Québec fait un pas de plus vers la disparition des fax dans son système de santé: dès le 30 juin prochain, les médecins n’auront plus à transmettre des demandes par télécopieur à la RAMQ dans le cadre des mesures des médicaments et du patient d’exception.

Par Mathieu Ste-Marie

Fax Profession Santé logo 23/02/2022

Ces prescripteurs devront plutôt transmettre leurs demandes par le service en ligne Patients et médicaments d’exception (PME). Ils peuvent d’ailleurs le faire dès maintenant.
« Ces dernières années, nous avons grandement amélioré le service en ligne PME pour parfaire votre expérience utilisateur, indique la Régie de l’assurance médicament du Québec (RAMQ) dans son infolettre adressée aux médecins.

Convivial et simple d’utilisation, il vous permet d’accomplir efficacement vos tâches dans le cadre de mesures exceptionnelles».
Cette nouvelle façon de faire s’inscrit dans le virage numérique amorcé par le gouvernement du Québec, qui a promis de retirer les télécopieurs dans l’ensemble du réseau de la santé dès 2023.
Dans sa Stratégie de transformation numérique dévoilée en 2019, Québec affirmait qu’il fallait rapidement mettre en place des solutions numériques pour remplacer les télécopieurs.

Selon le gouvernement Legault, il s’agit d’une pratique datant d’une autre époque qui nuit à l’efficience des organisations publiques.
Rappelons que dès le début de la pandémie, en mars 2020, les autorités publiques recevaient par télécopieur les formulaires des décès causés par la COVID-19, ce qui a retardé les bilans des décès. Ces derniers ont ensuite été informatisé, à partir de juin.

Un vieux débat
Le débat sur l’utilisation des fax en santé ne date pas d’hier.

Si certains médecins et pharmaciens vantent ce système sécuritaire, d’autres estiment plutôt qu’il est grand temps de se débarrasser de cet appareil qu’ils jugent archaïque.

C’est le cas d’un des blogueurs de ProfessionSanté.ca, le Dr Mathieu Pelletier, qui a signé l’automne dernier le texte Je suis un anti-fax.

Il y indique qu’ « À l’ère où chaque pharmacie est dotée d’un SIPC (systèmes d’information de pharmacies communautaires) et chaque clinique d’un DMÉ (dossier médical électronique), comment se fait-il que nous devions échanger des messages sur des papiers téléphoniques? Tant qu’à ça, je préfèrerais des pigeons voyageurs », écrit-il.   Selon lui, le fax pourrait déjà être désuet, si «tous les médecins déterminaient une durée d’ordonnance correspondant au temps voulu avant de réévaluer le patient, et que tous les pharmaciens acceptaient d’utiliser leur droit de prolonger les thérapies stables en attendant que le patient obtienne un rendez-vous».
La Dre Sophie Carrière, qui reçoit chaque jour une quantité innombrable de renouvellement à son GMF de Greenfield Park, abonde dans le même sens.

« Le médecin n’a pas besoin de renouveler la même médication que le patient prend depuis 20 ans!

Le pharmacien peut très bien le faire », affirme-t-elle en entrevue à ProfessionSanté.ca

Si les pharmaciens utilisent encore beaucoup le télécopieur, la médecin de famille a une petite idée pour l’expliquer.

« C’est assez facile pour un pharmacien d’envoyer un renouvellement par fax aux médecins, mais c’est plus long de renouveler ce médicament selon la loi 41. »
Depuis quelques semaines, son GMF envoie un message aux pharmaciens lorsque ces derniers renouvellent le médicament d’un patient par fax: « Merci de renouveler selon la loi 41».

Depuis ce temps, elle constate moins de demandes de renouvellement.
« Je pense que le fax ne devrait être utilisé que pour les urgences, par exemple lorsqu’il y a une interaction médicamenteuse potentiellement dangereuse pour le patient.

Et même dans cette situation, ce serait mieux d’utiliser le téléphone », mentionne la Dre Carrière.

« Plus rapide et plus pratique »
De son côté, le Dr Daniel Benaim n’est pas prêt à faire une croix sur le télécopieur.

« Les fax, malgré tout le mal qu’on en dit, restent la technique de communication la plus rapide et la plus pratique », a-t-il commenté sous le texte de blogue du Dr Pelletier.
Le Dr Benaim dit toujours avoir refusé de renouveler électroniquement les demandes des pharmaciens via le DME, puisqu’il juge le format de cet outil numérique trop lourd et redondant. 

« Une simple ordonnance qui fait 3 cm de long mesure 15-20 cm avec le format électronique, ce qui occupe un espace fou dans nos listes de médicaments », illustre-t-il.

Mieux communiquer avec les pharmaciens
Pour sa part, le Dr Jean-Pierre Boucher croit qu’il faut élargir le débat sur l’amélioration de la communication entre les pharmaciens et les médecins, plutôt que de concentrer les critiques sur les fax.

« Tout débat sur la pertinence du maintien de l’existence du fax doit être tributaire d’un débat plus large visant à mieux communiquer entre nous, et ce, toujours au bénéfice du patient », écrit le lecteur de ProfessionSanté.ca.
S’il faut une meilleure communication, il faut aussi une meilleure centralisation de l’information, croit la Dre Sophie Carrière.

« Nous devrions retrouver tellement plus d’informations dans le DSQ.

Par exemple, il devrait y avoir les résultats de la banque de sang, les résultats de pathologie, les feuilles sommaires des patients qui ont été hospitalisés.

Le gouvernement a les moyens pour mettre en place un système qui donne accès à toutes les informations du patient. »