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Le sixième rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) montre combien la situation s’est aggravée depuis l’étude de 2013.

Le premier volet, consacré aux aspects physiques du changement climatique, émet des hypothèses menant notamment à l’inexorable réchauffement des océans.

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Les océans jouent un rôle très important dans la régulation du climat. | PIXABAY

Morgane DUMONT. Publié le 24/08/2021 à 11h08

Le rapport du Giec dévoilé le lundi 9 août 2021 est sans appel.

La hausse globale de la température est inévitable même si une correction de sa trajectoire est encore possible.

Afin de respecter l’objectif principal de laccord de Paris sur le climat de 2015, la communauté internationale doit, selon les scientifiques, s’engager, sans plus attendre, dans des mesures draconiennes et durables, de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Sans cela, elle peut définitivement renoncer à maintenir le réchauffement climatique en deçà des 2 °C d’ici 2100 par rapport aux niveaux d’avant la Révolution industrielle.

CINQ SCÉNARIOS

Le scénario le plus optimiste (SSP1-1.9) prévoit que la hausse de température par rapport à la période 1850-1900 atteigne 1,5 °C d’ici les années 2030, pour grimper jusqu’à 1,6 °C, avant de s’établir à 1,4 °C à la fin du siècle.

La condition : atteindre la neutralité carbone d’ici le milieu de ce siècle.

Le deuxième scénario (SSP1-2.6), qui serait possible si l’objectif de zéro émission était atteint peu après 2050, évoque un maintien du réchauffement autour de 1,8 °C d’ici 2100…

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Décryptage | Un réchauffement inéluctable des océans selon les experts du Giec

Mis à jour le 23/08/2021 14:53

Le sixième rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) montre combien la situation s’est aggravée depuis l’étude de 2013.

Le premier volet, consacré aux aspects physiques du changement climatique, émet des hypothèses menant notamment à l’inexorable réchauffement des océans.

Le rapport du Giec dévoilé le lundi 9 août 2021 est sans appel.

La hausse globale de la température est inévitable même si une correction de sa trajectoire est encore possible.

Afin de respecter l’objectif principal de l’accord de Paris sur le climat de 2015, la communauté internationale doit, selon les scientifiques, s’engager, sans plus attendre, dans des mesures draconiennes et durables, de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Sans cela, elle peut définitivement renoncer à maintenir le réchauffement climatique en deçà des 2 °C d’ici 2100 par rapport aux niveaux d’avant la Révolution industrielle.

CINQ SCÉNARIOS

Le scénario le plus optimiste (SSP1-1.9) prévoit que la hausse de température par rapport à la période 1850-1900 atteigne 1,5 °C d’ici les années 2030, pour grimper juqu’à 1,6 °C, avant de s’établir à 1,4°C à la fin du siècle.

La condition : atteindre la neutralité carbone d’ici le milieu de ce siècle.

Le deuxième scénario (SSP1-2.6), qui serait possible si l’objectif de zéro émission était atteint peu après 2050, évoque un maintien du réchauffement autour de 1,8 °C d’ici 2100.

Le troisième scénario (SSP2-4.5) émet l’hypothèse d’une hausse des températures de 2,7 °C d’ici la fin du siècle.

En cause, des émissions de CO2 oscillant autour des niveaux actuels avant de commencer à diminuer au milieu du siècle, sans atteindre zéro émission d’ici 2100.

Le scénario suivant (SSP3-7.0), établi sur un gel des émissions par rapport au niveau actuel, et ce jusqu’en 2050, prévoit une température moyenne gagnant 3,6 °C.

Basé sur un doublement des émissions d’ici 2100, le plus pessimiste des scénarios (SSP5-8.5) fait quant à lui craindre un réchauffement compris entre 3,3 et 5,7 °C en 2100.

Des « menaces insidieuses »

Concernant les problématiques maritimes, Hervé Douville, chercheur au Centre national de recherches météorologiques (CNRM) et co-auteur du rapport, rappelle la présence de « menaces insidieuses, comme le réchauffement océanique, l’augmentation du niveau de la mer ou encore l’acidification et la désoxygénation des océans ».

Des phénomènes non négligeables, la régulation du climat passant par les océans.

Les eaux marines de surface absorbent en effet un tiers du CO2 anthropique présent dans l’atmosphère, ensuite réparti dans toute la colonne d’eau via les courants thermohalins engendrés par les différences de densité de l’eau.

