La durée du travail actif lors de l’accouchement serait significativement plus courte chez les femmes ayant conservé un niveau d’activité physique plus élevé durant leur grossesse, selon une étude parue dans l’American Journal of Obstetrics and Gynecology.

Par Aude Boivin Filion

une femme enceinte se rend à son cours de yoga Profession Santé logo   29/11/2021

Dans l’étude, les chercheurs affirment que des niveaux plus élevés d’activité physique pendant la grossesse sont associés à une phase de travail actif plus courte et à la probabilité réduite d’une première phase prolongée.

Néanmoins, leurs résultats ne leur ont pas permis d’établir de « différence dans la durée du deuxième stade du travail entre les patientes avec et sans un niveau d’activité physique plus élevé ».

D’après les chercheurs, cela suggère que l’exercice pendant la grossesse peut jouer un rôle plus important dans la contractilité utérine plutôt que dans la force du plancher pelvien, qui assure la réussite de la seconde phase de travail.

Toutefois, les taux de deuxième phase prolongée, de césarienne, d’accouchement vaginal opératoire et de lacérations périnéales étaient similaires entre les différents groupes répartis selon le niveau d’activité physique pratiqué.

« Alors que notre étude n’a montré aucune différence dans les taux de déclenchement du travail entre les groupes, précisent les scientifiques impliqués dans l’étude, elle a montré que les patientes ayant des niveaux d’activité physique élevés étaient significativement moins susceptibles de recevoir de l’ocytocine pendant le travail. »

Pour mener à bien leur étude, les chercheurs ont fait une analyse secondaire d’une étude de cohorte prospective dans laquelle les patientes, qui présentaient une grossesse unique sans anomalie fœtale majeure, ont été soumises à l’enquête Kaiser sur l’activité physique (KPAS) à chaque trimestre.

Le KPAS a été conçu pour mesurer différents types d’activité physique chez les femmes, selon quatre indices: tâches ménagères/soignantes, habitudes de vie active, sports et profession.

« Il est important de se rappeler que les données sur l’activité physique dans cette étude sont autodéclarées et non mesurées, indique la boursière postdoctorale Victoria Meah, spécialisée en santé pendant la grossesse et le post-partum à l’Université de l’Alberta, qui commente l’étude qu’elle a consulté.

Cela signifie que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour étudier cette relation en utilisant des mesures réelles de l’activité physique, par exemple en utilisant un accéléromètre ou un dispositif de suivi. »

Les études antérieures qui ont analysé les effets d’un programme d’exercices standardisé sur le travail actif avaient abouti à des résultats mitigés.

Aucune n’avait considéré jusqu’à maintenant l’impact que pourraient avoir des habitudes liées à une vie active sur l’accouchement.

« Cette étude est nouvelle en ce sens qu’elle est l’une des premières à utiliser un outil d’analyse quantitative qui tient compte d’une activité qui n’est pas nécessairement un exercice intentionnel et qui mesure l’activité physique sous de nombreuses formes », ont précisé les chercheurs.

La pratique d’activités physiques durant la grossesse est déjà associée à une diminution des risques de complications tant chez la mère que chez le fœtus, tels que le diabète gestationnel, la dépression prénatale, la macrosomie et la prééclampsie.

L’impact sur l’accouchement de la quantité et du type d’activités physiques pendant la grossesse restait, lui, à éclaircir.

Cette étude vient donc renforcer l’idée que «l’exercice régulier doit être fortement encouragé tout au long de la grossesse, en l’absence de complications médicales ou obstétricales», explique l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec (AOGQ) dans ses recommandations.

D’ailleurs, elle signale que « les données de la littérature médicale actuelle ne montrent que des bénéfices à un exercice physique régulier en grossesse. »

Des activités comme la marche, la marche rapide, la bicyclette stationnaire et la natation sont jugées « très appropriées » par l’AOGQ.

Les directives canadiennes sur l’activité physique prénatale ont été mises à jour en 2019 et publiées conjointement par la Société canadienne de physiologie de l’exercice et la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC).

Elles indiquent que toutes les femmes enceintes en bonne santé devraient être actives et viser 150 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine, en incluant une combinaison d’exercices d’aérobie et de résistance.

Il est aussi recommandé qu’elles fassent également un entraînement quotidien des muscles du plancher pelvien.

« Je pense que le message selon lequel l’activité physique est « plus » qu’un simple exercice est très important, ajoute Mme Meah, de la Faculté de kinésiologie à l’Université de l’Alberta.

Les femmes peuvent toujours respecter les directives en matière d’activité physique en marchant quelques mètres de plus, par exemple, ou en prenant les escaliers au lieu de l’ascenseur.

Toute activité vaut mieux que rien! »