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Description générée automatiquement Publié le 15/12/2021

Le prolapsus de la valve mitrale (PVM) est une valvulopathie particulièrement fréquente chez les femmes jeunes susceptibles d’être enceintes.

On ignore cependant si la présence d’un PVM obère le pronostic cardiaque et obstétrical de ces patientes.

Wilkie et coll. ont tenté de le déterminer à partir de l’étude rétrospective de données d’une base nationale (Healthcare Cost and Utilization Project National Readmission Sample database) recueillies entre 2010 et 2017.

Ils ont pu ainsi dénombrer 23 000 femmes enceintes ayant un PVM, soit une incidence globale de 16,9 cas de PVM pour 10 000 femmes enceintes hospitalisées.

Le pronostic maternel et cardiaque de ces patientes avec un PVM a été comparé à celui des femmes enceintes indemnes de tout PVM, grâce aux modèles de régression de risque proportionnel de Cox ajusté en fonction des caractéristiques démographiques basales.

Comparées aux femmes enceintes sans PVM, les femmes enceintes ayant un PVM étaient exposées, pendant leur grossesse, à un risque plus élevé : de décès (hazard ratio ajusté [HRa] 5,1 ; intervalle de confiance [IC] 95 % : 1,09 à 24,16) ; d’arrêt cardiaque (odds ratio ajusté [ORa] 4,44 ; IC 95 % : 1, 04 à 18,89) ; de troubles du rythme (ORa 10,9 ; IC 95 % : 9,17 à 13,12) ; d’accident vasculaire cérébral (ORa 6,90 ; IC 95 % : 1,26 à 37,58), d’insuffisance cardiaque (ORa 5,81 ; IC 95 % : 3,84 à 8,79) ; de dissection coronaire (ORa 25,22 ; IC 95 % : 3,42 à 186,07).

Considérer l’importance de la fuite mitrale

En dehors des complications d’origine cardiaque, la présence d’un PVM a été associée à un risque accru : d’accouchement prématuré (ORa 1,21 ; IC 95 % : 1,02 à 1,44) ; de pré-éclampsie/hémolyse, d’élévation du taux des enzymes hépatique et de thrombopénie (syndrome HELPP pour Hemolysis, Elevated Liver enzymes, Low Platelet count ; ORa 1,22 ; IC 95 % : 1,05 à 1,41).

Ainsi, selon cette étude, chez les femmes enceintes, la présence d’un PVM est associée à un risque d’événement cardiaque maternel et à un risque obstétrical plus élevé.

On ne peut adhérer à cette conclusion sans la nuancer : on peut regretter en effet que l’étude ne précise pas si les cas de PVM à risque élevé d’événement maternel ou obstétrical étaient associés à une fuite mitrale importante.

Il est probable que la base de données a utilisé les seuls codes CIM-10 de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) qui ne prennent pas en compte la sévérité des valvulopathies.

Il est donc possible que l’augmentation du risque maternel signalée dans cette étude soit liée à un petit nombre de femmes enceintes qui avaient un PVM avec fuite mitrale sévère.

D’ailleurs, selon les recommandations 2018 de l’ESC [European Society of Cardiology]), lors d’une grossesse, le risque qui découle d’une insuffisance mitrale dépend essentiellement de la sévérité de la fuite mitrale et de son retentissement (à savoir, symptômes et niveau de la pression artérielle pulmonaire).

Si bien qu’en pratique, il est légitime de continuer à rassurer les jeunes femmes qui n’ont qu’un prolapsus mitral sans insuffisance mitrale significative.

Dr Robert Haïat

RÉFÉRENCE: Wilkie GL et coll. : Cardiac and Obstetric Outcomes Associated With Mitral Valve Prolapse. Am J Cardiol 2021 ; S0002-9149(21)00934-6. doi.org/10.1016/j.amjcard.2021.09.014.

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