Accueil  Santé & bien-être  Médecine  –  Développement durable  Pollution

Le 13/05/2022 à 10h10 par Isabelle Verbaere –

salon vert

© Adobe-Stock

Alimentation, logement, beauté… Des centaines de molécules perturbent au quotidien notre système endocrinien, favorisant cancers, diabète, maladie de Parkinson ou encore allergies. Ce que l’on sait.

Bientôt l’été et le moment de ressortir la crème solaire… Stop!

Suspendez votre geste et lisez ce dossier jusqu’au bout pour être sûr d’avoir choisi le bon produit!

Car cette crème solaire est l’exemple type du cosmétique susceptible de contenir de l’octocrylène, un filtre UV – également présent dans des soins anti-âge et fonds de teint – fortement soupçonné d’être un perturbateur endocrinien (PE).

Il fait partie des 907 substances identifiées à ce jour par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) pour leur effet nocif « indirect » sur la santé.

Il y en aurait quasiment partout: dans les produits d’entretien, les emballages, les vêtements, le mobilier, les aliments et aussi dans l’eau, l’air et les sols.

La réglementation évolue lentement.

La France est l’un des premiers pays au monde à avoir adopté une stratégie pour protéger la population de ces perturbateurs endocriniens (PE), mais la route reste longue avant de ne plus les trouver sur le marché.

D’ici là, c’est à chacun de se protéger de la contamination au quotidien, quitte à modifier un peu son mode de vie.

Car il existe souvent des alternatives: opter pour une crème solaire avec un autre film que l’octocrylène (et surtout porter un chapeau et des vêtements longs pour se protéger du soleil), conserver ses aliments dans des bocaux en verre plutôt qu’en plastique…

Les experts avec lesquels nous avons mené l’enquête ont listé avec nous une brassée de conseils très pratiques, à partager sans hésiter avec nos proches!

• Les perturbateurs endocriniens (PE), c’est quoi?

Les perturbateurs endocriniens (PE) sont des molécules qui interagissent avec notre organisme en perturbant notre système hormonal et le fonctionnement de nos glandes endocrines (thyroïde, ovaires, testicules, pancréas…).

Ces substances interfèrent avec la fabrication des hormones, leur transport dans l’organisme et surtout leurs actions.

Lire aussi: nos articles sur les hormones: la mélatonine, l’ocytocine, les hormones féminines comme la progestérone et les estrogènes ou bien encore la dopamine et la sérotonine.

• Les perturbateurs endocriniens, des molécules actives, même à faible dose

Les perturbateurs endocriniens (PE) sont susceptibles d’agir en très faibles quantités, leurs impacts peuvent se cumuler (c’est l’effet cocktail).

La plupart sont synthétisés chimiquement, tels les pesticides, conservateurs (parabènes, phénoxyéthanol, triclosan), plastifiants (phtalates, bisphénol A), médicaments (Distilbène, anti-inflammatoires non stéroïdiens).

D’autres sont d’origine naturelle comme les métaux lourds (mercure, plomb, cadmium), les phyto-œstrogènes (soja) ou certaines huiles essentielles (lavande, arbre à thé…).

Lire aussi: Pesticides: décryptage d’une crise sanitaire

• Une vulnérabilité renforcée à certains âges de la vie

Ces substances sont capables de nous contaminer via la peau, le système digestif, les voies respiratoires mais aussi le placenta et le lait maternel.

Au cours de la période des mille premiers jours, de la grossesse jusqu’à 2 ans, l’organisme est particulièrement vulnérable car il est en pleine maturation, avec des effets pouvant être observés des décennies après l’exposition et transmis aux générations futures.

Chez les femmes, la préménopause, lorsque la production d’œstrogènes baisse, est aussi une phase de sensibilité accrue; de même, avec l’âge, quand les reins travaillent moins bien.

De nombreuses études démontrent que nos organismes en sont imprégnés.

L’étude Esteban conduite par Santé publique France pointe, par exemple, la présence de pesticides, phtalates, parabènes, et métaux lourds chez presque toutes les personnes testées.

Certaines molécules s’accumulent dans le tissu graisseux et y restent des années, comme les dioxines.

Ce qui menace notre santé est moins une contamination ponctuelle qu’une exposition chronique tout au long de la vie.

Lire aussi: Daniel Cueff: « Je n’attaque pas les agriculteurs, mais les pesticides! »

• Les multiples effets des perturbateurs endocriniens sur la santé

De nombreuses études décrivent un lien entre perturbateurs endocriniens (PE) et troubles de la fertilité et de la reproduction: baisse de la qualité du sperme, malformations sexuelles, puberté précoce, endométriose

Ils sont incriminés dans les cancers hormonodépendants.

Plusieurs travaux montrent un risque accru de cancer du sein et du testicule chez les enfants de femmes ayant été exposés in utero au Distilbène, médicament contre les fausses couches prescrit à des femmes enceintes jusqu’en 1977.

La contamination par le chlordécone, insecticide très utilisé aux Antilles dans la culture de la banane, augmente le risque de cancer de la prostate.

Certains PE comme les phtalates peuvent interférer avec la fabrication des hormones thyroïdiennes et provoquer une hypothyroïdie.

Au cours de la grossesse et des premières années de la vie, cela peut avoir un impact dramatique sur le développement du cerveau.

Des atteintes neurologiques sont suspectées: autisme, hyperactivité, retard de langage et baisse du quotient intellectuel chez les enfants exposés.

La responsabilité de ces polluants est également évoquée pour expliquer l’augmentation des cas de maladies neurodégénératives comme les maladies de Parkinson et d’Alzheimer.

Lire aussiHalte aux perturbateurs endocriniens à la maison! et Les génies de la recherche: Nicolas Cabaton, vigie des perturbateurs endocriniens

• Nos experts sur le sujet des perturbateurs endocriniens

– Francelyne Marano, biologiste et toxicologue, présidente de la commission Risques liés à l’environnement au Haut Conseil de la santé publique.

– Dre Patricia Bartaire, pédiatre spécialisée en endocrinologie et gynécologie pédiatrique, chercheuse à l’université catholique de Lille.

– Pr Nicolas Chevalier, chef du département d’endocrinologie-diabétologie et reproduction à l’hôpital de l’Archet 2, à Nice.

 Pre Béatrice Fervers, coordinatrice du département Prévention Cancer, Environnement au centre Léon-Bérard, à Lyon.

– Pre Barbara Demeneix, endocrinologue au laboratoire de physiologie moléculaire et adaptation (CNRS/Muséum d’histoire naturelle de Paris).

Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°629 –

Perturbateurs endocriniens: repérer et éviter les molécules nocives au quotidienPerturbateurs endocriniens: repérer et éviter les molécules nocives au quotidien

Perturbateurs endocriniens: à la maison, j'adopte les bons réflexes pour vivre sans toxiquesPerturbateurs endocriniens: à la maison, j’adopte les bons réflexes pour vivre sans toxiques

Perturbateurs endocriniens: au jardin, je me protège au quotidienPerturbateurs endocriniens: au jardin, je me protège au quotidien