Publié le 11-09-2020

La pandémie de Covid-19 poursuit sa propagation en patch work sur la planète et avait tué plus de 905 000 terriens ce jeudi. Mais tandis que nos connaissances sur ce nouveau virus s’accumulent à une vitesse inenvisageable jusqu’ici (plus de 53 000 publications sur pubmed en 8 mois !), virologues, épidémiologistes, soignants et politiques sont assaillis jour après jour par de nouvelles incertitudes qui viennent entraver nos efforts pour juguler la maladie. 

Incertitudes sur la stabilité du virus dont les mutations sont surveillées comme le lait sur le feu (SARS-CoV-2, une mutation qui change (peut-être) tout ?). 

Incertitudes sur l’évolution de l’épidémie, car, au-delà des discussions byzantines sur le fait de savoir si nous assistons en Europe à une “deuxième vague”, à la fin de la première vague, à un rebond ou à des soubresauts sans lendemain, nul ne peut s’aventurer sans risque à dire de quoi l’avenir sera fait. Et si l’augmentation du nombre de contaminations constatée dans beaucoup de pays du monde se traduira dans quelques jours, comme le pensent les Cassandre, par un accroissement majeur du nombre de sujets admis en réanimation et de décès ou si les deux courbes se sépareront comme l’espèrent les plus optimistes. 

Incertitudes sur la gravité de la maladie elle-même puisqu’après quelques mois de pandémie nous ne connaissons pas avec certitude le taux de létalité associée à cette infection, un taux de 0,6 % de décès parmi les sujets à PCR positives étant calculé par une étude islandaise récente (Sur la piste des anticorps contre le SARS-CoV-2 en Islande) quand d’autres travaux évoquent des pourcentages de décès nettement plus élevés.

Incertitudes sur les meilleures techniques et stratégies de dépistage et notamment sur la place du dépistage salivaire par PCR (Le test salivaire, une alternative fiable pour le diagnostic de la Covid-19), la recherche d’antigènes viraux (Dépistage : des tests antigéniques avec résultats en moins de 30 minutes bientôt utilisés massivement ?) ou la réorganisation du dépistage par PCR actuellement débordé (Le dépistage actuel est trop déconnecté de l’enjeu médical : une interview de François Blanchecotte).

Incertitudes sur la durée optimum de l’isolement des sujets contacts, sa réduction à 7 jours, comme suggérée par le Conseil scientifique, rendant la mesure plus acceptable par la population mais sans doute un peu moins efficace en terme de risque de dissémination (Accord du conseil scientifique pour un isolement réduit à sept jours).

Incertitudes sur l’éventualité d’un nouveau confinement (généralisé ou localisé) si l’épidémie flambait à nouveau malgré les dénégations des décideurs. 

Incertitudes sur l’intérêt de l’obligation du port du masque en extérieur et en tous lieux très contestée par certains épidémiologistes et une partie de la population (Le Conseil d’Etat valide globalement l’obligation du port du masque dans la rue).

Incertitudes sur la meilleure stratégie de gestion de la crise par les autorités (Santé publique : Girondins ou Jacobins).

Incertitudes (totales) sur la date à laquelle nous pouvons espérer disposer de vaccins efficaces et sûrs et donc sortir de la crise (Suspension de l’essai du vaccin Covid d’Astra-Zeneca : piqûre de rappel pour le monde).

Enfin et surtout peut-être, incertitudes sur la proportionnalité des mesures sanitaires que nous avons et devons opposer à la pandémie en regard de leurs conséquences économiques, culturelles et sociales désastreuses (Covid-19 : impossible de s’en laver les mains / Bangladesh, une extrême pauvreté après le confinement).

Pardonnez-nous de vous laisser dans l’incertitude.

« Tu ne meurs pas de ce que tu es malade : tu meurs de ce que tu es vivant» (Montaigne)