Val-de-Marne - Conseil départemental (aller à l'accueil)Accueil > Newsletters > Sport santé et préparation physique > mis à jour le 19/05/2022

La devise olympique « Citius – Altius – Fortius » (plus vite, plus haut, plus fort) illustre parfaitement l’idée du dépassement pour être toujours plus performant dans le monde sportif.

Parmi le panel de possibilités pour devenir meilleur, on trouve les agents ergogéniques qui sont les procédés ou substances permettant d’améliorer la performance.

Certains d’entre eux sont interdits (liste des substances et méthodes interdites par l’agence mondiale antidopage) mais laissant la place à bon nombre de procédés autorisés dont ceux comptant sur l’effet placebo pour augmenter les potentialités des athlètes.

L’efficacité de l’effet placebo est-elle réelle ou simplement un mythe ?

Placebo et effets placebo

Le terme « placebo » vient du latin « placere » qui signifie « plaire ».

Il apparaît pour la première fois en 1785 en Angleterre dans un dictionnaire médical où il est défini comme une « méthode banale de remède ».

Au fil des années, sa définition évolue pour désigner en 1803 « une épithète donnée à tout remède présent pour faire plaisir au patient plutôt que pour lui être utile » puis devenir en 1811 un « traitement donné plus pour plaire au patient que pour le guérir ».

Ce terme est avant tout utilisé en recherche clinique par les médecins et scientifiques qui évaluent l’efficacité réelle d’un candidat-médicament dans le cadre d’un essai.

Au regard des effets possibles sur des paramètres de l’activité physique, il s’est progressivement immiscé dans la sphère de l’amélioration de la performance sportive.

Il convient tout d’abord de distinguer les termes « placebo » et « effet placebo ».

Le « placebo » est un objet ou une substance sans effet, ni physiologique, ni pharmacologique, donc entièrement inactif et neutre sur l’organisme, tandis que « l’effet placebo » est un phénomène, une modification de l’état du sujet ne s’expliquant pas par les propriétés du traitement.

Dans le domaine sportif, la prise d’un placebo peut être comprise comme toute interférence visant à améliorer ou à maintenir une performance par une intervention pharmacologique et/ou nutritionnelle (exemple caféine, …), psychologique (exemple imagerie, …), physique (massage, …) ou mécanique (entraînement en altitude, …) (2).

L’effet placebo est une réponse psychobiologique à un prétendu traitement bénéfique (Hurst, Foad, Coleman et Beedie, 2017).

Ainsi, tout traitement, quel qu’il soit, peut exercer un effet placebo.

L’effet nocebo, s’opposant à celui d’« effet placebo », est utilisé lorsque des réactions nocives ou déplaisantes se manifestent lors d’une prise d’un placebo ou lors de l’usage d’un procédé thérapeutique, sans que l’action spécifique de ces derniers puisse être incriminée.

Il est une réponse psychobiologique à un traitement prétendument nocif (Beedie et al., 2018).

Au cours des vingt dernières années, de nombreuses recherches sur l’utilisation de placebo et sur la nature des effets engendrés (effets placebo ou nocebo) ont permis d’identifier des mécanismes pouvant influencer les performances sportives.

Place des effets placébo dans la performance sportive

De récentes recherches en neurosciences ont identifié un certain nombre d’interactions cohérentes, subreptices et interactives par des voies neurobiologiques et physiologiques associées aux effets placebo et nocebo.

Les résultats de ces études rapportent des données potentiellement intéressantes pour les sciences du sport concernant par exemple, la douleur, la fatigue ou encore le contrôle moteur.

Ces découvertes suggèrent que les placebos et les nocebos entraînent une activité des systèmes des neurotransmetteurs opioïdes [1] (douleur, …), endocannabinoïdes [2] (motivation, plaisir, …) et dopamine [3] (sensation de bien-être, tonus, …), de certaines régions du cerveau comprenant le cortex moteur et le striatum [4] , ainsi que des effets mesurables sur le système nerveux autonome.

Les résultats de plusieurs études (3) ont montré des effets placebo faibles à modérés pour l’utilisation ergogéniques nutritionnelles (dont placebo de stéroïdes anabolisants, d’érythropoïétine, de bicarbonate de sodium, …) et d’aides ergogéniques mécaniques (neurostimulation électrique transcutanée ou TENS, bandes de kinésiologie, immersion en eau froide, …).

