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La décision du Jury d’accorder 24 heures de bonification à 80 skippers de la Mini Transat ayant été « corrigée pour plus d’équité », quelles sont les conséquences avant le départ de la deuxième et dernière étape à travers l’Atlantique ?

Les grands écarts au classement général sont moins insurmontables.

Pas seulement. Le leadership du jeune allemand Melwin Fink ne tient plus qu’à un fil.

L’Autrichien Christian Kargl a d’abord tout perdu… puis retrouvé le podium entre deux décisions.

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Melwin Fink conserve sa victoire mais perd presque tout son capital. Il lui reste à gagner la deuxième étape pour mettre tout le monde d’accord. Pas simple avec désormais moins de deux heures d’avance sur son dauphin Hugo Dhallenne, mais toujours possible. | ALEXIS COURCOUX

Bruno MÉNARD. Modifié le 28/10/2021 à 19h12

Accorder – dans un premier temps – 24 heures de bonification à 80 skippers sur 87 en course n’est pas coutumier.

En prenant cette première décision suite à la mise à l’abri d’un coup de vent de presque toute la flotte (presque, mais pas toute) le Jury international indépendant de la Direction de course avait une première fois chamboulé le classement de la première étape si mouvementée (lire notre article précédent ici : Mini Transat : 80 skippers obtiennent une énorme bonification de 24 heures sur tapis vert !)

Pour tenter de résumer la situation sportive et comptable au classement général des deux catégories Série et Proto « après Jury », comme on dit en régate, voici les grandes lignes.

Souvenons-nous aussi au passage qu’il y avait d’autre part quatre pénalités, sans rapport avec l’escale, qui influent également sur ce classement.

Julie Simon, par exemple, était concernée : elle a été affichée troisième un long moment avant de dégringoler à la 46e place.

Car certes elle bénéficiait de la bonification de 24 heures, mais elle perdait aussi parallèlement 27 heures (10% de son temps de course) parce que pénalisée pour avoir mordu dans le DST du cap Finisterre, ce qui est interdit.

Décision spectaculaire… et corrections

Mais souvenons-nous surtout que dans un deuxième temps, le samedi 23 octobre, le Jury a corrigé sa première grande décision « pour plus d’équité ».

 Or cette correction est de grande importance, notamment et entre autres pour l’Autrichien Christian Kargl (All Hands On Deck) qui n’était pas concerné par la première décision… mais qui l’est par la seconde.

Ce qui change absolument tout pour lui entre être deuxième, ou troisième, ou dans les profondeurs du classement. Entre plusieurs décisions, il a été tout cela.

Voici le résumé de la deuxième décision qui corrige la première, tel que relaté par le service presse de la Mini Transat : « Le Jury a décidé de corriger sa décision. Il est ainsi accordé à tous les bateaux s’étant arrêtés une compensation en temps correspondant à leur temps d’escale, dans une limite de 24 heures.

De ce fait, 75 concurrents s’étant abrités plus de 24 heures bénéficient de ce temps maximum. »

Soit, mais aussi : « Six autres obtiennent une bonification correspondant au temps réel de leur escale : 14 heures pour Christian Kargl (All Hands On Deck), 20 heures pour Massimo Vatteroni (Kabak), 21 heures pour Miguel Rondon (Kristina II), 23 heures pour Rémi Lamouret (Gironde au Large), 23h30 pour Thomas Grandin (Poch’trot), 23h30 pour Ignasi Tico Artalejo (Tutur). »

Vous suivez toujours ? Retenez surtout qu’entre deux décisions du Jury Christian Kargl est passé de la 2e à la 19e place… avant de revenir sur le podium, à la 3e place.

Il va prendre ce vendredi 29 octobre le départ de la deuxième étape à travers l’Atlantique avec ce rang de troisième, avec 5 heures et 12 minutes de retard sur le toujours leader Melwin Fink.

En Série : Fink reste vainqueur mais perd son avance. Kargl perd puis retrouve le podium, Dhallenne devient favori

En catégorie Série toujours, il demeure donc que le jeune Allemand Melwin Fink (19 ans) conserve sa victoire sur la première étape, même après toutes ces décisions et correction de décisions.

Mais Fink perd presque toute son avance.

Pour faire simple, il perd 24 heures sur 26. Hugo Dhallenne gagne une place sur le podium : il était troisième « en vrai sur l’eau », il devient deuxième.

