30/04/2010 | Cancérologie , Médicament
 
Le génome entier d’un homme sain a été séquencé par une équipe de la faculté de Santford pour évaluer ses facteurs de risques de maladies.
 Des chercheurs américains décrivent, dans le Lancet publié le 30 avril, le premier séquençage du génome entier d’un homme dans le but de rechercher des prédispositions à des maladies et d’évaluer son risque, en particulier de maladies cardiovasculaires dans le cas de ce patient. Les auteurs tentent de montrer l’intérêt de cette démarche pour une médecine personnalisée.
 
Il y a encore peu de temps, le séquençage entier du génome humain était une entreprise longue et très coûteuse. Le premier séquençage a coûté 2,7 milliards de dollars, mais la baisse très importante du coût des technologies fait que le séquençage du génome d’un individu coûte aujourd’hui 10.000 dollars et pourrait rapidement tomber à 1.000 dollars. Des séquençages de génômes ont déjà été réalisés, mais chez des malades, pour identifier les mutations à l’origine de maladies rares.
Le travail publié par une équipe de l’université de Stanford en Californie a un but différent. L’homme dont ils ont séquencé le génome n’est pas malade, mais présentait des antécédents familiaux de maladie vasculaire et de mort subite.
Les chercheurs se sont donc intéressés avant tout aux gènes associés aux maladies cardiovasculaires, mais ont aussi regardé les polymorphismes génétiques pouvant être associés à d’autres maladies.
 
Ainsi, les auteurs ont mis en évidence trois variants touchant des gènes associés dans des études pour l’un à la cardiomyopathie hypertrophique et pour deux à la dysplasie ventriculaire droite arythmogène, des maladies qui augmentent le risque de mort subite. En lien avec le risque cardiovasculaire, ils ont trouvé un variant pouvant augmenter le risque de maladie coronaire, plusieurs polymorphismes qui moduleraient le risque d’infarctus et des variants augmentant les risques de diabète de type 2 et d’obésité.
Au delà du risque cardiovasculaire, l’équipe de recherche a également identifié des variants génétiques associés à des sur-risques de cancer, d’arthrose et de maladies plus rares. Les chercheurs ont également mis en évidence une mutation de résistance au clopidogrel, des variants favorisant une bonne réponse aux hypolipémiants.
 
Les auteurs reconnaissent qu’il reste difficile pour le moment d’intégrer toutes ces données en pratique clinique. C’est d’autant plus difficile que l’effet de ces variants dépend d’interactions avec l’environnement et du comportement. Par exemple, dans le cas de cet homme, comment prendre en compte un risque légèrement plus faible que la moyenne de la population d’hypertension artérielle alors qu’il présente une prédisposition à l’obésité ?
Pour les auteurs de l’article, « dans la mesure où cette pratique de séquençage du génome entier est appelée à se développer, il faut mettre au point des méthodes intégrant les données génétiques et cliniques pour aider à la décision », ce qui représentera « un grand pas vers la médecine individualisée ».
Dans un éditorial publié dans le même numéro du Lancet des chercheurs britanniques soulignent les questions éthiques posés par l’annonce de telles informations qui pour l’instant n’ont pas de signification clinique consensuelle.
 
Virginie BAGOUET