Publié le 21/12/2021

L’utilisation des médias sociaux a été, dans des études transversales, associée à une baisse de la sensation de bien-être et à des niveaux plus élevés d’anxiété, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes.

Mais cette interprétation est peut-être biaisée, le recours aux réseaux sociaux pouvant être plus important chez les sujets déjà dépressifs.

Cette constatation soulève deux questions.

Les résultats sont-ils les mêmes après des enquêtes transversales ou longitudinales ?

Les utilisateurs plus âgés sont-ils également à risque ?

Un travail a été mené afin de mieux caractériser l’association entre utilisation individuelle auto-rapportée de diverses plateformes de réseaux sociaux et aggravation d’une symptomatologie dépressive chez les adultes.

Il a reposé sur les données enregistrées lors de 13 vagues d’une enquête Internet non probabiliste menée environ tous les mois entre mai 2020 et mai 2021 auprès de personnes âgées de 18 ans et plus aux États-Unis.

Les données ont été analysées en juillet et août 2021. Étaient précisés le sexe, l’âge, l’origine ethnique des personnes interrogées et des mesures ont été prises afin de réduire le nombre de réponses non fiables.

Chaque participant a rempli, par ailleurs, un questionnaire de santé à 9 items (PHQ-9) renseignant sur de possibles tendances dépressives.

L’étude s’est focalisée sur l’utilisation de 8 plateformes : Facebook, Instagram, LinkedIn, Pinterest, TikTok, Twitter, Snapchat et Youtube.

Parallèlement, elle a porté sur l’accès à d’autres sources d’information, via la télévision ou le web.

La cohorte d’étude est composée de tous les individus qui avaient répondu au questionnaire PHQ-9 au minimum à 2 reprises lors des diverses périodes d’enquête et avaient eu, initialement, un score inférieur à 5, soit plus bas que celui d’une dépression moyenne.

Plus de risque avec les utilisateurs de Snapchat, Facebook et TikTok

Cinq mille trois cent quatre-vingt-quinze individus (67,1 %), sur un total de 8 045 avaient un score de départ de moins de 5 et ont rempli, au moins à 2 reprises, le questionnaire.

Leur moyenne d’âge (DS) est de 55,8 (15,2) ans ; 65,7 % d’entre eux sont des femmes ; 6,1 % ont une origine asiatique ; 10,6 % sont noirs ; 4,7 % hispaniques ; 76,3 % blancs et 2,3 % d’autres origines.

Le score moyen PHQ-9 de départ était à 1,29 (1,43).

Lors du suivi, 482 personnes (8,9 %) du collectif ont présenté une augmentation du score dépressif de 5 points, voire davantage.

Après ajustement par modèle de régression, il apparaît que les utilisateurs, lors de la première vague d’enquête, de Snapchat, Facebook et TikTok, avaient, de façon significative, un plus haut risque de symptomatologie dépressive auto-rapportée, les Odds ratios ajustés (aOR) étant calculés, respectivement, à 1,53 (intervalle de confiance à 95 % IC : 1,19- 1,96), 1,42 (IC : 1,10- 1,81) et 1,39 (IC : 1,03- 1,87).

La prise en compte des informations transmises par d’autres médias, TV ou Internet, et des interactions de type « face à face » ne modifie pas grandement l’importance des associations constatées, à l’exception notable de Snapchat pour lequel l’aOR passe de 1,53 (CI : 1,19- 1,96) à 1,12 (CI : 0,70- 1,88).

En suivant le modèle de régression logistique sont mises en évidence des interactions significatives avec l’âge des individus présents sur les différents réseaux médiatiques.

Pour TikTok et Snapchat, l’association est manifeste chez les sujets de 35 ans au moins, vs ceux plus jeunes (aOR pour Snapchat : 1,96 (IC : 1,44- 2,05) vs 1,17 (IC : 0,78- 1,77).

A l’inverse, concernant Facebook, il est constaté une association inverse, plus nette chez les moins de 35 ans avec un aOR de 2,60 (CI : 1,46- 1,62) vs un aOR : 1,12 (CI : 0,85- 1,14) chez les 35 ans ou plus.

Chez les adultes comme chez les ados

Il ressort de cette étude que l’utilisation de certains réseaux sociaux, notamment Snapchat et Facebook, sont associés à un niveau plus élevé de symptomatologie dépressive.

A l’exception de Snapchat, cette association ne peut être liée au recours à d’autres sources d’information.

Bien qu’un lien de causalité ne puisse être affirmé, se trouve donc confirmée l’existence d’une association entre risque de symptomatologie dépressive et utilisation de certains médias sociaux.

Ces résultats rejoignent ceux d’enquêtes transversales qui avaient déjà mis en évidence, chez les adolescents, une association possible entre réseaux sociaux et dépression.

Ils sont aussi en concordance avec 2 études longitudinales mais avec un faible suivi.

Point notable, il apparaît dans ce travail que l’association n’est pas limitée aux seuls adolescents et adultes jeunes, TikTok et Snapchat ayant même un impact plus fort chez les individus de plus de 35 ans.

Des limites à cette étude doivent être mentionnées. Il a pu exister des facteurs confondants non pris en compte.

Il n’a pas été quantifiée une éventuelle dose-réponse et la nature des informations fournies par les médias en cause a été ignorée.

Il est surtout possible que l’utilisation des médias ne soit, en elle-même, qu’un marqueur de dépression sous-jacente.

Enfin, ce point pourrait être important, ces résultats ont été obtenus en période de pandémie COVID.

En conclusion, il ressort de ce travail prospectif, mené auprès d’adultes US, qu’une association existe entre utilisation de médias sociaux et probabilité de survenue ultérieure de troubles dépressifs.

Ces résultats rejoignent ceux d’études antérieures, transversales mais aussi longitudinales.

Des investigations ultérieures restent nécessaires pour mieux définir les relations entre utilisation des réseaux sociaux et santé mentale.

Dr Pierre Margent

RÉFÉRENCE : Perlis RH et coll. Association Between Social Media Use and Self-reported Symptoms of Depression in US Adults. JAMA Netw open. 2021, 4(11). E : 2136113. doi:10.1001/jamanetworkopen.2021.36113

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