompense et le stress pour identifier de nouvelles cibles médicamenteuses prometteuses en psychiatrie.

3) Traiter de front l’addiction à l’alcool et au tabac
En matière d’addictions, la « polyconsommation » (surtout alcoolo-tabagique) se révèle « la règle plutôt que l’exception. »

On estime ainsi que 20 à 25 % des fumeurs sont aussi de gros buveurs et que 60 à 75% des sujets traités contre l’alcoolisme sont aussi des fumeurs.

Or une étude récente souligne l’importance de traiter de front ces deux addictions : malgré des résultats mitigés, elle plaide pour promouvoir un « traitement combiné » vers l’arrêt du tabac et la modération sur l’alcool.

4) Reconnaître et réduire les troubles cognitifs associés aux médicaments contre la schizophrénie
Dans le traitement de la schizophrénie, le recours aux neuroleptiques se révèle très efficace contre les symptômes psychotiques, mais ces médicaments peuvent parfois en raison du blocage des récepteurs cholinergiques, accroître des troubles cognitifs attribuables à la maladie elle-même.

Et ce déficit cognitif est « souvent aggravé » par la prescription de médicaments anticholinergiques supplémentaires pour atténuer d’autres effets indésirables des antipsychotiques ou traiter d’autres symptômes cliniques de la schizophrénie.

Une étude de 2021 recommande des stratégies pour identifier et réduire cette charge anticholinergique des traitements antipsychotiques.

5) Imagerie cérébrale et pertinence clinique
Les recherches récentes en imagerie cérébrale soulèvent des questions sur leur « pertinence clinique. »

Cela est d’autant plus vrai chez les enfants, vu la maturation tardive de certaines fonctions cérébrales.

Fournissant de nouvelles données sur l’imagerie du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), une étude récente suggère que la recherche en imagerie cérébrale chez les enfants peut devenir « cliniquement pertinente », à condition de se concentrer sur l’examen des relations entre fonction cérébrale et réponse au traitement.

6) Stimulation magnétique et comportements compulsifs
Les troubles obsessionnels-compulsifs (TOC) et apparentés se révélant fortement liés à une activité anormale du cortex orbitofrontal, ainsi qu’à un dysfonctionnement des circuits fronto-striataux, une étude contrôlée recourt à la « neuromodulation pour augmenter ou diminuer l’activation du cortex orbitofrontal. »

Comparant l’effet d’une forme continue de stimulation magnétique transcrânienne[2] (continuous theta burst stimulation) à celui d’une forme intermittente (intermittent theta-burst stimulation), les auteurs observent une meilleure efficacité de la stimulation magnétique continue et, surtout, une « voie prometteuse » pour la compréhension et le traitement des TOC.

7) Étudier les schémas différentiels de la maturation des circuits émotionnels
S’il est reconnu que l’exposition à des événements douloureux pendant l’enfance peut « considérablement modifier le développement neurobiologique », on ignore dans quelle mesure un vécu traumatisant affecte le développement cérébral.

Existe-t-il des « circuits spécifiques » affectés par la gravité de l’adversité, sa nature ou sa durée ?

Mieux comprendre un « vieillissement cérébral différentiel » pourrait améliorer les pratiques thérapeutiques.

Montrant qu’une trajectoire marquée par la violence est associée à un « âge cérébral réduit » (maturation retardée) dans les circuits des émotions et la négligence à un « âge cérébral accru » (maturité avancée), une étude de 2021 sur 234 jeunes filles suggère que « différents types d’adversité et de stress ont un impact distinct sur le développement du cerveau. »

Selon le caractère de résilience ou de vulnérabilité des intéressées, diverses régions contribuent à une maturation différente des circuits émotionnels.

Ces résultats pourraient conduire à des stratégies thérapeutiques ciblant des « circuits spécifiques du cerveau associés à l’adversité et au stress. »

8) Du Residents’ Journal : un psychostimulant prétendument nootrope ?
Enfin, The American Journal of Psychiatry évoque un article publié par son supplément à l’intention des jeunes médecins, Residents’ Journal, sur un produit « prétendument nootrope » n’ayant toutefois pas été approuvé par la Food and Drug Administration des États-Unis, ce qui correspond en France à un produit sans autorisation de mise sur le marché.

Esprit d’ouverture, mais prudence, devant des « preuves cliniques limitées » pour l’utilisation d’un tel produit censé apporter, sans effet indésirable, une prétendue « augmentation cognitive. »

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Retigabine
[2] 
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3093091/pdf/nihms283958.pdf

Dr Alain Cohen

RÉFÉRENCE : Ned H. Kalin et coll.: 2021 Articles of import and impact. Am J Psychiatry, 2022; 179: 1, 17–20.

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