NEUROLOGIE SANTÉ PUBLIQUE  –  Par Brigitte Blond le 10-09-2021

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Le sujet est souvent esquivé lors des consultations de pré ou de début de grossesse.

Pourtant les risques, en particulier cérébraux, sont potentiellement majeurs, et nécessitent ensuite un suivi attentif des enfants. 

Concernant l’alcool pendant la grossesse, « chaque verre est une prise de risque, souligne le Dr Denis Lamblin, président de SAF France, pédiatre à l’initiative du logo spécifique apposé sur les bouteilles d’alcool depuis 2013.

Un peu à l’image de ce qu’une femme enceinte vit en avalant un quart de comprimé de Dépakine : le risque que survienne un effet indésirable est faible, mais il n’est pas nul.

Ce shoot même minime d’alcool peut arriver au mauvais moment, chez un fœtus qui n’est pas “programmé“ pour le recevoir… » 

Il s’agit d’une des rares causes évitables de troubles neurodéveloppementaux.

A l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les troubles causés par l’alcoolisation fœtale (TCAF), le 9 septembre, et en France de la 5e édition du SAFTHON*, SAF France associé à Prévention et Modération et aux métiers de l’hôtellerie pour un programme commun de prévention dresse un état des lieux des connaissances des médecins généralistes sur les conséquences de la consommation d’alcool pendant la grossesse.

Un nouveau-né toutes les 30 minutes  

Selon cette enquête menée par OpinionWay, à peine le quart (24 %) des médecins généralistes connaissent ces troubles et disent savoir précisément ce dont il s’agit. 6 % seulement évaluent correctement le nombre d’enfants touchés (et handicapés à vie) chaque année en France, soit 15 000.

Les autres le sous-estiment largement. Un sur 10 peut citer les différentes familles de troubles liés à l’alcoolisation fœtale (400 sortes !), malformations faciales certes, mais encore anomalies du système nerveux central à l’origine de retards psychomoteurs, problèmes de comportement, déficits des apprentissages, etc.

Des troubles qui ne sont pas toujours immédiatement visibles et se manifestent lorsque le cerveau devient plus mature, à l’entrée en crèche ou à l’école.

Les personnes porteuses d’un SAF ont un risque de déficience visuelle 31 fois supérieur par rapport à la population générale, de déficiences auditives 126 fois supérieur, de troubles du langage 10 fois supérieur, etc.

Encore un tiers des médecins ne sont pas conscients qu’une consommation occasionnelle peut suffire à provoquer les TCAF. 69 % n’en parlent pas systématiquement avec leurs patientes futures mères qui seraient susceptibles de boire et ceux qui l’abordent plus volontiers ont plus de métier.

Une sensibilisation des médecins les plus jeunes est à l’évidence nécessaire.

Lors du suivi de grossesse “classique“, un tiers des médecins n’évoquent pas du tout le problème de l’alcool, parce qu’ils n’y pensent pas (41 %), ne veulent pas culpabiliser ou inquiéter :

 “Ils n’anticipent pas les bénéfices de l’abstinence ”, résume le Dr Lamblin.

La majorité estime être mal informés et tablent sur la formation initiale, continue ou la presse spécialisée.

Ils souhaiteraient disposer de brochures dédiées aux personnes à risque et de données d’études cliniques sur les risques.

Dès le premier verre 

Ce dont on est sûr, c’est que toute consommation est potentiellement dangereuse : une sorte de loterie dont le résultat dépend de multiples facteurs dont la capacité de métabolisation (génétique) de l’alcool par la mère, son âge (jeune), son mode de vie (plus sain, dénué de tabac), etc.

Une certitude encore, c’est le cerveau qui est le plus sensible aux effets de l’alcool, et ce pendant toute la grossesse.

Il est encore très immature à la naissance et si l’éventualité d’un trouble est évoquée, une surveillance adaptée, sur le modèle du suivi des prématurés, peut faciliter, grâce à la plasticité du cerveau, la récupération des capacités d’autonomie sociale en particulier, les plus impactées par l’alcoolisation fœtale : ces enfants souffrent d’un déficit d’empathie, qui les rend plus influençables, plus impulsifs, plus à risque d’addiction.

Un tiers des placements d’enfants concernent des jeunes patients cérébrolésés en raison de l’alcoolisation de leur mère…

“Si leur quotient intellectuel est subnormal, environ 80, leur quotient d’autonomie (dont les facultés de raisonnement abstrait) est aux alentours de 50”, rapporte-t-il.

Le repérage est possible à condition de ne pas banaliser les TCAF : “Il n’est ainsi pas fait mention de l’alcool dans le programme des 1000 jours qui promeut la santé du jeune enfant”, regrette le Dr Lamblin.

La prise en compte des inquiétudes des parents et la réassurance à chacune des consultations qui émaillent cette surveillance singulière permet par ailleurs des échanges mère-enfant plus paisibles et donc constructifs.

*SAF France, soutenu par les vignerons, les brasseurs, etc., se mobilise à nouveau pour cette 5è édition du SAFTHON. Plus de renseignements sur https://saffrance.com 

Sources : D’après une conférence de presse organisée par SAFFrance, et Prévention et modération, et l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (6 septembre 2021)

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