Le cerveau des femmes qui ont été agressées sexuellement a été endommagé d’une manière qui augmenterait leur risque de déclin cognitif, de démence et d’accident vasculaire cérébral, ont constaté des scientifiques américains.

Par Jean-Benoit Legault, La Presse canadienne

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Description générée automatiquement Profession Santé logo 29/09/2021

Des chercheurs de l’Université de Pittsburgh ont procédé à une imagerie du cerveau de 145 femmes d’âge moyen; 68% des participantes avaient vécu un traumatisme, soit une agression sexuelle dans 23% des cas.

Les petits vaisseaux sanguins du cerveau de ces femmes semblaient avoir été abîmés, ce qui pourrait être responsable de problèmes de santé constatés plus tard.

Les chercheurs ont tenu compte d’autres facteurs qui pourraient expliquer ces dommages, comme l’âge, le tabagisme, le diabète ou l’hypertension.

Ces résultats ne surprennent pas la neuropsychologue Françoise Maheu, qui étudie l’impact de la violence sur le cerveau depuis de nombreuses années.

Ses propres travaux ont ainsi démontré que le cerveau d’une femme qui a été victime de maltraitance chronique entre les âges de 0 et 9 ans ne fonctionne pas normalement à l’âge de 15 ou 16 ans, quand on le compare à un groupe témoin.

« Il semble vraiment y avoir des atteintes au niveau du fonctionnement et même des structures », a-t-elle dit.

Le volume de certaines structures du cerveau de femmes victimes de maltraitance à l’enfance ou à l’adolescence est souvent plus petit, à l’âge adulte, que celui des femmes qui n’ont pas vécu ce genre d’expérience, indiquent par ailleurs des études menées depuis la fin des années 1990 et le début des années 2000.

Dépendant des régions du cerveau qui sont touchées, les réactions neuronales des femmes maltraitées seront diamétralement opposées à celles des femmes du groupe témoin, a dit Mme Maheu.

« Quand on les compare au groupe contrôle, on se rend compte que leur cerveau est comme à l’opposé, a-t-elle précisé.

Quand le groupe contrôle a une réaction X, alors le groupe contrôle réagit soit trop fort, soit pas assez fort. »

Des travaux, dont ceux de Mme Maheu, ont démontré que les femmes maltraitées présentent des niveaux d’anxiété et de dépression chronique plus élevés à l’âge adulte.

« Ce sont des gens qui régulent moins bien leurs émotions, qui sont plus réactifs à des expériences négatives », a-t-elle dit.

D’autres études ont établi une association entre la dépression chronique à l’âge adulte et la démence plus tard pendant la vie.

Donc, si les femmes agressées sexuellement sont ensuite plus vulnérables à la dépression, cela pourrait ouvrir la porte à une démence quelques années plus tard – essentiellement l’effet domino dont témoignent les chercheurs de l’Université de Pittsburgh.

L’impact de l’environnement sur la manière dont l’ADN s’exprime, ce que les chercheurs appellent « l’épigénétique », pourrait être en cause.

Dans le cas des femmes agressées sexuellement, ce traumatisme viendrait modifier la manière dont l’ADN s’exprime dans leur cerveau, entraînant les altérations mesurées par différents chercheurs.

« Donc ça pourrait être qu’une cascade d’événements nous rendrait moins tolérants aux expériences négatives et ça serait lié à l’apparition d’anxiété, de dépression et même de troubles au niveau cardiovasculaire, et ce sur le long terme », a dit Mme Maheu.

Des scientifiques croient toutefois que des expériences positives pourraient avoir l’effet inverse et être en mesure de renverser la vapeur.

Des travaux menés sur des souris à l’Université McGill portent à le croire, mais le tout reste encore à démontrer de manière plus formelle.

« Mais si je mets mon chapeau de clinicienne, je peux vous dire que renverser une expérience négative, comme un abus chronique à l’enfance, ce n’est pas simple, même avec des thérapies », a dit Mme Maheu.

Les conclusions de l’étude américaine ont été dévoilées lors d’un congrès récent de la North American Menopause Society.

Elles seront également publiées prochainement par le journal médical Brain Imaging and Behavior.