Accueil Formation Spécialités médicales Neurologie –  Insolite – PAR DIDIER DOUKHAN – PUBLIÉ LE 24/08/2021

C’est une énigme médicale qui n’a pas encore trouvé solution.

En Suède, depuis une vingtaine d’années, quelques centaines de cas seulement se sont déclarées.

La « maladie » touche des enfants ou adolescents, tous fils ou filles de réfugiés.

C’est dans ce cadre que s’inscrit l’histoire de Nola. L’enfant a 10 ans.

Une neurologue spécialiste des maladies psychosomatiques est venue l’examiner*.

Nola est allongée, paisible, les yeux clos, parfaitement immobile… depuis bientôt deux ans.

Sa poitrine se soulève à intervalles réguliers. Elle dort. Seule la sonde nasogastrique d’alimentation plantée dans son nez suggère la maladie. Quelle maladie ? Celle des enfants endormis.

Observés uniquement en Suède, ces cas sont passés au crible de bilans médicaux qui se sont tous révélés parfaitement normaux.

Y compris leurs encéphalogrammes qui montraient des cycles veille/sommeil identiques à ceux de personnes en bonne santé.

Ni léthargie, ni catalepsie, ni catatonie, l’état de sommeil des enfants endormis durent de quelques mois à plusieurs années.

Ces belles (et beaux) au bois dormant ont toutefois tous en commun d’être originaires d’anciens pays soviétiques et de Yougoslavie.

La plupart d’entre eux sont issus des communautés Roms et Ouïghoures. Nola est Kurde.

D’où l’autre nom de la maladie : le « syndrome de résignation », ou « Uppgivenhetssyndrom ».

Révélé au monde en 2018 par la journaliste Rachel Aviv, le syndrome de résignation toucherait exclusivement les enfants d’immigrés dont la demande d’asile n’est pas accordée ou en attente.

Pour les médecins, la maladie serait une réaction à deux traumatismes : le harcèlement dans le pays de naissance de l’enfant, et l’effroi, après s’être acclimaté à la Suède, de devoir rentrer.

Seul remède ?

Selon un document publié par le Swedish Board of Health and Welfare, le patient ne recouvrera la santé qu’en recevant une autorisation de résidence permanente en Suède. Preuve que la maladie psychosomatique puise sa force dans le désespoir de l’enfant.

* « Courrier international » du 16 mai 2021

Didier Doukhan