Mais si l’océan continue à se réchauffer, le phénomène d’absorption sera de moins en moins efficace.

Les scientifiques se penchent d’ailleurs déjà sur la mise en œuvre de techniques artificielles de captation et de séquestration du CO2.

À l’image de certains phytoplanctons, les coraux constructeurs de récifs, en emprisonnant du CO2 dans leurs squelettes calcaires, sont aussi des puits de carbone.

Hervé Douville souligne néanmoins que « les massifs coralliens disparaissent à cause du réchauffement océanique mais aussi parce qu’il y a de plus en plus de CO2 dissout dans l’océan, augmentant le pH et donc l’acidification des océans »

Et si cette dernière n’est pas irréversible, elle est bel et bien engagée pour plusieurs décennies.

Comme l’explique le scientifique, « si l’humanité était instantanément capable de réduire à zéro ses émissions, les températures globales se stabiliseraient très rapidement, mais l’océan lui, continuera de piéger du CO2 ».

Les océans jouent un rôle très important dans la régulation du climat. (Photo : Pixabay)

Cela aura irrémédiablement des impacts négatifs sur les écosystèmes marins.

Selon l’expert, « il y a quelque chose à faire en termes de gestion raisonnée de la ressource mais si l’océan se réchauffe et s’acidifie, les zones protégées seront aussi impactées.

Si les espèces concernées n’aiment pas cette eau, elles devront migrer ».

Autre fait établi dans le rapport : la concentration en oxygène a baissé de 2 % en 50 ans.

Cette désoxygénation a pour conséquence de créer des zones mortes au sein desquelles une grande partie de la biodiversité disparaît.

Dans le golfe du Mexique, une zone de 17 146 km² est d’ores et déjà quasiment vidée de son oxygène.

Emballement du changement climatique

Les océans ont aussi vu leur niveau monter de 20 cm entre 1901 et 2018.

La hausse annuelle moyenne de la surface des mers est passée de 1,3 mm entre 1901 et 1971 à 1,9 mm entre 1971 et 2006, et 3,7 mm entre 2006 et 2018.

« C’est un autre indicateur probant de l’emballement du changement climatique.

L’effet du réchauffement océanique représente environ 50 % de l’élévation du niveau de la mer mais il y a aussi l’effet de la fonte des calottes glaciaires », précise Hervé Douville.

Le Giec a d’ailleurs revu ses projections du niveau de la mer à la hausse.

À l’horizon 2100, l’intervalle pourrait aller jusqu’à 2 mètres.

« On ne peut même pas exclure qu’à l’horizon 2150, la hausse du niveau de la mer soit de 5 mètres, ajoute Hervé Douville.

Ce qui serait absolument catastrophique pour toutes les régions côtières. »

Les submersions marines exceptionnelles, qui jusqu’ici se produisaient tous les cent ans, pourraient se répéter tous les ans à la fin de ce siècle.

ENTRETIEN

Samuel Somot

Chercheur CNRM, spécialiste de la Méditerranée et co-auteur du rapport du Giec

Quelles sont les particularités de la mer Méditerranée concernant le réchauffement climatique ?

La Méditerranée a tendance à se réchauffer un peu plus vite que la moyenne de l’océan global en surface.

Mais il se trouve que ce n’est pas une caractéristique fondamentale.

C’est plutôt que la Méditerranée se réchauffe plus vite dans les couches profondes.

Cela est dû aux sites de convections océaniques profondes : des endroits où l’eau se mélange sur toute la verticale et où le CO2 ne reste pas piégé dans les couches de surface.

Il y a aussi une tendance très nette, visible dans les couches intermédiaires et profondes : la hausse de la salinité.

Ce sont ces eaux plus chaudes et plus salées qui vont rapidement se propager dans l’océan Atlantique via le détroit de Gibraltar.

Et concernant le niveau de la mer ?

Elle ne monte pas particulièrement plus ici qu’ailleurs.

Ce qui est spécifique c’est qu’il y a beaucoup d’activité humaine sur la côte.

La pêche joue un rôle socio-économique majeur dans toute la région en faisant travailler plus de 227 000 personnes.

C’est donc une zone qui est très dépendante de sa mer.

S’il y a des impacts, ils seront forts sur les populations.

