Source:

Marathon : le coup de chaleur plus fréquent et plus grave que les accidents cardiovasculaires

  Publié le 05/08/2014

Le nombre de participants aux courses d’endurance de 10 km et plus n’a cessé de croître au cours des dernières décennies. A titre d’exemple, environ 500 000 coureurs ont franchi la ligne d’arrivée des marathons organisés en 2011 aux États-Unis, alors qu’ils n’étaient que 25 000, soit 20 fois moins, en 1976.

Bien que les participants à ces marathons ou semi-marathons s’entraînent régulièrement et soient en bonne forme physique, ces courses augmentent le risque de mort subite dont l’incidence est évaluée à 0,5-1,5 cas/100 000 athlètes. Ces décès sont la conséquence d’une cause cardiovasculaire et notamment un trouble du rythme cardiaque (qui a fait l’objet de plus de 1 500 publications) ou d’un coup de chaleur (qui a fait l’objet de moins de 250 rapports).

Dans une étude rétrospective, L. Yankelson et coll. on tenté de déterminer le pourcentage respectif de ces deux complications à partir des données recueillies lors de toutes les courses courues sur une  longue distance et ouvertes à une large participation du public, entre mars 2007 et novembre 2013, à Tel Aviv.

Le nombre d’athlètes à risque était connu de même que  le nombre d’athlètes qui avaient présenté pendant la course une complication telle qu’elle avait nécessité une  hospitalisation. Les événements mettant en jeu le pronostic vital étaient définis comme étant ceux dont le traitement obligeait à recourir à une ventilation assistée et à une hospitalisation en unité de soins intensifs.

Sur les 137 580 coureurs répertoriés pendant cette période, 2 seulement ont présenté un accident cardiaque sérieux non mortel qui n’a pas mis en jeu le pronostic vital : 1 cas d’infarctus du myocarde et 1 cas d’hypotension artérielle liée à la survenue d’une tachyarythmie supraventriculaire.

En contraste, il a été noté 21 cas de coups de chaleur liés à l’effort et définis par une température corporelle de (40,0° à 40,5°) associée à une défaillance pluriviscérale comprenant constamment  des troubles cérébraux qui allaient de la désorientation, ou confusion, au délire, voire à la perte soudaine de conscience associée à un collapsus.

 Sur les 21 cas de coups de chaleur, 12 mirent en jeu le pronostic vital et 2 furent mortels (soit une mortalité liée à la course de près de 1 pour 69 000 [intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 0,4 à 5,3 pour  100 000]). Un de ces cas de coup de chaleur s’est révélé par un arrêt cardiaque brutal, sans prodrome. 

En conclusion, cette étude souligne la fréquence et la gravité des coups de chaleur liés à l’effort qui, fait important, peuvent survenir en climat tempéré. Dans cette analyse portant sur une cohorte de près de 140 000 athlètes qui participaient à une course d’endurance, les événements graves liés à un coup de chaleur ont été 10 fois plus nombreux que les événements graves d’origine cardiaque.

En pratique, le problème est qu’il n’existe pas de stratégie pour les prévenir car les coureurs qui vont en souffrir n’ont pas de profil clinique particulier. S’il est vrai que les coups de chaleur sont favorisés par un état fébrile préexistant, ils peuvent également s’installer insidieusement sans que le coureur ne ressente de symptôme, tout au moins initialement, ce qui retarde la mise en route du refroidissement thérapeutique. La solution viendra peut-être, à l’avenir, lorsqu’on aura maitrisé son coût, d’un système d’enregistreurs thermiques cutanés qui permettra de surveiller en permanence  par télémétrie la température des participants à ces marathons ou semi-marathons.

Dr Robert Haïat

Références : Yankelson L et coll. : Life-Threatening Events During Endurance Sports Is Heat Stroke More Prevalent Than Arrhythmic Death? J Am Coll Cardiol 2014 ; 64 : 463–9.

Copyright © http://www.jim.fr