Par Catherine Couturier

Homme taillant la pelouse avec des ciseaux Profession Santé logo 04/08/2021

Si des domaines ultracompétitifs comme celui de la santé attirent particulièrement les personnes qui ont des exigences très élevées, la société en général est, elle aussi, de plus en plus obsédée par la performance.

Une méta-analyse récente a ainsi estimé que le niveau de perfectionnisme avait globalement augmenté chez les étudiants de tous les programmes ces 30 dernières années.

« C’est insidieux parce qu’on valorise beaucoup ça », constate Denis Morin, professeur au Département d’organisation et ressources humaines de l’Université du Québec à Montréal.

Une arme à double tranchant

Selon ce professeur, « le perfectionniste se surinvestit dans des activités de moindre importance au détriment d’activités prioritaires; il a de la difficulté à déléguer, se juge sévèrement et accepte mal la critique.

C’est un éternel insatisfait. »

La définition du perfectionnisme ne fait pas l’unanimité dans la communauté scientifique, mais on s’entend sur le fait que le perfectionnisme comporte deux dimensions importantes : des exigences très élevées et des préoccupations (doutes, peurs, etc.).

« Il y a une tendance à aborder le thème du perfectionnisme sous l’angle sain/malsain.

Mais elles sont rares les personnes qui vont vraiment bénéficier de stratégies perfectionnistes. Qui sont-elles ? », se demande le psychologue Frédéric Langlois, professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

En effet, si les préoccupations se classent facilement parmi les émotions négatives, la littérature dans le domaine ne dit pas tout à fait clairement si les exigences très élevées sont toujours associées à un haut degré de fonctionnement.

Si certains perfectionnistes semblent aptes à viser plus haut et plus grand, beaucoup d’entre eux sont davantage dans l’évitement et les émotions négatives, comme la culpabilité et la honte.

« C’est facile de tomber dans le côté sombre », constate M. Langlois.

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Description générée automatiquement« Plus on a peur de l’erreur, plus les exigences sont élevées… et plus on fera des erreurs. » Frédéric Langlois, professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières

Perfectionnisme, anxiété ou TOC ?

Perfectionnisme ou anxiété? Pas toujours facile de distinguer les deux :

« Le perfectionnisme et l’anxiété marchent souvent main dans la main », observe la psychologue Geneviève Belleville.

Les perfectionnistes sont souvent anxieux.

L’anxiété de performance, elle, se produit davantage dans un contexte d’évaluation ou d’examen.

Le perfectionnisme est un trait de personnalité, mais il partage certaines caractéristiques avec la personnalité et le trouble obsessionnel compulsif (TOC).

Pour un perfectionniste, les choses doivent être faites d’une certaine façon, dans un certain ordre.

« Ça donne une couleur un peu TOC », avance M. Langlois.

Le perfectionniste n’est pas dans les gestes rituels (comme une personne souffrant d’un TOC peut l’être), mais sa façon de voir la vie de façon rigide et d’appliquer les règles pour les règles est commune avec le trouble obsessionnel compulsif.

L’obsession de la perfection s’observe aussi dans d’autres troubles : le trouble obsessionnel compulsif tel que mentionné plus haut, mais aussi les troubles anxieux, les troubles alimentaires, etc.

DES QUESTIONS À SE POSER

Avez-vous ce trait perfectionniste ? Geneviève Belleville propose cette liste de questions pour le déterminer :

  • Mettez-vous trop d’accent sur les détails?
  • Avez-vous une peur démesurée de l’échec?
  • Est-il inconcevable pour vous de faire des erreurs?
  • Craignez-vous la désapprobation?
  • Adoptez-vous un style de pensée de type « tout ou rien »?
  • Votre vie est-elle régie par vos devoirs?
  • Croyez-vous que les autres ont du succès plus facilement?

Quand la recherche de perfection paralyse

Les personnes perfectionnistes, qui sont presque exclusivement dans la préoccupation, sont celles qui souffrent le plus de cet aspect.

« Elles n’ont même pas le côté positif, comme l’envie de se dépasser », fait remarquer M. Langlois.

La recherche de la perfection est alors motivée par la peur de décevoir (soi-même ou les autres), la peur de l’échec et la menace à l’ego.

Les erreurs dans le domaine de la santé peuvent bien sûr avoir de graves conséquences, mais à vouloir trop réviser, revoir, refaire et mettre en doute, ces personnes tombent dans le piège typique du perfectionnisme.

« Plus on a peur de l’erreur, plus les exigences sont élevées… et plus on fera des erreurs », avertit M. Langlois.

Ainsi, cette inflexibilité, cette rigidité et ce manque d’autocompassion entraînent de la fatigue, de l’épuisement ou des symptômes dépressifs.

Quand le mieux devient-il donc l’ennemi du bien?

« On peut se demander à partir de quand l’effort n’est plus reconnu. C’est peut-être l’indice qu’il est temps d’arrêter», croit M. Langlois.

Quand le pôle « préoccupation » prend plus de place que celui d’une recherche de qualité élevée, c’est un autre signe qu’on en fait trop, avance pour sa part Geneviève Belleville, professeure à l’École de psychologie de l’Université Laval.

Les signaux d’alarme à surveiller sont la détresse et l’altération du fonctionnement professionnel et relationnel, ou de l’hygiène personnelle

Quelques stratégies de gestion pour le perfectionniste

    • Exécuter le bon mandat, celui qui tire avantage de son goût pour la minutie.
    • Définir la notion de « bon » travail et baliser la nature du résultat.
    • Forcer le perfectionniste à déléguer

Vivre avec le perfectionnisme

« Les perfectionnistes peuvent essayer de regarder pourquoi ils le sont », suggère M. Langlois.

Veut-on protéger sa réputation ? A-t-on peur de décevoir ses proches ? Veut-on protéger son image ?

Pour mieux vivre avec ce trait, il faut faire un travail personnel de réflexion plus profond lorsque le quotidien devient teinté d’émotions négatives.

« Ces gens doivent apprendre à être bienveillants envers eux-mêmes et les autres », conseille M. Morin. Geneviève Belleville estime quant à elle qu’il est essentiel de réviser son discours intérieur et de rebâtir son ordre de priorité.

« On doit être moins dans l’absolu, et apprendre à se parler autrement », conseille-t-elle.

Le but est d’acquérir plus de flexibilité et d’accepter de se tromper.

Il est peut-être également temps de définir les critères d’une bonne performance au travail et de prendre conscience de tout le temps perdu à atteindre ce niveau, ce qui, de toute façon, n’est pas reconnu.

Être moins perfectionniste ne veut pas dire abandonner complètement son idéal.

« Il faut introduire des nuances, des priorités. Ce n’est pas noir ou blanc », précise Mme Belleville.

« Ce qu’il faut apprendre en tant que perfectionniste, c’est que la perfection n’est pas essentielle », résume M. Morin.

Si la perfection est utile dans la salle d’opération, elle ne l’est pas lorsqu’il s’agit de commander un repas au restaurant, d’entretenir sa maison ou de produire un rapport administratif.

« Il ne s’agit pas nécessairement de baisser ses exigences, mais de regarder où lâcher du lest », conseille M. Langlois qui concède que cet apprentissage est difficile.

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