WIXXMAG - Pour les parents de préadosBouger et bien manger   19 mars 2018  dans Société  par Marjolaine Arcand

Hyper sécurité: pourquoi la surprotection nuit-elle au développement de l’enfant?

On le sait, le jeu libre est important, voire nécessaire au bon développement des enfants. Confiance en soi, apprentissage du risque, développement moteur, et valorisation de l’effort ne sont que quelques-uns des nombreux bénéfices que les enfants en retirent. 

LE JEU LIBRE, C’EST QUOI?
Pour être qualifié de « libre », le jeu doit :

  • être initié par l’enfant;
  • être autorégulé par l’enfant, qui doit rester maître de son jeu, décider avec qui il joue, en choisir les règles, etc.

Or, lorsque le parent intervient dans le jeu libre, il diminue le plaisir (et les bénéfices) que l’enfant en tire.

« On a de plus en plus tendance à engager nos enfants dans des activités encadrées » a souligné le kinésiologue Bruno Durand lors de la conférence sur l’hyper sécurité organisée par la communauté 100° de Lanaudière en février dernier.

Selon lui, en enfant qui fait, par exemple, une activité de bricolage dirigée, doit suivre des consignes et respecter des étapes. « On s’éloigne du jeu libre. Des chercheurs qui s’intéressent à l’importance du jeu libre depuis les années 50 ont remarqué une diminution du jeu libre et actif. Aujourd’hui, les enfants passent le sixième du temps qu’ils passaient à faire des jeux libres », se désole-t-il.

Et au même moment, les problématiques de santé mentale augmentent de façon fulgurante chez les enfants. « On compte 8 fois plus de cas d’anxiété et de dépression. La corrélation est là, avec la diminution du jeu libre », soulève le kinésiologue.

http://www.wixxmag.ca/documents/images/bruno-durand-100-degres-hyper-securite.jpg Le kinésiologue Bruno Durand  Crédit photo: 100°

Mais pourquoi les enfants abandonnent-ils le jeu libre?

Bruno Durand indique que plusieurs raisons poussent peu à peu les enfants à se désintéresser du jeu actif à l’extérieur, notamment l’hyper sécurité « Les parents ont une crainte irrationnelle que quelque chose de grave arrive à leur enfant s’ils le laissent sortir seul. Une crainte souvent exacerbée par les médias, ce qui amène à surprotéger nos enfants et à les retirer de leur habitat naturel (la nature) », explique-t-il.

Le kinésiologue croit que l’hyper encadrement des parents est aussi derrière la diminution du jeu libre. « Les parents ont l’impression que l’activité doit être structurée pour que l’enfant s’amuse. Ils ont la perception d’avoir à intervenir pour qu’il développe ses qualités. » Il cite aussi les jeux éducatifs et émissions pédagogiques. « L’école sort de l’école. Les principes éducatifs des professeurs se rendent à la maison et dans les CPE ».

Ce que les parents en pensent… et ce qu’ils font!

Pourtant, selon un rapport présenté par l’Université du Québec en Outaouais en collaboration avec Kino-Québec, les parents sont majoritairement en accord avec le jeu libre et actif, affirmant que les avantages que procure à leur enfant ce type de jeu l’emportent sur les risques de blessures mineures (88%). De plus, 95% d’entre eux trouvent important que leur enfant vive des expériences qui représentent un défi physique.

C’est dans la pratique que ça se corse, puisque seulement le quart des enfants sont autonomes dans leur quartier, 25% d’entre eux  jouent régulièrement à des jeux de chamaille (qui permettent aux enfants de développer bon nombre d’habiletés) , et seulement 11% sont autorisés à grimper aux arbres.

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7 façons de changer les choses

Selon, Bruno Durand, kinésiologue et formateur pour Attention enfants en mouvement, la révision de certaines règles peut avoir un impact positif sur le développement moteur, la réussite scolaire et le mode de vie physiquement actif des enfants.

1. Se questionner sur nos règles actuelles

C’est important de changer les règles pour que nos enfants soient encore des enfants.

2. Diminuer la pression sur nos épaules

Cesser la recherche de la performance à tout prix, accepter les erreurs.

3. Laisser les enfants s’ennuyer

Leur laisser du temps libre. L’ennui est important, ça leur permet de découvrir ce qu’ils aiment, ce qui les anime.

4. Réapprendre à faire confiance aux enfants

Sensibiliser les enfants au risque et leur apprendre comment y faire face. Puis leur laisser un peu de liberté!

5. Laisser les enfants connecter avec la nature

Même en milieu urbain, ça fait bouger. Même quand il pleut. Même quand c’est salissant!

6. Tisser des liens dans le quartier

S’il n’a pas d’amis au parc ou dans la ruelle, l’enfant rentrera chez lui. Tissez des liens dans votre voisinage, convenez de moments où les enfants peuvent jouer à l’extérieur ensemble, organisez avec les parents un horaire de supervision au parc du quartier, démarrez un Trottibus, etc.

7. Impliquez-vous à l’école, dans les milieux de garde et les CPE

Les parents ont un grand impact sur les règles en place dans ces milieux. Certains endroits interdisent les jeux de chamaille ou de ballons à la demande des parents plus craintifs. Votre implication peut permettre de changer les choses!

Ce sujet vous intéresse? Consultez notre dossier sur le jeu libre!

