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« Elle se manifeste différemment chez les enfants par rapport aux adultes: moins visible, plus difficile à comprendre et donc plus compliquée à soigner. » explique la psychothérapeute.

Par  Catherine VerdierPsychologue-psychothérapeute-analyste pour enfants et adolescents

Les enfants expriment leur dépression de façon différente de celle des adultes au travers de multiples symptômes dont les principaux sont la tristesse et le désintérêt. RIDVAN_CELIK VIA GETTY IMAGES

Les enfants expriment leur dépression de façon différente de celle des adultes au travers de multiples symptômes dont les principaux sont la tristesse et le désintérêt.

ENFANTS – La pandémie a mis à mal la santé psychique avec de nombreuses conséquences sur les enfants et adolescents: troubles psychiques, troubles dépressifs (qui ont doublé durant le premier confinement chez les 15-24 ans), phobies scolaires, phobies sociales, addictions…

La dépression interpelle plus spécifiquement les pouvoirs publics car pouvant conduire au suicide.

Santé publique France* a renforcé sa surveillance et lancé des études en population ainsi qu’une campagne de prévention adaptée aux adolescents a été conçue pour les inciter à parler et recourir aux dispositifs d’aide à distance.

La dépression se manifeste différemment chez les enfants par rapport aux adultes: moins visible, plus difficile à comprendre et donc plus compliquée à soigner; sans compter le désarroi des parents face à la souffrance de leur enfant.

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Les symptômes de la dépression infantile

Les enfants expriment leur dépression de façon différente de celle des adultes au travers de multiples symptômes dont les principaux sont la tristesse et le désintérêt.

Sur le plan psychique:

  • Une tristesse;
  • Une perte de l’estime de soi (se dévalorise);
  • Pensées négatives;
  • Une instabilité de l’humeur (passe du rire aux larmes);
  • Des troubles de l’humeur: irritabilité, agressivité.

Socialement:

  • Majoritairement un désintérêt;
  • Une excitation débordante, ou à l’inverse une tendance à l’isolement;
  • Une perte d’intérêt pour le jeu.

La dépression peut ralentir les apprentissages (inhibition intellectuelle) avec des difficultés scolaires inhabituelles, des difficultés de concentration, un absentéisme marqué voire une phobie scolaire.

Physiquement, peuvent apparaître des troubles de l’appétit, des douleurs physiques, comme des maux de ventre ou de tête, un sommeil perturbé, une perte d’appétit ou de poids (l’enfant ne suit plus sa courbe de croissance).

C’est la conjonction de plusieurs de ces facteurs ainsi que l’intensité et la durée des symptômes (plus de 2 à 3 semaines suivant l’âge) qui doivent alerter les parents/enseignants/pédiatres.

Les adolescents

Chez l’adolescent, ce sont les changements de comportement et/ou les difficultés avec l’école qui doivent alerter les adultes.

La dépression s’exprime davantage par des comportements:

  • Irritabilité;
  • Agitation;
  • Agressivité, violence verbale, voire physique;
  • Désinvestissement scolaire;
  • Conduites à risque (abus d’alcool, de drogue);
  • Mutilations (scarifications), accidents à répétition;
  • Discours suicidaire, tentative de suicide.

Il est difficile pour les adultes de déterminer si c’est un moment dépressif faisant partie de la maturation de l’enfant/adolescent ou une dépression installée.

La dépression chez l’enfant est souvent “sous-évaluée”

Certains événements de la vie favorisent l’apparition de symptômes dépressifs: deuil, séparation, mort d’un animal de compagnie, événement traumatique, hospitalisation, placement et actuellement, l’insécurité sanitaire liée à la pandémie.

Selon Daniel Marcelli, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, “cette séparation peut être temporaire, mais susciter une angoisse d’abandon qui persiste bien au-delà du retour à la situation normale”.

L’environnement familial avec un parent dépressif peut conduire l’enfant à s’identifier à celui-ci:

  • Une carence parentale;
  • Une maltraitance parentale;
  • Les facteurs de contribution au risque suicidaire chez les adolescents incluent les conflits interpersonnels, le harcèlement entre pairs.

Attention, car l’adolescence est une période d’instabilité et de confusion émotionnelle où les sautes d’humeur sont fréquentes. N’hésitez pas à consulter un spécialiste en cas de doute.

Que faire?

Les symptômes et les risques sont à prendre au sérieux. L’enfant est en souffrance même si pour vous, la perte d’un animal par exemple, peut sembler anodine.

Le diagnostic par un professionnel du psychisme des enfants (entretien, bilan physique, tests projectifs) est la première étape.

Un accompagnement thérapeutique, indispensable, peut porter sur l’enfant ou son environnement s’il y est mal à l’aise.

La psychothérapie peut varier dans sa forme, sa durée selon l’âge de l’enfant: plus il est jeune, plus les parents seront impliqués dans la thérapie.

L’hospitalisation peut s’avérer nécessaire ainsi qu’un support médicamenteux.

Mais quoi qu’il en soit, la simple reconnaissance de cette dépression “peut avoir une valeur thérapeutique: le médecin énonce “la dépression” et la souffrance possible de l’enfant, les parents y sont sensibles et trouvent souvent eux-mêmes des réponses sous forme d’une meilleure attention, d’une compréhension des difficultés comportementales ou scolaires…

La valeur thérapeutique de cette reconnaissance est, en effet, d’autant plus grande que les parents ne se sentent pas accusés, mis en cause aussi bien par le consultant que par leur propre enfant. 

Dans ce cas, le diagnostic, quelques consultations thérapeutiques, quelques aménagements relationnels font rapidement évoluer puis disparaître les symptômes” explique Daniel Marcelli.

Quel avenir pour un enfant dépressif?

Bonne nouvelle: un trouble dépressif réactionnel (en relation avec un événement identifié tel que deuil ou séparation) n’est presque jamais suivi d’une dépression majeure.

En revanche pour une dépression caractérisée, le risque de rechute à l’adolescence peut atteindre 70% après 5 ans.

Dans ce cas, il est très important de garder un lien avec le thérapeute durant l’évolution de l’enfant.

Quant à l’âge adulte, il est difficile de trancher: certaines études montreraient que les enfants dépressifs ne font pas des adultes dépressifs.

D’où l’importance de la prise en charge thérapeutique qui conduit un patient à mieux se connaître, à “travailler” la relation enfant-parent, la dynamique familiale, les compétences psychosociales…

De cette dépression infantile, si difficile à gérer pour les parents voire culpabilisante pour tout le monde, peut naître un rapprochement avec les parents, une véritable connaissance de soi et (re) connexion avec les autres.

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Étude Santé publique France

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