%alt% Sciences et Avenir septembre 2018 – Date de publication : 11 septembre 2018

Sciences et Avenir rapporte que « faire des études longues permet d’augmenter sa “réserve cognitive” et ainsi retarder l’apparition de démences », d’après une nouvelle étude de l’Inserm publiée dans la revue American Journal of Epidemiology.
« Ainsi, l’augmentation du nombre d’années d’étude observées dans la population générale pourrait expliquer la baisse de l’incidence des démences constatées ces dernières décennies », poursuit le magazine.
« Malgré cela, l’augmentation de l’espérance de vie et l’accroissement de la population mondiale vont conduire à une augmentation du nombre de personnes atteintes de démence liées à l’âge dans le futur », souligne l’Inserm, qui ajoute que « les projections prévoient 131,5 millions de personnes seront concernées d’ici 2050 dans le monde, contre 50 millions aujourd’hui – d’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) -, avec une proportion conservée de trois quarts de maladies d’Alzheimer ».
« Des chercheurs ont comparé l’évolution sur 12 ans de 1.425 Français âgés de 78 à 88 ans. Ils les ont partagés en deux groupes nés à 10 ans d’écart. La première génération était ainsi née entre 1903 et 1912, et la seconde entre 1913 et 1922. Leurs capacités cognitives été évaluées tous les 2 à 3 ans grâce à quatre tests évaluant le fonctionnement cognitif global, la fluence verbale (capacité à délivrer rapidement et de façon pertinente une information), la mémoire de travail (maintien et manipulation de l’information à court terme) et les fonctions exécutives et la vitesse de traitement de l’information (DSST). Un cinquième test évaluait leur autonomie », détaille l’article.
« Les chercheurs ont alors constaté que la seconde génération présentait des scores supérieurs à ceux de la première génération pour les quatre tests cognitifs au moment de l’inclusion », indique-t-il. « Le niveau d’éducation était très amélioré entre la première et la deuxième génération (31,4% des G1 n’avaient pas de diplôme contre 18,2% des G2), ce qui expliquait une grande partie des différences de score ‘de base’ entre les deux générations pour tous les domaines cognitifs », expliquent les auteurs de la publication après analyse statistique des résultats.
« Outre un niveau d’éducation moyen plus élevé, La seconde génération occupait en effet des postes plus stimulants intellectuellement et utilisait davantage d’antihypertenseurs et d’hypocholestérolémiant que la première », note le magazine. « Une exception cependant, le critère de la mémoire de travail, qui n’était “que partiellement” impactée par le niveau d’éducation, suggérant que “d’autres facteurs en plus de l’éducation” pouvaient “contribuer à l’amélioration du niveau cognitif au fil du temps” », nuance-t-il.
« Côté autonomie, les scores étaient équivalents au début de l’étude, et pourtant elle s’est également révélée davantage préservée dans le second groupe. Pour les chercheurs, cela pourrait s’expliquer par l’évolution d’une génération à l’autre de la nature des tâches qu’implique la notion d’autonomie. Ainsi, la seconde génération aurait été confrontée à “des activités telles que la conduite, l’utilisation du téléphone ou la gestion d’un budget nécessitant des capacités cognitives plus importantes qu’auparavant“, d’après les auteurs dans la publication », poursuit le magazine.
« Une hypothèse qui confirmerait qu’une réserve cognitive plus importante en début de vie permettait de différer l’arrivée de la démence », résume-t-il.
« Retarder l’arrivée de l’arrivée de la maladie est d’autant plus important qu’une fois la démence installée, la vitesse du déclin cognitif était en revanche identique entre les deux groupes », observe Sciences et Avenir.
« Notre travail confirme l’impact bénéfique de l’éducation sur la cognition. Les personnes qui ont davantage étudié ont une réserve cognitive plus importante, ce qui leur permet de mieux compenser d’éventuelles lésions cérébrales. Par conséquent, même si la vitesse de déclin est équivalente entre deux générations, le fait de partir d’un niveau cognitif plus élevé permet, d’une certaine façon, de préserver plus longtemps ses capacités cognitives et son autonomie », conclut Leslie Grasset, premier auteur de ces travaux.