Par Pippa Wysong

Un homme et une femme ont une relation sexuelle. Profession Santé logo 18/05/2022

Le coït peut désormais être ajouté à la liste des activités susceptibles de provoquer une mort subite d’origine cardiaque (MSC), tant chez les hommes que les femmes.

Les MSC peuvent survenir dans diverses circonstances, mais ne sont pas toujours liées à des activités sportives.

Dans une étude parue récemment dans le JAMA, des chercheurs britanniques se sont penchés sur la question des MSC spécifiquement liées à l’activité sexuelle.

L’objectif était de décrire les caractéristiques de cette cohorte et les causes sous-jacentes de décès.

Bien que de précédentes études ont signalé la survenue d’arrêts cardiaques soudains (ACS) lors de rapports sexuels principalement chez des hommes d’âge moyen, cette petite étude britannique a porté sur une cohorte plus jeune et une proportion plus élevée de femmes.

Pour réaliser cette étude, les chercheurs ont utilisé une base de données des cas de MSC envoyés au centre de pathologie cardiaque de l’Université St George de Londres entre le 1er janvier 1994 et le 31 août 2020.

Les cas avaient tous subi une autopsie, y compris un dépistage toxicologique pour exclure les causes non cardiaques.

La MSC a été définie comme un décès survenant dans les 12 heures suivant le bien-être apparent, selon l’étude.

Des informations cliniques ont également été obtenues, et des études histologiques ont été réalisées par des pathologistes cardiaques.

Sur un total de 6847 cas de MSC, 17 cas ont été liés à des décès pendant ou dans l’heure qui a suivi un rapport sexuel.

Il s’agissait de 11 hommes et de 6 femmes.

Il s’est avéré que plus de la moitié, soit 9 sujets (53%), semblent avoir souffert du syndrome de la mort subite par arythmie (SMSA), tandis que deux sujets (12%) ont subi une dissection aortique.

Les autres décès ont été attribués à un ensemble de pathologies cardiaques, notamment une cardiomyopathie arythmogène, une cardiomyopathie hypertrophique, une cardiopathie ischémique, une fibrose idiopathique, une hypertrophie ventriculaire gauche idiopathique et un prolapsus de la valve mitrale.

Plus de femmes

Les chercheurs ont souligné qu’une donnée est ressortie du lot dans leur étude: la proportion de femmes décédées d’une MSC associée à des rapports sexuels était nettement plus élevée que dans les études précédentes, puisqu’elles ont représenté 35% de la cohorte.

L’étude n’a pas inclus les personnes ayant survécu à un arrêt cardiaque.

« Cette différence est probablement liée à la différence des tranches d’âge considérées, étant donné que nous avons inclus des personnes dont l’âge moyen au moment du décès était de 38 ans et que les autres études ont inclus des hommes plus âgés chez qui on s’attendait à une prévalence plus élevée de coronaropathie», ont écrit les chercheurs.

Selon le Dr Dennis Ko, cardiologue et professeur de médecine à l’Université de Toronto, le nombre de participants l’étude est trop petit pour que l’on puisse vraiment tirer des conclusions sur l’association entre les femmes et les rapports sexuels.

« Cette étude est très sélective et a essayé de travailler un angle en particulier.

Ils auraient pu, par exemple, mettre en évidence les personnes qui ont l’habitude de marcher ou d’autres variables précédant la mort subite, et auraient rapporté que X% d’entre elles ont marché et ensuite subi une MSC.

Le principal problème est un point de référence peu clair », a-t-il déclaré en entrevue.

Une étude antérieure menée par des chercheurs français a examiné des personnes ayant subi un arrêt cardiaque soudain (et ayant survécu) à la suite d’un rapport sexuel, et les a comparées à des survivants ayant pratiqué d’autres types d’activités.

Ils ont constaté que ces patients étaient plus souvent des hommes, qu’ils étaient plus jeunes que ceux qui pratiquaient d’autres activités et que la prévalence des symptômes avant-coureurs était plus faible.

Les deux groupes présentaient un risque cardiovasculaire similaire.

Les détails ont été publiés en 2018 dans la revue Circulation.

Les principales étiologies étaient le syndrome coronarien aigu, suivi de l’hémorragie sous-arachnoïdienne et, dans une moindre mesure, de la coronaropathie chronique et de la cardiopathie structurelle non ischémique.

Changements pendant le coït

Les chercheurs ont noté que les changements pendant le coït comprennent « les changements hémodynamiques, y compris l’augmentation de la fréquence cardiaque, de la fréquence respiratoire et de la pression artérielle… surtout pendant l’orgasme.

L’augmentation de la pression de perfusion cérébrale lorsque la pression intracrânienne diminue brusquement pendant l’orgasme entraîne une tension maximale de la paroi des anévrismes cérébraux, ce qui pourrait expliquer la proportion plus élevée d’hémorragie sous-arachnoïdienne » constatée dans cette étude.

Ils ont conclu que l’arrêt cardiaque soudain (ACS) pendant un rapport sexuel est rare et se produit généralement chez les hommes d’âge moyen.

En ce qui concerne les décès, ils ont noté que la réanimation par un témoin est souvent improbable et contribue à un taux de décès plus élevé que celui observé dans d’autres types d’activités physiques.

Dans le même ordre d’idées, les médecins canadiens peuvent se tourner vers la déclaration de la Société canadienne de cardiologie relative aux MSC chez les athlètes et au dépistage.

À lire aussi:

L’aspirine à faible dose n’est plus recommandée pour la prévention des MCV et du cancer colorectal

Une déclaration américaine montre qu’une aspirine par jour n’éloigne pas forcément le médecin, les inconvénients pouvant potentiellement l’emporter sur ses bénéfices.

Deux aspirines

Diagnostiquer et traiter les symptômes cardiaques de la COVID longue

Traitez les patients en fonction des symptômes présents, indique la Dre Thao Huynh, épidémiologiste et cardiologue au CUSM.

Un homme porte ses mains à sa poitrine.