Les effets placebo des « prétendus stéroïdes anabolisants » avait le plus grand effet sur la performance.

Les effets placebo provoqués par une substance semblable à l’érythropoïétine se sont également avérés avoir un effet important sur la performance.

Des effets modérés à importants ont été rapportés pour l’effet placebo du TENS, tandis que des effets faibles à modérés ont été signalés pour les acides aminés, la caféine voire l’utilisation d’une raquette de tennis placebo (raquette potentiellement plus performante).

Des effets non significatifs voire nuls ont été trouvés pour l’immersion en eau froide, le bicarbonate de sodium, le pré-conditionnement ischémique [5], les glucides, les bandes de kinésiologie (3).

A l’opposé mais selon des principes identiques, des attentes négatives (prise de substrat caractérisé comme négatif par exemple, …) peuvent engendrer des effets nocebo qui peuvent nuire à la performance sportive.

Nous ne sommes pas tous égaux devant l’effet placebo.

Dans le domaine médical, des études ont montré que, par exemple, pour la douleur, l’effet placebo « douleur » dépend de la mobilisation des neurotransmetteurs dépendant eux même de certains facteurs génétiques qui ne sont pas communs à tout le monde.

Certaines personnes ne possèderaient pas les variants génétiques associés à l’effet placebo de la douleur et resteraient donc insensibles à l’utilisation de certains placebos.

Cette variabilité interindividuelle de la réponse au traitement placebo est un des facteurs pouvant expliquer la diversité des réponses à ces aides factices, y compris dans le sport.

Elle constitue actuellement un champ d’investigation scientifique afin d’identifier les déterminants de la variabilité de réponse aux traitements sportifs (Atkinson, Williamson, & Batterham, 2019).

Les effets placebo et nocebo associés à un « véritable traitement » ou à un « traitement semblable inactif de type placebo », présentés en tant qu’analgésique ou stimulant, montrent des mécanismes similaires aux traitements composés de principes actifs.

Les effets placebo sont conditionnés par divers facteurs comme l’interaction entre le sportif et l’entraîneur (notamment le conditionnement et les attentes), l’environnement dans lequel le traitement est administré, le type de placebo et les expériences antérieures du sportif.

Il a d’ailleurs été mis en évidence par Beedie, Foad et Hurst, (2015) que si un athlète ne croit pas entièrement à l’efficacité d’un « vrai » traitement, cet athlète peut ne pas bénéficier pleinement de ces potentiels effets.

L’effet placebo d’un traitement légitime peut donc être maximisé en suscitant une croyance positive en son efficacité.

Ceci expliquerait la raison pour laquelle des effets placebo plus importants ont été montrés pour les substances interdites (substances sur la liste des substances et des méthodes interdites par l’agence mondiale antidopage) améliorant la performance, telles que les stéroïdes anabolisants et EPO, et lors de l’utilisation de procédures de pré-conditionnement.

En effet, si ces substances sont sur une liste « interdite », la croyance en leur efficacité s’en trouverait que renforcée.

[1] Les opioïdes endogènes sont des neurotransmetteurs produits naturellement par le corps. Ils incluent les endorphines, les enképhalines et les dynorphines. Ils interviennent notamment dans la régulation de la douleur et de l’humeur.

[2] – Système encannabinoïdes : système qui intervient dans une large variété de processus physiologiques (modulation de la libération de neurotransmetteurs, régulation de la perception de la douleur, ainsi que les fonctions cardiovasculaires, gastro-intestinales et hépatiques).

[3] – Dopamine : la dopamine est le principal neurotransmetteur impliqué dans le circuit de la récompense dans le cerveau.

[4] – Stratium : Ensemble constitué par les deux noyaux gris centraux, le noyau caudé et le putamen (cerveau). Le stratium intervient dans la régulation motrice essentiellement pour le contrôle des mouvements lents.

[5] – Utilisation d’épisodes brefs d’ischémie (réduction de l’oxygénation au sein d’un organe ou d’un tissu) et répétés, entrecoupées d’épisodes de reperfusion sanguine.

L’utilisation de placebo et l’éthique sportive : le prisme du dopage

Des études ont montré que les placebos interagissent avec les effets biologiques pour déterminer l’effet global du traitement (c’est-à-dire que la prise d’un placebo en complément d’un traitement actif améliore l’efficacité de ce dernier).

La variation de la réactivité au placebo pourrait donc être un facteur dans la détermination de la variabilité à de vrais traitements.

