Actualités  –  publiée le 14/09/2021 par Équipe de rédaction Santélog

American Journal of Clinical Nutrition (AJCN)

Quelques précisions qui pourront peut-être modifier notre approche de la nourriture ? (Visuel Adobe Stock 57238124)

La suralimentation n’est certainement pas l’unique cause de l’épidémie d’obésité, mais si ce n’était même pas la principale ?

Ce sont les conclusions de cet article de perspective d’experts, publié dans l’American Journal of Clinical Nutrition et qui soutient que les causes profondes de l’épidémie d’obésité sont davantage liées à ce que nous mangeons plutôt qu’à la quantité de nourriture que nous ingérons.

Quelques précisions qui pourront peut-être modifier notre approche de la nourriture ?

Ces experts en nutrition de Boston, de la New Balance Foundation Obesity Prevention Center, du Boston Children’s Hospital et de la Harvard Medical School rappellent l’ampleur de l’épidémie d’obésité, avec une prévalence qui dépasse les 40% chez les adultes américains, la hausse de comorbidités associées dont la maladie cardiaque, l’accident vasculaire cérébral (AVC), le diabète de type 2 et certains types de cancer (Source : statistiques des Centers for Disease Control and Prevention – CDC).

Par ailleurs, les directives diététiques de l’Agence USDA (département de l’Agriculture des États-Unis) indiquent que la perte de poids nécessite une réduction des apports caloriques et une augmentation de la pratique de l’activité physique.

Ce n’est pas si simple

Cette approche plutôt traditionnelle de la gestion du poids est basée sur un modèle centenaire, celui de bilan énergétique qui stipule que le gain de poids est causé par la consommation de plus d’énergie que nous n’en dépensons.

Principale cause invoquée de cet apport calorique en excès, les aliments transformés bon marché, qui apportent plus de calories que nous en avons besoin.

Second facteur évoqué, ce déséquilibre est encore aggravé par les modes de vie sédentaires d’aujourd’hui.

Ainsi, la suralimentation, associée à une activité physique insuffisante, serait le moteur de l’épidémie d’obésité ?

Pourtant, l’histoire semble démontrer le contraire : en dépit de décennies de messages de santé publique exhortant les gens à moins manger et à plus « pratiquer », les taux d’obésité et de maladies associées continuent à augmenter.

Les défauts fondamentaux du modèle “bilan énergétique” : 

Ces experts proposent en effet un modèle alternatif, nommé « modèle glucide-insuline » (Carbohydrate-Insulin Model) qui, selon eux, explique bien mieux la hausse continue de l’obésité et ouvre la voie à des stratégies de gestion du poids à la fois plus efficaces et plus durables.

L’auteur principal Dr. David Ludwig, endocrinologue au Boston Children’s Hospital et professeur à la Harvard Medical School, nous rappelle que le modèle traditionnel d’équilibre énergétique ne nous permet pas de comprendre les causes biologiques de la prise de poids :

« Pendant une poussée de croissance, par exemple, les adolescents peuvent augmenter leur apport alimentaire de 1.000 calories par jour.

Mais est-ce cet apport alimentaire favorise la poussée de croissance ou la poussée de croissance amène-t-elle l’adolescent à avoir faim et à s’alimenter ?

Le modèle glucides-insuline part du principe que la suralimentation n’est pas la principale cause de l’obésité.

Ce modèle attribue en effet une grande partie de la responsabilité de l’épidémie actuelle d’obésité aux habitudes alimentaires modernes caractérisées par une consommation excessive d’aliments à forte charge glycémique : en particulier, des glucides transformés et rapidement digestibles.

Ces aliments provoquent des réponses hormonales qui modifient fondamentalement notre métabolisme, entraînant le stockage des graisses, la prise de poids et l’obésité.

  • Lorsque nous consommons des glucides hautement transformés, le corps augmente la sécrétion d’insuline et supprime la sécrétion de glucagon.

Ces changements signalent aux cellules adipeuses de stocker plus de calories, laissant moins de calories disponibles pour alimenter les muscles et autres tissus métaboliquement actifs.

Le cerveau perçoit que le corps ne reçoit pas assez d’énergie, ce qui, à son tour, entraîne une sensation de faim.

De plus, le métabolisme peut ralentir dans une tentative du corps de conserver du carburant.

Une telle alimentation ne permet pas d’obtenir la satiété, même en cas de prise de graisse « en excès ».

Considérer non seulement combien mais aussi comment :

En effet, expliquent les auteurs, les aliments que nous consommons affectent nos hormones et notre métabolisme.

Toutes les calories ne sont pas identiques pour le corps, et le modèle de bilan énergétique ne prend pas en compte cet aspect critique.

Enfin, si le modèle glucides-insuline n’est pas forcément une nouveauté pour les nutritionnistes expérimentés, il trouve avec cette article, rédigé par une équipe de 17 scientifiques, chercheurs cliniques et cliniciens de renommée internationale, une nouvelle légitimité, confirmée par une série d’hypothèses vérifiables qui comparent les 2 modèles et permettent d’orienter de futures recherches.

L’adoption du modèle glucides-insuline a des implications radicales pour la gestion du poids et le traitement de l’obésité.

Plutôt que de moins manger, il s’agirait de mieux manger et surtout de réduire la consommation de glucides rapidement digestibles.

Perdre du poids devient alors un objectif plus facilement réalisable.

Certes, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour tester de manière concluante les deux modèles et pour générer de nouveaux régimes alimentaires basés sur la preuve.

Source: American Journal of Clinical Nutrition (AJCN) 13 September 2021 DOI:10.1093/ajcn/nqab270 The carbohydrate-insulin model: a physiological perspective on the obesity pandemic

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