Par Pippa Wysong

une femme prend de l'air Profession Santé logo 15/11/2021

Alors que la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) poursuit la publication de ses lignes directrices sur la ménopause, certaines sont déjà disponibles, dont la recommandation de nouveaux traitements pour la prise en charge des symptômes.

« C’est un domaine passionnant en plein changement », a affirmé la Dre Wendy Wolfman, professeure de médecine à l’Université de Toronto (UdeT).

De nouvelles recherches et de nouveaux traitements ont vu le jour depuis la publication des directives précédentes, en 2014.

Par exemple, des études ont découvert des cellules spécifiques responsables des bouffées de chaleur, et de nouveaux médicaments ciblant la thermorégulation à la ménopause sont maintenant en phase 2 et 3 d’essais cliniques.

Les lignes directrices Ménopause et sexualité et Ménopause et santé génito-urinaire ont été publiées dans le JOGC.

Des directives supplémentaires à venir traitent de la pharmacothérapie, des troubles vasomoteurs, de la santé des os, de la cognition et de l’humeur, et de la santé des seins pendant la ménopause.

Les lignes directrices soulignent que les médecins doivent prêter attention aux problèmes de ménopause et de postménopause chez leurs patientes, car de nombreuses personnes présentent des symptômes qui nuisent à leur qualité de vie et à leur bien-être.

Il est reconnu que la durée moyenne pendant laquelle les femmes ressentent des symptômes vasomoteurs est de sept ans.

Quarante pour cent des femmes présentent encore des symptômes jusqu’à la soixantaine et entre 10% et 15% jusqu’à la soixante-dizaine.

« Le sujet de la ménopause est souvent banalisé et de nombreuses femmes ne reçoivent pas les traitements qui pourraient aider à soulager leurs symptômes », a indiqué la Dre Wolfman.

Une partie de cette situation est probablement due aux retombées de l’étude WHI (Women’s Health Initiative) de 2002, qui a entraîné une baisse spectaculaire du recours à l’hormonothérapie substitutive (HTS), a-t-elle expliqué.

Lorsqu’il s’agit d’utiliser la HTS, qui peut être très bénéfique pour de nombreuses patientes, les médecins doivent prendre le temps de leur parler et de discuter des risques.

De nombreuses femmes souffrent de symptômes ménopausiques sévères qui ont un impact sur leur capacité à fonctionner.

Selon les individus, les symptômes peuvent affecter leur capacité à dormir, déclencher des sautes d’humeur, diminuer le désir sexuel, entraîner des changements tissulaires qui provoquent un syndrome génito-urinaire, une dyspareunie et plus encore.

Les changements silencieux comprennent l’accélération de la perte osseuse, les changements cardiovasculaires et un changement dans la répartition des graisses.

« Seule la patiente peut mettre tout cela ensemble et décider si elle est prête ou non à prendre ce petit risque pour une amélioration de sa santé et de tous ces symptômes.

La majorité de mes propres patientes qui souffrent diraient que ce n’est pas un choix », a partagé la médecin.

Les lignes directrices Ménopause et sexualité abordent le désir sexuel, les dysfonctionnements sexuels, les syndromes génito-urinaires associés, les rapports sexuels douloureux et une variété de nouvelles options de traitement non disponibles dans la précédente directive publiée en 2014.

Selon les directives, les problèmes sexuels les plus fréquents chez les femmes dans la quarantaine sont la perte de libido et la dyspareunie.

Les options de traitement comprennent la gestion de la douleur, la prise en compte des facteurs biopsychologiques et la thérapie.

La testostérone transdermique pourrait être prescrite (hors indication) ou le médicament flibansérine (approuvé chez les femmes préménopausées, avec des preuves d’efficacité chez les femmes ménopausées).

Approuvée par Santé Canada en 2018, la flibansérine est un médicament oral utilisé lorsqu’un désir sexuel diminué et faible, qui occasionne une détresse personnelle, n’est pas causé par des problèmes relationnels, une condition médicale, un trouble psychiatrique ou d’autres médicaments.

Il abaisse la sérotonine dans le cerveau et augmente la noradrénaline et la dopamine, mais il peut aussi provoquer une baisse de la pression artérielle et des étourdissements.

Une dyspareunie récemment apparue et causée par le syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGUM) peut être traitée avec des hydratants, des lubrifiants, des œstrogènes vaginaux, de la déhydroépiandrostérone vaginale (DHEA) ou de l’ospémifène (un agoniste-antagoniste des œstrogènes qui a des effets sélectifs sur les tissus).

L’utilisation de l’ospémifène a été approuvée par Santé Canada cette année seulement.

Lorsqu’il y a une baisse d’œstrogènes (ainsi que de la testostérone) pendant la ménopause, la lubrification vaginale diminue.

Il y a des changements dans l’anatomie, a déclaré la Dre Wolfman en entrevue au Medical Post, une publication sœur de ProfessionSanté.ca.

« Il y a une réduction de l’élasticité du vagin ainsi que du collagène dans la paroi vaginale et un rétrécissement du tissu vulvaire.

Environ 50% des femmes ont ce problème dans les trois ans suivant la ménopause, et 70% vers l’âge de 70 ans.

Dans certains cas, ces changements peuvent provoquer des sensations de brûlures, des démangeaisons et des douleurs, qui peuvent être assez sévères chez les femmes plus âgées qui n’ont jamais été traitées, a-t-elle ajouté.

Les tissus affectés ont des concentrations élevées de récepteurs d’œstrogènes, dont la vulve, le vagin, le plancher pelvien et la vessie.

Onze organisations médicales ont recommandé la testostérone comme option thérapeutique pour une nouvelle et pénible diminution du désir sexuel à la ménopause, a indiqué la Dre Wolfman.

Il y a toutefois des mises en garde. « Il n’y a pas de testostérone approuvée au Canada pour les femmes.

Si une personne utilise de la testostérone, elle doit réduire la quantité d’hormone mâle d’un dixième, car c’est la quantité de testostérone que les femmes produisent normalement.

La testostérone est une hormone féminine normale, mais l’utilisation de produits à base de testostérone doit tout de même être surveillée », a-t-elle prévenu.

Essayez d’autres approches avant la médicamentation

« Nous ne suggérons pas que tout le monde devrait utiliser ces médicaments.

Ils ne sont pas une rapide panacée et ils ne fonctionnent pas pour tous », a-t-elle déclaré.

La diminution du désir sexuel peut être déclenchée par de nombreuses causes.

« Lorsque nous examinons pourquoi le désir d’une femme diminue, nous examinons l’aspect relationnel, ses antécédents sexuels, ses médicaments, si elle a des douleurs lors de rapports sexuels, le stress qu’elle subit et de nombreux autres facteurs.

Chacun de ces éléments peut avoir un effet indépendant », a-t-elle ajouté.

Une bonne évaluation est donc essentielle avant de décider quel traitement recommander aux patientes.

Les lignes directrices décrivent également de nouveaux traitements en cours de développement, dont certains ont déjà été examinés pour une approbation.

« Je trouve que les lignes directrices sur la ménopause et la sexualité sont bien équilibrées et qu’elles adoptent une approche holistique », a partagé la Dre Nicolette Caccia, professeure agrégée d’obstétrique et de gynécologie à l’Université de Toronto.

Elle n’a pas participé à la rédaction du document.

Bien que les lignes directrices évoquent de nouveaux médicaments, il est très clair que d’autres approches devraient être essayées en premier.

« Le désir sexuel féminin est très complexe et l’approche doit donc aussi être complexe », a conclu la Dre Caccia.