Dans le domaine sportif, l’utilisation d’une aide ergogénique active (procédé ou substance légales …voire illégales) pourrait donc potentiellement être renforcée par la prise d’un placebo.

La possible utilisation de placebos chez les athlètes pour accroître leurs performances lors de compétitions sportives pose donc question : les mécanismes biologiques créés par l’administration de placebos notamment pour les circuits endogènes opioïdes et dopaminergiques peuvent-ils être associés à une quelconque forme de dopage ?

Par exemple, si une substance illégale est administrée pendant plusieurs jours d’affilée et ensuite remplacée par un placebo le jour de la compétition, obtient-on des effets notoires ?

C’est une question cruciale, d’un point de vue éthique aussi bien que légal, car le placebo peut imiter l’effet d’un médicament administré préalablement, sans qu’un test antidopage ne puisse le détecter.

Dans le cadre d’études en neurobiologie, le Pr Fabrizio Benedetti, a mené une expérience hors du contexte clinique (4) simulant l’utilisation d’opioïdes (substance illégale) lors d’une compétition sportive durant laquelle il a mesuré l’endurance de jeunes sportifs à un exercice douloureux.

Sachant que l’étude neurobiologique de l’effet placebo a montré que les placebos peuvent activer les systèmes opioïdes endogènes dans certaines conditions, cette expérimentation a été l’occasion de mesurer les effets de placebos dans le contexte d’une activité sportive.

Les résultats indiquent qu’« après des administrations répétées de morphine dans la phase d’entraînement pré-compétition, son remplacement par un placebo le jour de la compétition a induit une augmentation (médiée par les opioïdes) de l’endurance de la douleur et de la performance physique, bien qu’aucune drogue illégale n’ait été administrée. ». 

Le Pr Benedetti précise que « les réponses analgésiques placebo ont été obtenues après deux administrations de morphine séparées jusqu’à 1 semaine l’une de l’autre.

Ces longs intervalles de temps indiquent que la procédure de conditionnement pharmacologique a des effets durables et que les réponses placebo médiées par les opioïdes peuvent avoir des implications et des applications pratiques.

Par exemple, dans le cadre de la présente simulation sportive, les athlètes peuvent être préconditionnés avec de la morphine puis un placebo peut être administré juste avant la compétition, évitant ainsi l’administration de la drogue illégale le jour de la compétition.

Cependant, ces effets de type morphine des placebos soulèvent la question importante de savoir si les réponses placebo médiées par les opioïdes sont éthiquement acceptables dans les compétitions sportives ou si elles doivent être considérées comme une procédure de dopage à tous égards ».

Conclusion

Les effets placebo (et nocebo) obtenus à partir d’aides ergogéniques nutritionnelles et mécaniques peuvent donc avoir de réels effets, plus ou moins importants sur les performances sportives.

Les effets placebo concernant les méthodes et substances interdites ont été les plus significatifs.

La croyance en l’efficacité du traitement initial ou du placebo est donc fondamentale afin de maximiser les effets.

Les éléments présentés dans cet article soulèvent cependant une problématique d’éthique sportive quant à l’utilisation de tels procédés.

Thierry PINJON UPEC

Références

  • (1) F. Benedetti – Placebo effects – 2nd edition – Oxford University Press – (2014)  – isbn 978-0-19-870508-6
  • (2) Bart Roelands, Philip Hurst, The Placebo Effect in Sport: How Practitioners Can Inject Words to Improve Performance,International Journal of Sports Physiology and Performance, 2020, 15, 765-766
  • (3) The Placebo and Nocebo effect on sports performance: A systematic review 
  • PHILIP HURST, LIEKE SCHIPOF-GODART, ATTILA SZABO, JOHN RAGLIN , FLORENTINA HETTINGA , BART ROELANDS, ANDREW LANE, ABBY FOAD, DAMIAN COLEMAN , & CHRIS BEEDIE. European Journal of Sport Science, 2020 Vol. 20, No. 3, 279–292, https://doi.org/10.1080/17461391.2019.1655098
  • (4) F Benedetti, A Pollo and L Colloca . Opioid-Mediated Placebo Responses Boost Pain Endurance and Physical Performance: Is It Doping in Sport Competitions? Journal of Neuroscience 31 October 2007, 27 (44) 11934-11939; DOI: https://doi.org/10.1523/JNEUROSCI.3330-07.2007