30/06/2010 | Pédiatrie , Psychiatrie
 
Entretien avec le Pr Manuel Bouvard, pédopsychiatre, pôle de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, hôpital Charles Perrens (Bordeaux), à l’occasion du congrès sur l’hyperactivité qui s’est déroulé les 24 et 25 juin dernier à Bordeaux.
 
Pourquoi ce premier congrès international de langue française sur l’hyperactivité ?
Le trouble de déficit de l’attention et l’hyperactivité (TDA/H) a fait polémique. Aux Etats-Unis, il est considéré depuis longtemps comme une maladie à part entière, liée à des lésions du cerveau et traitée par des médicaments. Mais en France il a longtemps semblé dû à des carences relationnelles, et traité par psychothérapies. Les choses ont évolué : on s’oriente vers un consensus clinique. Le TDA/H touche 5% de la population générale, de l’âge de 6 ans (voire avant) à 78 ans ! Réunissant 20 spécialités, ce congrès a permis un échange de pratiques entre pays d’Europe, d’Amérique du Nord et du Maghreb. Deux enjeux ont été soulignés : la mise en place de réseaux entre professionnels concernés – psychiatres, neuropédiatres, généralistes, orthophonistes, psychologues, médecins scolaires, rééducateurs… – et la nécessité de mieux former les médecins généralistes au TDA/H.
 
Sur quels critères s’inquiéter ?
Tout d’abord, une agitation motrice excessive : l’enfant est incapable de rester en place. Il est souvent bruyant et maladroit. Il a beaucoup de mal à se fixer sur une tâche scolaire. Dans la moitié des cas, l’alerte vient de l’école, en début de CP ou fin de maternelle. L’enfant ne planifie rien. Il adopte parfois des comportements téméraires, voire dangereux : adolescent, il est souvent victime d’accidents traumatiques. Les plaintes des parents sont souvent centrées sur leur propre épuisement : le médecin doit penser à un TDA/H de l’enfant. Chez l’adulte, ce trouble se manifeste par des difficulté d’organisation, dans le travail surtout. Le généraliste doit être informé des deux complications fréquentes de ce trouble : le risque de toxicomanie est multiplié par 4 chez les sujets non traités– mais par 1,8 chez les sujets traités – et le risque de conduites anti-sociales est très accru.
 
Quelles sont les prises en charge actuelles ?
Elles s’appuient sur différentes stratégies selon le bilan initial. Une prise en charge psycho-éducative est proposée aux parents pour les déculpabiliser, leur apprendre le « mode d’emploi » de leur enfant. Aux jeunes enfants, on propose des stratégies de renforcement des comportements positifs pour les valoriser. Vers l’âge de 9-10 ans, ce sont des stratégies de remédiation cognitive assez ludiques – sur ordinateur – pour leur apprendre à résister aux distracteurs. A partir de 12-13 ans, s’ajoute une prise en charge psychologique classique pour renforcer l’estime de soi de ces enfants, très altérée, leur apprendre à s’intégrer au groupe… Une rééducation orthophonique est proposée pour les troubles de l’apprentissage.
Enfin les médicaments s’adressent aux situations les plus sévères. En France, un enfant sur 1000 est traité – 4 sur 100 aux Etats-Unis. Trois quarts d’entre eux répondent à ces produits. Trois médicaments ont l’AMM en France, à base de méthylphénidate à libération immédiate ou prolongée (Ritaline, Concerta). Une molécule active sur la noradrénalane, l’atomoxétine, est utilisée en ATU : elle s’adresse aux enfants non-répondeurs ou qui développement des tics ou une anorexie sous méthylphénidate. Enfin la lysmétamphétamine, en cours d’essai de phase III, évite le mésusage de l’amphétamine…
 
Florence ROSIER