Par Richard Faragher

Julia Flores Colque, 117 ans Profession Santé logo23/09/2021

À 117 ans et 10 mois (en 2018), Julia Flores Colque serait la plus vieille femme de la nation andine et peut-être même du monde. (AP Photo/Juan Karita)

Si la plupart d’entre nous peuvent espérer vivre jusqu’à environ 80 ans, certaines personnes défient les attentes et vivent plus de 100 ans.

Dans des endroits comme Okinawa, au Japon, et la Sardaigne, en Italie, on trouve de nombreux centenaires.

La personne la plus âgée de l’histoire — la Française Jeanne Calment — est morte à 122 ans.

Lorsqu’elle est née, en 1875, l’espérance de vie était d’environ 43 ans.

Mais quel est le nombre d’années maximum qu’un être humain peut vivre?

C’est une question que les gens se posent depuis des siècles.

Si l’espérance de vie (le nombre d’années qu’une personne peut espérer vivre) est relativement facile à calculer, la durée de vie maximale (l’âge le plus élevé qu’un être humain puisse atteindre) est beaucoup plus difficile à évaluer.

Des études antérieures ont placé cette limite aux alentours de 140 ans.

Mais une étude plus récente suggère que la limite de la durée de vie humaine serait plus proche de 150 ans.

Calculer la durée de vie

La méthode la plus ancienne, et toujours la plus utilisée, pour calculer l’espérance de vie, et donc la durée de vie, repose sur l’équation de Gompertz.

Il s’agit de l’observation, faite pour la première fois au XIXe siècle, selon laquelle le taux de mortalité humaine causée par des maladies augmente de manière exponentielle avec l’âge.

En gros, cela signifie que le risque de mourir — d’un cancer, d’une maladie cardiaque ou de diverses infections, par exemple — double à peu près tous les huit ou neuf ans.

Il existe de nombreuses façons de modifier la formule pour tenir compte de l’influence de différents facteurs (tels que le sexe ou la maladie) sur la durée de vie au sein d’une population.

Les calculs de Gompertz servent même à déterminer les primes d’assurance maladie — ce qui explique pourquoi les compagnies d’assurance veulent savoir si on fume, si on est marié et tout ce qui pourrait leur permettre de juger plus précisément de l’âge auquel on mourra.

Une autre approche pour évaluer notre espérance de vie consiste à observer le taux de déclin de nos organes avec le temps et à le comparer avec l’âge auquel ils cessent de remplir leur rôle.

Ainsi, la fonction oculaire et la quantité d’oxygène qu’on utilise en faisant de l’exercice présentent un schéma général de déclin avec l’âge, la plupart des calculs indiquant que les organes fonctionneront en moyenne jusqu’à ce que la personne ait environ 120 ans.

Mais ces études révèlent également des variations croissantes entre les individus à mesure qu’ils vieillissent.

Par exemple, la fonction rénale de certaines personnes diminue rapidement avec l’âge, alors qu’elle ne change pratiquement pas chez d’autres.

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Josephine Melecio a fêté son 110e anniversaire, le 26 mars 2021, à New York. « Je me sens bien.

Je me sens heureuse », a -t-elle dit le jour de son anniversaire. (Photo AP/Mark Lennihan)

Des chercheurs de Singapour, de Russie et des États-Unis ont récemment adopté une approche différente pour estimer la durée maximale de la vie humaine. À l’aide d’un modèle informatique, ils évaluent qu’elle se situe à environ 150 ans.

Vivre jusqu’à 150 ans

Intuitivement, on considère qu’il devrait y avoir une relation entre le risque de décès et la rapidité et le degré de rétablissement après une maladie.

Ce paramètre est une mesure de la capacité à maintenir l’homéostasie — l’équilibre physiologique normal — et est connu sous le nom de résilience.

En fait, le vieillissement peut être défini comme la perte de cette capacité.

En général, plus une personne est jeune, plus elle est apte à se remettre rapidement d’une maladie.

Pour effectuer leur étude de modélisation, les chercheurs ont prélevé des échantillons de sang sur plus de 70 000 participants âgés d’au maximum 85 ans et ont examiné les changements à court terme dans leur numération sanguine.

Le nombre de globules blancs d’une personne peut indiquer le niveau d’inflammation (maladie) dans son organisme, tandis que le volume de globules rouges peut établir le risque de maladie cardiaque, d’accident vasculaire cérébral ou de troubles cognitifs, tels que la perte de mémoire.

Les chercheurs ont ensuite simplifié ces données en un seul paramètre, qu’ils ont appelé indicateur dynamique d’état des organismes («Dosi» pour dynamic organisms state indicator).

L’évolution des valeurs de Dosi chez les participants a permis de prédire qui serait atteint de maladies liées à l’âge, comment cela allait varier d’une personne à l’autre et de modéliser la perte de résilience avec l’âge.

Ces calculs ont prédit que la résilience disparaît pour tous — indépendamment de leur santé ou de leur génétique — à 150 ans, ce qui donne une limite théorique à la durée de vie humaine.

Mais les estimations de ce type supposent que rien de nouveau ne sera apporté à une population, qu’aucun nouveau traitement médical ne sera découvert pour des maladies courantes, par exemple.

Il s’agit là d’une grave lacune, puisque des progrès importants ont lieu au cours d’une vie et que certains en bénéficient plus que d’autres.

Un bébé né aujourd’hui peut compter sur environ 85 ans de progrès médicaux pour augmenter son espérance de vie, alors qu’une personne de 85 ans est limitée aux technologies médicales actuelles.

En conséquence, le calcul utilisé par ces chercheurs sera relativement précis pour les gens âgés, mais sa précision diminuera avec l’âge des individus.

L’évaluation selon Dosi de la durée de vie maximale est d’environ 25% supérieure à l’âge auquel Jeanne Calment est morte.

Donc si vous souhaitez dépasser la limite maximale (et l’âge de Jeanne), il vous faut trois choses importantes.

Tout d’abord, de bons gènes, ce qui donne des chances de vivre plus de cent ans sans assistance.

Ensuite, il faut un excellent régime alimentaire et un bon programme d’exercices physiques, ce qui peut ajouter jusqu’à 15 ans à l’espérance de vie.

Et, finalement, une percée qui permettrait de transformer nos connaissances sur la biologie du vieillissement en traitements et en médicaments susceptibles d’augmenter la durée de vie en bonne santé.

En ce moment, il est extrêmement difficile d’augmenter de plus de 15 à 20% la durée de vie en bonne santé des mammifères, notamment parce que notre compréhension de la biologie du vieillissement reste incomplète.

Mais il est possible d’augmenter jusqu’à dix fois la durée de vie d’organismes beaucoup plus simples, comme les nématodes.

Même au rythme actuel du progrès, on peut s’attendre à ce que l’espérance de vie augmente, car c’est ce qu’elle fait depuis l’époque de Gompertz, dans les années 1860.

En fait, si vous avez lu cet article en une demi-heure, l’espérance de vie aura augmenté de six minutes pendant ce temps.

Malheureusement, à ce rythme, la personne moyenne n’atteindra pas 150 ans avant trois siècles.​

À PROPOS DE L’AUTEUR:

Richard Faragher est professeur de biogérontologie, à l’Université de Brighton.

Il est membre du conseil d’administration de l’American Federation for Aging Research (AFAR) et de la Biogerontology Research Foundation.

Il est aussi membre du conseil consultatif scientifique du Longevity Vision Fund.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.