Avoir un niveau moyen de la mer plus élevé, cela veut aussi dire que les éléments extrêmes qui s’y ajoutent vont être plus intenses et plus forts.

Des chiffres sans précédent

La responsabilité de l’homme est sans équivoque dans le changement climatique.

La combustion des énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz) en est la principale responsable.

Certains domaines, comme le transport, la production d’électricité ou encore de chauffage, reposent quasi intégralement sur cette combustion.

Et non seulement les émissions de CO2 engendrées sont en hausse, mais la capacité d’absorption de la planète s’amenuise à cause de la déforestation massive et du réchauffement océanique.

Ainsi, le rapport indique que l’influence de l’homme est « très probablement » la principale cause du recul inédit des glaciers depuis les années 1990 et de la diminution des surfaces glacées dans les eaux de l’Arctique.

Il est aussi « hautement probable » que le facteur humain ait joué dans la fonte, sans précédent depuis 2 000 ans, de la calotte glaciaire du Groenland lors des vingt dernières années et dans le réchauffement de la couche supérieure des mers depuis les années 1970.

Selon l’Atlas interactif du Giec, qui permet de visualiser l’évolution passée et future du climat et de ses effets à l’échelle régionale, la fonte du pergélisol (le sol gelé depuis des milliers d’années, appelé aussi permafrost), va s’amplifier, les glaces de l’Arctique disparaître l’été et fortement reculer l’hiver.

À l’image du groupe portuaire émirati DP World et du russe Rosatom, certaines compagnies veulent d’ailleurs en tirer avantage en développant la route du Nord.

Ils sont déterminés à créer un véritable corridor et à en faire une alternative pour relier l’Asie à l’Europe, un projet auquel sont notamment opposés CMA CGM, Hapag-Lloyd et MSC.

Changement de salinités

Enfin, le rapport du Giec pointe les problématiques liées à la salinité.

« Le calcul de la différence entre les précipitations qui vont tomber sur l’océan et l’évaporation océanique montre qu’il y a une incidence tout à fait importante sur la salinité de surface des océans ainsi que sur la stratification des océans », éclaire Hervé Douville.

Concrètement, il y a un renforcement des contrastes entre des eaux salées qui deviennent encore plus salées et des eaux relativement peu salées qui deviennent encore moins salées.

L’émergence de toutes ces nouvelles conditions océaniques pour les organismes marins, des végétaux au plancton jusqu’aux mammifères, entraîne des changements dans leur physiologie, leur croissance, leur reproduction et leur survie, leur migration vers les pôles ou en profondeur.

Certaines d’entre elles, à l’image des espèces invasives, peuvent fortement se développer et d’autres, adaptées au froid ou dépendantes de la neige, sont menacées d’extinction.

ET CONCERNANT L’AMOC ?

Le réchauffement climatique engendre l’affaiblissement de l’Amoc.

Cet ensemble de courants regroupés dans tout l’Atlantique nord, dont le Gulf stream fait partie, contribue à stocker, dans les profondeurs de l’océan, une partie du dioxyde de carbone émis par les activités humaines.

Ils influencent aussi les écosystèmes marins à grande échelle avec le transport horizontal de nutriments et de gaz, notamment l’oxygène.

Schéma illustrant l’affaiblissement du système de courants Amoc, dont le Gulf stream fait partie (Image : Giec)

Si certains scientifiques parlent d’une disparition du Gulf stream, ce scénario semble très peu probable pour le Giec.

« Il n’est pas physiquement à exclure après 2100 mais il reste peu plausible », affirme Hervé Douville.

C’est donc un ralentissement de la circulation thermohaline auquel il faut s’attendre, provoquant un moindre réchauffement de l’Europe du Nord-Ouest.

Le document n’est que le premier volet du nouveau rapport du Giec, qui se garde de faire des préconisations sur les manières de répondre au défi climatique.

Les deux autres parties consacrées à l’adaptation et à l’atténuation du changement climatique, sont attendues en février et mars 2022.

D’ici là, ce sera aux États présents à la Cop 26, qui se tiendra du 1er au 12 novembre 2021 à Glasgow, de prendre des mesures pour commencer à minimiser certaines conséquences du changement climatique.

LE SIXIÈME RAPPORT DU GIEC

3 949 pages
dans le premier volet

234 scientifiques
issus de 66 pays

14 000 études
scientifiques analysées

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