Revue de presse Mediscoop du 31-08-2021

Date de publication : 31 août 2021

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Description générée automatiquementLe Monde

Florence Rosier indique en effet dans Le Monde qu’« en mesurant les dépenses énergétiques de près de 6500 personnes âgées de 8 jours à 95 ans, sur 40 ans, une équipe internationale a identifié 4 périodes de la vie, et invalide nombre d’idées reçues ».

La journaliste se penche sur ce travail paru dans Science :

« Vous pensiez que la puberté, la trentaine ou la quarantaine et la ménopause marquaient autant de ruptures dans nos dépenses énergétiques de base ? Eh bien non ».

Herman Pontzer (université Duke, Etats-Unis), premier auteur, remarque ainsi :

« Cela peut sembler étrange, mais le calendrier des différentes périodes métaboliques de notre vie ne coïncide pas avec ces étapes majeures de l’existence ».

Florence Rosier explique que « les chercheurs ont eu recours à une technique de référence – fiable, précise et non invasive – utilisée depuis les années 1980 pour mesurer la dépense énergétique humaine, en situation de vie quotidienne. Il s’agit de la « méthode de l’eau doublement marquée » ».

La journaliste rappelle que « la personne ingère une dose d’eau enrichie en deux isotopes stables (non radioactifs), le deutérium (2H) et l’oxygène 18 (18O).

Sur des échantillons d’urine prélevés régulièrement durant 1 à 3 semaines, on mesure la cinétique d’élimination de ces deux isotopes.

Cela permet de calculer la quantité de gaz carbonique (CO2) produit, d’où l’on déduit les dépenses énergétiques ».

Elle relève que « cette méthode, cependant, nécessite un traceur et des analyses en spectrométrie de masse, longues et onéreuses.

D’où l’intérêt de cette mise en commun des données collectées par une demi-douzaine de laboratoires depuis 40 ans ».

« Leur analyse dessine un modèle en 4 étapes, une fois les données moyennées et ajustées selon la masse maigre de chacun », observe Florence Rosier, qui précise : 

« La petite enfance, d’abord. A masse maigre égale, les tout-petits présentent les dépenses énergétiques maximales – qui grimpent en flèche durant la première année de vie.

Entre l’âge de 9 et 13 mois, elles sont 50% plus élevées que celles des adultes, toujours à masse maigre égale.

Est-ce parce que les enfants triplent leur poids de naissance durant leur première année de vie ? Pas seulement ».

Herman Pontzer indique qu’« il se produit, à l’intérieur des cellules d’un bébé, des processus qui les rendent plus actives – et dont nous ignorons la nature ».

La journaliste note que « ce métabolisme très énergivore expliquerait en partie pourquoi les carences alimentaires, durant cette période-clé, entraînent de sévères troubles de croissance qui peuvent engager le pronostic vital ».

Florence Rosier continue : « Après l’âge de 1 an, le niveau du métabolisme humain décroît lentement – d’environ 3% par an – jusqu’à l’âge de 20 ans.

C’est là une autre surprise : même la puberté, avec ses bouleversements hormonaux et son impressionnante poussée de croissance, n’infléchit pas cette lente chute.

Les besoins énergétiques propres à cette période continuent de décroître, une fois la taille corporelle prise en compte. Cet infléchissement est sensible même chez des étudiants de 18 à 20 ans ».

La journaliste ajoute qu’« on croit souvent qu’à partir de la trentaine la prise de poids est une fatalité.

« La faute au métabolisme » ? Fausse excuse !

La sédentarité et/ou une alimentation trop riche, bien plus sûrement, expliquent un tour de taille épaissi à la trentaine ou à la quarantaine. Mais pas le métabolisme.

Car, durant quatre décennies, de 20 à 60 ans, le niveau de nos dépenses énergétiques est remarquablement stable ».

Florence Rosier note que « ce n’est qu’à partir de la soixantaine que le niveau du métabolisme adulte commence à décroître, d’environ 0,7% par an.

La perte de la masse musculaire (sarcopénie) explique en partie ce lent déclin : les muscles brûlent plus de calories que le tissu adipeux. Mais cela ne fait pas tout ».

Herman Pontzer observe qu’« une fois la masse musculaire prise en compte, ce déclin persiste.

Il provient donc d’un fonctionnement ralenti des cellules elles-mêmes ».

Timothy Rhoads et Rozalyn Anderson, de l’université du Wisconsin (Etats-Unis), notent pour leur part dans Science que « l’incidence des maladies chroniques non infectieuses commence à croître à la soixantaine, et cela ne peut pas être une coïncidence ». 

Florence Rosier relève ainsi qu’« un métabolisme plus lent, à partir de 60 ans, pourrait s’expliquer par une physiologie altérée du cœur, du foie, des reins ou du cerveau, des organes qui consomment 65% de l’énergie que nous dépensons au repos ».

Philippe Froguel, de l’Imperial College à Londres (Royaume-Uni) et de l’Institut Pasteur de Lille (CNRS), observe de son côté qu’« il faut attendre l’âge de 90 ans pour voir nos dépenses énergétiques chuter de 26% : c’est ce qui m’a le plus surpris ».

Florence Rosier évoque les « retombées médicales de cette analyse » :

« L’étude pourrait conduire à mieux ajuster les doses d’un médicament chez l’enfant et chez la personne âgée, par exemple.

Elle devrait aussi conduire à revoir les modèles de recherche sur les maladies liées à l’âge ».

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“Daily energy expenditure through the human life course”

https://www.science.org/doi/abs/10.1126/science.abe5017

ACCUEILSCIENCEVOL. 373, N° 6556 DÉPENSE ÉNERGÉTIQUE QUOTIDIENNE TOUT AU LONG DE LA VIE HUMAINE