Les transplantés cardiaques auxquels on a implanté le cœur de donneurs décédés d’une surdose de drogues illicites ont des résultats aussi bons que ceux dont le cœur provient de donneurs décédés d’autres causes.

Par Pippa Wysong

transplantation cardiaque Profession Santé logo 10/11/2021

Selon Max Xie, étudiant en maîtrise à l’école de santé publique et des populations de l’Université de la Colombie-Britannique, cette découverte permet aux médecins d’être plus confiants dans la sécurité de l’utilisation de cœurs provenant de donneurs décédés par surdose.

Il a présenté les résultats de son étude sur le sujet lors d’une présentation à la conférence annuelle (virtuelle) de la Société canadienne de cardiologie.

« Les médecins se doutaient déjà que ces organes seraient sains et bons pour les receveurs.

Mais ce n’est qu’après les avoir utilisés pendant un certain nombre d’années que nous disposons de suffisamment de données pour examiner les résultats en matière de survie », a-t-il déclaré.

Une vaste étude menée aux États-Unis avait déjà démontré que les résultats des transplantations étaient bons, « mais nous voulions voir si c’était aussi le cas au Canada ».

Depuis 2017, la Colombie-Britannique a l’un des taux les plus élevés de décès par surdose par rapport aux autres provinces, a-t-il ajouté.

C’est une question importante à considérer, car un cœur de donneur sur trois provenait de donneurs décédés par surdose en 2019, en Colombie-Britannique.

Ce nombre pourrait avoir augmenté plus récemment, parce que les décès par surdose de drogues illicites ont augmenté de façon drastique à travers le Canada en raison de la pandémie de COVID-19.

En 2020, la Colombie-Britannique a connu 1746 décès par surdose, soit une augmentation considérable de 117 % par rapport à 2016.

La circulation accrue du fentanyl illicite a joué un rôle déterminant dans l’augmentation du nombre de donneurs décédés d’une surdose, a déclaré M. Xie.

L’étude a été réalisée en analysant les données relatives aux transplantations cardiaques en Colombie-Britannique de janvier 2013 à décembre 2019, chez des donneurs âgés de 12 à 70 ans.

Les données ont été extraites de la base de données du B.C. Transplant Patient Records and Outcome Management Information System.

Seuls les receveurs d’une première greffe cardiaque ont été inclus.

Au total, 115 transplantations cardiaques ont été identifiées pour lesquelles le statut de surdose du donneur était connu; cinq ont été exclues de l’analyse parce qu’elles faisaient partie d’une transplantation multiple ou que les chirurgies concernaient des transplantations cardiaques qui n’étaient pas des premières.

En tout, 70 patients (âge médian de 56 ans, 34,3% de femmes) ont reçu des cœurs de donneurs n’ayant pas fait de surdose, et 40 (âge médian de 58,5 ans, 25% de femmes) de donneurs ayant fait une surdose.

Une plus grande proportion de donneurs décédés par surdose qui ont fait don d’un cœur avaient moins de 40 ans (87,5%) par rapport aux donneurs sans surdose (71,4%).

À peu près le même pourcentage de cœurs donnés provenait de femmes dans les deux groupes, soit environ 30%.

Un pourcentage plus élevé, mais non statistiquement significatif, de cœurs de donneurs non surdosés provenait de donneurs ayant des antécédents d’hypertension (11,4%) et de diabète (2,9%) que ceux des cœurs de donneurs décédés par surdose, soit 5,0% et zéro respectivement. D’autres facteurs tels que le mismatch HLA, l’IMC et la race étaient similaires.

Après trois ans, le taux de survie après une transplantation cardiaque due à un décès par surdose était élevé, soit environ 87%, a déclaré Xie.

Ce taux n’était pas différent de celui de la cohorte de transplantation sans décès par surdose, même en tenant compte des différences entre les facteurs liés au donneur et au receveur.

Il a noté que les cœurs provenant de donneurs décédés par surdose étaient plus susceptibles d’être ceux d’adultes plus jeunes présentant peu de comorbidités.

Les résultats ne sont pas très surprenants pour les spécialistes du domaine, mais il est néanmoins important de disposer de données à ce sujet, a déclaré le Dr Marc Ruel, chirurgien cardiaque et professeur de chirurgie à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa. Il n’a pas participé à l’étude.

Parallèlement, les personnes qui meurent de ces surdoses présentent des taux plus élevés d’autres comorbidités qui pourraient être préoccupantes, comme l’hépatite C (VHC), dont il faut tenir compte avant de recourir à un cœur.

Mais même l’infection par le VHC est moins contre-indiquée qu’auparavant en raison de l’arrivée des antiviraux à action directe (AAD) qui offrent une cure à faible risque.

Les cœurs provenant des autres donneurs sont généralement issus d’une cohorte plus âgée et plus susceptible de souffrir de comorbidités telles que l’hypertension et le diabète.

« L’essentiel est que cette étude officialise ce que nous avions déjà soupçonné à propos des cœurs provenant de décès par surdose.

Nous ne refusons pas un cœur parce qu’il provient d’une surdose d’opioïdes », a-t-il déclaré.

L’utilisation de ces cœurs permet de tirer parti des circonstances autrement tragiques des décès par surdose.

« C’est un moyen de poursuivre la vie d’une personne décédée d’une surdose », a souligné le Dr Ruel.