Publié le 30 mai 2010 à 05h00
  
 
Dr Nadia Gagnier, psychologue
Le Soleil
 
(Québec) Justin, sept ans, devient de plus en plus anxieux. Avant d’aller à l’école, il se plaint de maux de ventre. Souvent, il ne veut pas aller à l’école. Lorsque ses parents l’obligent à y aller, il se met à poser des questions démontrant qu’il se fait des scénarios catastrophiques (ex. : où iras-tu aujourd’hui maman? Est-ce que le chemin pour s’y rendre est dangereux? Et si tu avais un accident? Et si papa oubliait de venir me chercher à l’école?). Les parents sont désespérés. Ils voient la souffrance de leur fils et veulent l’aider, mais ses peurs leur demandent beaucoup d’énergie. De plus, ils ne s’entendent pas sur la façon d’aider Justin à se débarrasser de ses inquiétudes. Maman croit qu’il faut le rassurer, le protéger et l’accepter tel qu’il est avec son anxiété sans le confronter. De son côté, Papa croit qu’il faut le pousser à affronter ses peurs malgré lui et cesser de le rassurer sans cesse, car c’est un puits sans fond.
 
Les troubles d’anxiété touchent de nombreux enfants. En fait, la plupart des adultes qui consultent pour un problème d’anxiété disent qu’ils avaient déjà des signes précurseurs ou carrément de vrais symptômes d’anxiété durant leur enfance.
 
Les facteurs qui peuvent prédisposer un enfant à éventuellement souffrir d’anxiété sont :
 
? le fait d’être né avec un tempérament inhibé : les enfants qui ont un tempérament inhibé sont naturellement plus introvertis et plus calmes que la moyenne. Ils pleurent souvent et s’adaptent moins bien à tout ce qui est nouveau. Ils peuvent sembler timides;
 
 
? les événements de la vie : si un enfant est victime ou témoin d’événements traumatisants, il pourrait développer un trouble d’anxiété. Cette probabilité sera encore plus grande si l’enfant a, en plus, un tempérament inhibé;
 
? les attitudes parentales : bien involontairement, les parents, par leurs attitudes et leurs comportements, peuvent causer ou maintenir l’anxiété chez leur enfant. En effet, un parent surprotecteur peut transmettre indirectement à son enfant le message implicite que le monde est dangereux et qu’il ne peut l’affronter seul. Inversement, un parent trop négligent sur le plan de la sécurité de son enfant expose ce dernier à vivre des accidents ou des événements traumatisants. En lisant ce dernier point, certains parents se sentiront peut-être coupables, réalisant qu’ils ont possiblement contribué à développer l’anxiété chez leurs enfants… Si c’est le cas, il faut plutôt tenter de voir les choses positivement en se disant que si nous sommes en partie responsable de cette anxiété, cela signifie également qu’un pouvoir d’action est entre nos mains.
 
En effet, les parents peuvent faire plusieurs choses pour aider leur enfant à surmonter son anxiété. D’abord, un parent qui est lui-même anxieux devrait probablement consulter pour sa propre anxiété. En apprenant à mieux gérer ses émotions, il aura moins de comportements anxieux devant son enfant et il aura une attitude moins surprotectrice à l’égard de ce dernier.
 Si l’enfant peut apprendre à devenir anxieux en observant son parent, il peut également apprendre à gérer son anxiété en observant comment son parent (en thérapie) s’y prend! Ensuite, lorsque l’enfant manifeste les signes qu’il s’inquiète et qu’il est envahi par des pensées irrationnelles, le parent peut tenter de l’aider à remettre en question son discours intérieur, en posant des questions à son enfant. Par exemple, lorsque Justin demande : «Et si papa oubliait de venir me chercher à l’école?», le parent pourrait répondre en demandant : «Est-ce déjà arrivé? Et si cela arrivait vraiment, quels seront les éléments de sécurité autour de toi, quelles solutions s’offriraient à toi?» Cela est beaucoup plus efficace que de le rassurer temporairement avec des réponses toutes faites qui ne le convaincront peut-être pas.
 
On peut aussi amener l’enfant à affronter ses peurs graduellement, par petites étapes faciles, tout en respectant son rythme et en évitant de banaliser sa peur. Lorsque l’enfant affronte un petit défi, il teste la réalité et peut réaliser par lui-même que ses peurs n’étaient pas fondées. De plus, en réussissant son défi, l’enfant développe une confiance en soi qui aide à dissiper l’anxiété. Évidemment, il faut respecter son rythme et ne pas le forcer à affronter une de ses peurs alors qu’il ne se sent pas prêt… Cela pourrait le rendre encore plus anxieux.
Attention! Le paragraphe précédent ne fait qu’énumérer des concepts de base qui, dans la réalité, doivent s’adapter à chaque individu. Consulter un psychologue spécialisé dans les troubles d’anxiété pourrait aider un parent à mieux comprendre toutes les subtilités de ces stratégies et à savoir comment les adapter aux particularités de son enfant.
 
Avec ces techniques, qui peuvent s’appliquer tout autant pour un adulte, l’enfant apprendra à mieux gérer son anxiété et gagnera de la confiance en lui. Ce qui pourra lui être utile toute sa vie!