L’aspirine fait ses preuves pour prévenir les cancers…
08/12/2010 | Cancérologie , Médicament, Epidémiologie
 
Une nouvelle étude publiée par le Lancet confirme l’effet protecteur de l’aspirine vis-à-vis des cancers gastro-intestinaux et révèle son intérêt pour prévenir d’autres cancers courants.
Va-t-on conseiller à tous les quinquagénaires d’avaler 75 mg d’aspirine chaque jour pour réduire son risque de mourir d’un cancer ? Si nous n’en sommes pas là, une nouvelle étude publiée sur le site du Lancet le 7 décembre confirme l’intérêt de l’aspirine en prévention des cancers. En 2007, une équipe d’Oxford dirigée par le Pr Peter Rothwell a montré qu’une dose quotidienne de 500 mg d’aspirine chaque jour peut réduire le risque de cancer colorectal. Leurs travaux publiés en octobre dernier ont établi qu’une faible dose d’aspirine pendant quatre ans ou plus diminue de 25% le risque de nouveaux cas de cancers et d’un tiers la mortalité par cancer.
 
La dernière étude publiée dans la prestigieuse revue britannique révèle l’intérêt de l’aspirine pour prévenir et réduire la mortalité d’autres cancers. Les études randomisées aspirine contre placebo, d’une durée de quatre ans à huit ans de suivi, représentent un total de 25 000 patients. D’après leurs analyses, la prise d’aspirine pendant la durée de l’essai suffit pour réduire le taux de mortalité par cancer de 25%. Selon l’analyse par cancer, l’effet bénéfique de l’aspirine sur la mortalité ne se révèle qu’après 5 ans de traitement pour le cancer de l’œsophage, du pancréas, du cerveau, des poumons et encore un peu retardé pour le colorectal, l’estomac et la prostate. A partir de 75 mg, l’impact de l’aspirine sur les cancers est indépendant de la dose.
 
Si le Pr Rothwell ne demande pas à tous les médecins de prescrire dès demain 75 mg à partir d’un certain âge, il estime que le sujet peut abordé entre 45 et 50 ans. « Les médecins vont certainement être très réticents en raison du risque de saignement, » anticipait le Pr Peter Elwood, épidémiologiste de l’Université de Cardiff, lors d’une conférence de presse organisée par le Lancet. Le risque de saignements internes qui se situe autour d’un pour 1000 patients est doublé par l’aspirine. Très faible en milieu de vie, il augmente fortement après 75 ans. « 80% des hommes de plus de 50 ans ont un niveau de risque cardiovasculaire justifiant la prise quotidienne d’aspirine », argumente le Pr Elwood. Et selon lui, même si les médecins ne le prescrivent pas, cette décision reviendra aux patients qui pourront choisir de prendre ce risque pour éviter des cancers.
Virginie BAGOUET