Sources :

Pour suivre Marjolaine Arcand   Marjolaine Arcand Rédigé par Marjolaine Arcand

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WIXXMAG - Pour les parents de préados Bouger et bien manger – Entrevue avec Bianca Longpré     7 mars 2018  dans Société  par Marjolaine Arcand

Surprotection: comment lâcher prise en tant que parent?

Surprotection: comment lâcher prise en tant que parent? http://www.wixxmag.ca/documents/images/bianca-longpre-mere-ordinaire-hyper-securite.jpg

« Il faut arrêter de capoter, d’avoir peur, et faire confiance à nos enfants », lance la blogueuse Bianca Longpré, à propos de la tendance des parents à surprotéger leur progéniture. Entrevue avec une maman ordinaire qui se dit « à boutte » de l’hyper sécurité et qui a décidé de lâcher prise.

Blogueuse, chroniqueuse, auteure et productrice, Bianca Longpré fait rigoler les internautes avec ses publications humoristiques sur Facebook qui racontent les hauts et les bas de sa vie de maman de 3 enfants et belle-mère d’un grand adolescent.

Elle a déjà fait partie de ces parents prêts à tout pour éviter le moindre petit bobo. Verrous, casque de vélo, savon antiseptique, bodyguard, papier bulle… On exagère à peine! « J’étais tellement protectrice pour mon premier enfant. Je mettais des barrières partout. Puis arrive le deuxième, et on a moins le temps. Et au troisième enfant… on essaie juste de garder tout le monde en vie (rires) ».

« Aller au parc seul à 8 ans, ou grimper dans un arbre, c’est aventureux. Grimper dans un arbre en feu, ÇA, c’est dangereux! »

– Bianca Longpré

Elle est donc bien placée pour comprendre la position des parents qui font tout pour éviter à leurs petits de se blesser. Mais elle les invite tout de même à lâcher prise. « Il faut arrêter ça. On est en train de scrapper nos enfants avec la surprotection. Rappelez-vous comment c’était dans notre temps, et ce que ça nous a apporté. On a appris à bouger, à se débrouiller, à être autonome, à être créatif, à faire des choix. Et quand on grandi, c’est juste ça la vie, faire des choix! »

La différence entre risque et aventure

Selon elle, les parents auraient avantage à relativiser. « Il y a une différence entre jeu d’aventures et jeu dangereux. Aller au parc seul à 8 ans, ou grimper dans un arbre, c’est aventureux. Grimper dans un arbre en feu, ÇA, c’est dangereux! »

 LE JEU D’AVENTURE
Ce qu’on appelle le jeu d’aventure (ou « risky play » en anglais) consiste à laisser son enfant, dans une certaine mesure, prendre des petits risques physiques en jouant.

Il peut s’agir de sauter de haut, de se balancer, de jouer sur un terrain qu’il connaît peu, de grimper, de courir, de glisser. Le jeu d’aventure est physique.

 

LE JEU LIBRE
Le jeu libre peut être physique ou statique. Il peut prendre place à l’extérieur ou dans la maison. Pour le parent, favoriser le jeu libre, c’est chose facile (du moins, en apparence!) : suffit de laisser aller le jeune dans les décisions de son jeu.

Le véritable danger : les écrans

Bianca Longpré ramène la problématique du temps-écran sur le tapis. Certains parents croient leurs enfants en sécurité sur le divan, devant la télé. Pourtant, le risque est certainement plus grand de laisser son enfant inactif devant un écran que de l’envoyer jouer dehors sans supervision. « Se fouler une cheville, c’est moins grave qu’être sédentaire », lance-t-elle.

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Elle considère les écrans comme une solution facile pour le parent, mais dommageable à long terme. « Moi aussi, je mettrais mes enfants devant la télé souvent en tabarouette, parce que c’est plus facile à gérer. Mais j’aime mieux les voir s’ennuyer que de végéter devant la télé ».

5 trucs de mère de Bianca Longpré pour en finir avec la surprotection

1. Se calmer

« Pour passer par-dessus mes peurs, je dois arrêter d’imaginer le pire. Je me rappelle ce que je faisais à leur âge. En plus, on transmet souvent nos peurs à nos enfants et je ne veux pas que ça arrive, alors je me calme. »

2. Apprendre aux enfants à faire face aux risque

« Si on a peur qu’un étranger aborde notre enfant au parc, on doit bien le préparer à cette situation. On aura davantage confiance si on sait que notre enfant est prêt. »

3. Faire confiance au papa

« Je ne veux pas généraliser, mais c’est bien souvent les mamans qui sont plus inquiètes. Les pères laissent souvent plus de lousse, et permettent des jeux plus aventureux. Il faut lui faire confiance. »

4. Ne pas se remettre en question

« Je laisse ma fille grimper aux arbres et je sens parfois le regard inquiet des autres parents. J’essaie de ne pas me remettre en question. Je sais que c’est la bonne chose pour elle. »

5. Faire des semaines sans écrans

« On a le sentiment que les enfants sont en sécurité devant l’écran, mais c’est faux! Les semaines sans écrans nous permettent de laisser plus de liberté à nos enfants… parce qu’on finit par être tannés qu’ils nous tournent autour! Allez jouer dehors! »

Ce sujet vous intéresse? Consultez notre dossier sur le jeu libre

Marjolaine Arcand Rédigé par Marjolaine Arcand Voir tous les articles »