MÉDICAMENTS  –  Par Marie-Morgane Le Moel, AFP le 06-08-2021

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C’est l’histoire d’un retour au bercail pour un médicament grand public, symbole d’une relocalisation pas toujours facile à répliquer: le paracétamol va revenir en France, plus exactement son principe actif, qui sera produit dans l’Isère à partir de 2023.

C’était un souhait énoncé par Emmanuel Macron il y un an: alors que la crise sanitaire mettait sous pression tous types de médicaments, le président de la République avait annoncé son vœu de relocaliser toute la chaîne de production de cette molécule chérie des armoires à pharmacie des Français, qui n’était plus entièrement produite sur le territoire depuis 2008.

Au plus fort de la pandémie, la vente de paracétamol avait même été limitée à une boîte par personne.

Au point de générer une mini panique: allait-on être privé de cet antidouleur?

En France, les laboratoires Sanofi (Doliprane) et Upsa (Efferalgan et Dafalgan) font encore du paracétamol. 65% de la production mondiale de Doliprane est même réalisée dans deux usines de Sanofi en France.

Mais ces laboratoires doivent faire venir le principe actif – qui donne son efficacité au médicament – de l’étranger, d’Asie mais aussi des Etats-Unis, à la suite d’une vague de délocalisation de la chimie depuis des décennies.

La France veut relocaliser toute la chaîne de production du paracétamol

A partir de 2023, les deux laboratoires pourront donc s’approvisionner chez le sous-traitant pharmaceutique français Seqens, qui a annoncé, mardi, qu’il lancerait une nouvelle usine consacrée à cette production sur son site de Roussillon, en Isère.

C’est un retour aux sources: ce site, fermé en 2008 par son propriétaire d’alors, le groupe chimique Rhodia, avait été le dernier en France à produire du paracétamol.

Compétitif? 

Cette usine aura une capacité de 10.000 tonnes par an.

Ce qui représente plus d’un milliard de boîtes de paracétamol, explique à l’AFP Gildas Barreyre, le directeur des affaires publiques de Seqens, qui a aussi deux usines de paracétamol en Chine. 

“Cela couvre un gros tiers des besoins des fabricants en Europe”, précise-t-il.

Pour rendre le tout viable, Sanofi et Upsa se sont, de leur côté, engagés à se fournir chez Seqens pour couvrir une partir de leurs besoins, durant une dizaine d’années.

L’investissement pour ce site est considérable: 100 millions d’euros, dont entre 30 et 40% financés par le plan France relance.

Le groupe souligne que sa future usine sera cinq à dix fois moins polluante que les usines existantes de paracétamol. Mais pour être compétitif – une boîte de paracétamol se vend autour de deux euros -, Seqens a dû développer des nouveaux procédés de chimie en continu ou “flow chemistry”.

“Cela va dans le sens d’une réduction de la dépendance sanitaire, c’est un élément important qui doit être multiplié”, commente l’économiste de la santé Nathalie Coutinet, notant toutefois que “le paracétamol peut être substituable, ce qui n’est pas le cas de toutes les molécules en tension”.

Lors du pic de la pandémie, la pression avait été très importante sur des produits tels que le propofol, utilisé en service de réanimation.

La vente de paracétamol limitée à une boîte par personne

“Pousse-au-crime”

Est-ce que cet exemple de relocalisation, dont le gouvernement se veut le chantre, pourra essaimer?

Peut-il être répliqué pour d’autres molécules à faible coût?

Si l’État a lancé un vaste plan de relocalisation, la question de la compétitivité se pose.

Pour l’industriel David Simonnet, PDG du groupe de principes actifs Axyntis, il faut ainsi se positionner sur des molécules innovantes, à forte valeur ajoutée, vendues parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros le kilo.

“Penser que l’on va relocaliser tout ce qui est parti est une illusion”, disait-il récemment à l’AFP.

Stéphane Billon, économiste de la santé à la tête du cabinet de conseil Kamedis, est lui aussi prudent:

“Il faut historiquement regarder ce qui a +poussé+ les industries pharmaceutiques à déléguer leur production dans des pays où les coûts, notamment en ressources humaines, sont plus faibles”, souligne-t-il.

“En d’autres termes, le système économique mondial a-t-il véritablement changé depuis la pandémie?

Je répondrais non sans hésitation”, ajoute l’économiste.

Paracétamol : une toxicité peu connue du grand public

Face à des concurrents mondiaux moins chers, le consommateur français doit-il alors accepter de payer sa boîte de Doliprane un peu plus?

Gildas Barreyre, de Seqens, juge en tout cas utile de poser la question du prix des vieux médicaments, vendus quelques pièces quand des molécules innovantes peuvent atteindre des dizaines de milliers d’euros.

Une partie de l’industrie est capable de faire des efforts de productivité. Mais sur des molécules matures, si on réduit les prix et qu’on augmente les contraintes, c’est un +pousse au crime+”, dit-il ainsi.

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