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Des panneaux photovoltaïques pour alimenter un bateau, rien de nouveau sous le soleil ?

Au contraire, la start-up française Héole nous présente une technologie révolutionnaire qui s’installe sur les voiles.

Le tissu solaire qu’elle développe se veut plus léger, plus pratique et plus écologique que les panneaux classiques au silicium.

Cette innovation, déjà testée sur l’Ocean Fifty Leyton, équipera le catamaran avec lequel Marc Guillemot participera à la Route du Rhum. Explications.

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Héole et le Team Leyton ont travaillé conjointement pour installer les cellules photovoltaïques organiques sur le mât et effectuer les premiers tests. | LEYTON/MARTIN KERUZORÉ

Delphine MASSON. Modifié le 25/01/2022 à 14h51

Martin Delapalme, cofondateur d’Héole, a 24 ans lorsqu’en 2014 il part faire le tour du monde à la voile avec des amis.

Leur ambition : se passer d’énergie fossile et miser sur la propulsion électrique.

Malheureusement, dans le petit temps, les moyens d’alimentation ne suffisent pas à faire tourner le moteur et l’électronique aussi longtemps que souhaité.

C’est alors que l’idée de « voile solaire » germe dans l’esprit de Martin.

Quatre ans plus tard, il rencontre son premier associé, Jean-Marc Kubler.

Ce dernier ayant fait carrière dans l’éclairage à LED, il s’intéresse de près à la question inverse à savoir comment utiliser la lumière naturelle en tant que source d’énergie.

À eux deux, ils imaginent la voile de demain. Ils prennent alors contact avec Guillaume Wantz, professeur des Universités à Bordeaux INP et chercheur qui étudie une technologie correspondant parfaitement à leurs besoins, les cellules photovoltaïques organiques (OPV).

Les OPV sont tellement fines qu’elles sont souples et c’est cette souplesse qui les rend parfaitement adaptées à une voile

Il s’agit d’un matériau fin, souple et léger.

Contrairement aux panneaux solaires composés à partir de silicium, les OPV sont des semi-conducteurs d’origine organique qui ne nécessitent aucune extraction de minéraux.

Un impact écologique moindre qui séduit les fondateurs d’Héole. Martin Delapalme nous liste les avantages de ces cellules :

« Elles sont tellement fines qu’elles sont souples et c’est cette souplesse qui les rend parfaitement adaptées à une voile.

Par ailleurs, elles sont semi-transparentes, on peut donc capter la lumière par les deux faces de la voile.

Enfin, elles permettent également d’exploiter une luminosité plus diffuse comme la réverbération des rayons du soleil sur l’eau, ce qui augmente leur capacité énergétique même avec une météo nuageuse. »

Seul bémol, le ratio de productivité est nettement réduit par rapport au silicium. Ce qui ne décourage pas Martin Delapalme :

« Le rendement plus faible est largement compensé par une surface recouvrable plus grande qui suffit pour faire fonctionner un bateau. »

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Marc Guillemot est l’un des six fondateurs d’Héole. La voile photovoltaïque sera installée sur son nouveau catamaran MG5. | MARTIN COUDRIET

La course au large, catalyseur d’innovations

Cette technologie peut convenir à plusieurs usages alors pourquoi avoir misé sur une voile en premier ?

Avant tout une question de passion, les cofondateurs d’Héole sont des amoureux de la mer.

Jean-Marc Kubler convainc le skipper Marc Guillemot de s’associer au projet avec en ligne de mire la Route du Rhum 2022.

Pour Martin Delapalme, il était important de viser un sport médiatisé pour attirer les investisseurs.

Il ajoute : « La course au large est un laboratoire de l’innovation, beaucoup de technologies sont testées sur des bateaux de course avant de trouver leur application ailleurs, en plaisance, en pêche ou pour le transport maritime. »

C’est ce dernier secteur qui intéresse tout particulièrement Héole, notamment en raison du retour en force d’initiatives de fret à la voile.

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L’Ocean Fifty Leyton. Le mât et le decksweeper sont équipés des OPV pour la Transat Jacques Vabre. | LEYTON SAILING TEAM

Une technologie à toute épreuve ?

Le catamaran de Marc Guillemot, baptisé MG5 , sera donc le premier équipé de cette grand-voile révolutionnaire.

Depuis deux ans, Héole procède à des essais sur des petites surfaces pour mesurer le rendement et le vieillissement.

En attendant, ils ont pu tester les cellules en conditions réelles grâce à un partenariat avec Leyton, voisin de chantier de Marc Guillemot, dont l’Ocean Fifty a participé à la Transat Jacques Vabre.

Les cellules ont été fixées le long du mât et sur le decksweeper (petite voile présente sous la bôme pour fluidifier l’écoulement d’air et gagner en aérodynamisme).

Malgré la vitesse, l’eau, le sel, les cellules ont tenu le choc et les milliers de données récoltées sont en cours d’analyse pour déterminer le rendement exact.

Présentation des résultats à Sam Goodchild et Aymeric Chappellier, skippers de Leyton, la semaine prochaine.

L’objectif est de tirer les premiers bords sur MG5 dans les mois qui viennent pour être prêts pour la Route du Rhum en novembre.

Que les sponsors se rassurent, la membrane à base d’OPV occupera environ les deux tiers de la voile. Il reste encore un peu de place pour arborer son logo.

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Finesse, souplesse et légèreté : trois atouts des cellules photovoltaïques organiques. | LEYTON/MARTIN KERUZORÉ

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