Mais surtout, Dhallenne n’est plus qu’à une heure et 52 minutes du leader, ce qui n’est pas du tout la même chose qu’un jour plus deux heures de retard comme c’était le cas avant la première décision du Jury !

En outre, sur le papier Hugo Dhallenne était déjà un des favoris en Série.

Il le devient encore plus. Même si, évidemment, Melwin Fink peut toujours mettre tout le monde d’accord et encore espérer gagner en Guadeloupe.

Le capital dont le jeune allemand dispose pour l’instant est maigre, mais pas tout à fait inexistant non plus : 1h52 sur le deuxième (Dhallenne), 5h12 sur le troisième (Kargl) et 13h27 sur le quatrième, Jean-Marie Jézéquel.

Conclusion : Melwin Fink peut toujours gagner la Mini Transat en Série.

Mais ce sera évidemment beaucoup plus compliqué pour lui que s’il n’y avait pas eu ces spectaculaires et multiples décisions du Jury.

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Le skipper Autrichien Christian Kargl, deuxième sur l’eau en série, a fait le yoyo au classement général entre les décisions du Jury : il est passé de 2e à 19e avant de revenir à la 3e place qu’il occupera donc ce vendredi au départ de la deuxième étape. |

Pour comprendre tous ces revirements et certains jeux de yoyo au classement général avant d’aboutir enfin au classement après Jury qui fait foi au moment de prendre le départ de la deuxième étape, il faut revenir sur la première décision du Jury.

Car, à l’origine, elle ne concernait pas sept skippers : quatre en catégorie proto (les premiers arrivés, pas concernés par le coup de vent donc par l’escale) et trois en catégorie série… dont les deux premiers arrivés à La Palma : Fink et Kargl.

Retenez plus simplement que Christian Kargl était exclu de la première bonification au motif qu’il avait « seulement réalisé une escale technique à la suite d’un black-out.». 

Maintenant, il ne l’est plus que partiellement puisqu’il hérite tout de même de 14 heures (lire plus haut).

Or, 24 heures ou 0 heure ou 14 heures, ce n’est pas du tout la même chose au classement général, évidemment !

Voir ici le classement général après jury en Série

En catégorie Proto, le match à quatre demeure

En catégorie Proto, l’ordre d’arrivée des quatre premiers – pas concernés donc par la bonification de 24 heures – reste identique.

Rappelons que ces quatre skippers étaient échappés plus au Sud que tous les autres avant le fameux coup de vent et l’abri de presque tout le reste de la flotte dans les ports .

Consulter les décisions du Jury ici

Ce qui change vraiment dans cette catégorie est que la vingtaine des autres skippers ayant pris au moins quatre jours de retard n’en a plus que trois, et ainsi de suite.

Conclusion : le vainqueur Tanguy Bouroullec sur son Pogo à foils – mais aussi ses deux dauphins Fabio Muzzolini et Pierre Le Roy qui ne sont guère à plus d’une heure de lui (1h03 pour Muzzolini, 1h09 pour Le Roy) restent les grandissimes favoris pour la victoire finale.

La Russe Irina Gracheva, quatrième à 9 heures et 40 minutes peut encore espérer tirer son épingle du jeu.

Le cinquième est à plus de trois jours…

Voir ici le classement général après Jury en Proto

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En catégorie Proto, Tanguy Bouroullec (au centre), Fabio Muzzolini (à droite) et Pierre Le Roy restent les grandissimes favoris pour la victoire finale. Ils avaient tellement d’avance à l’issue de la première étape que même entamée d’une journée entière, celle-ci reste un capital très conséquent pour eux. | VINCENT OLIVAUD

Pour tous les autres skippers en Proto – et évidemment hors problème technique des leaders toujours possible – cela reste tout de même très difficile d’espérer le podium final, même après cette bonification d’un jour de mer. D’autant plus que les quatre marins de devant sont tous de grands favoris ayant prouvé leur vélocité dès l’entame de la première étape.

Au passage, Bouroullec, Muzzolini, Le Roy et Gracheva étaient les quatre noms de favoris, pas plus pas moins, cités dans le magazine Voiles et Voiliers par le directeur de course, Denis Hugues.

C’était bien avant le départ de cette incroyable première étape d’une Mini Transat aux innombrables péripéties, aventures, rebondissements et coups de théâtre en tous genres.

Ce vendredi, départ de la deuxième étape à travers l’Atlantique.

Ah au fait : l’alizé n’est pas établi et ça risque d’être long.

Nous y reviendrons.

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