Actualités – publiée le 30/01/2022 par Équipe de rédaction Santélog

Molecular Metabolism

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Cette petite étude pilote nous en apprend sur la relation entre sommeil et exercice et comment pratiqué après une nuit écourtée l’exercice intense peut parfois stresser le cœur.

L’équipe de chercheurs de l’Université d’Uppsala (Suède) révèle ainsi, dans la revue Molecular Metabolism, comment les niveaux de troponine, un biomarqueur de lésions cardiaques, augmentent légèrement plus après un sommeil écourté.

Les participants invités à pratiquer un exercice intense après une nuit de sommeil normal et après 3 nuits de sommeil présentent ainsi des niveaux de troponine légèrement accrus après une légère privation de sommeil.

Si cette petite étude est menée sur un échantillon pour en tirer des conclusions définitives et pertinentes pour la santé cardiovasculaire, ces premières données incitent à lancer des recherches plus larges sur la relation optimale entre sommeil et exercice.

De nombreuses études épidémiologiques ont associé, en population générale, un manque de sommeil chronique et un risque accru de maladies cardiovasculaires, telles que l’hypertension artérielle et l’infarctus du myocarde.

En revanche, l’exercice physique est un facteur bien démontré de réduction du risque cardiovasculaire.

Cependant, on ignore si la privation de sommeil influe sur le stress cardiaque en cas d’exercice intense.

Manque de sommeil, exercice intense et risque cardiaque ?

« L’exercice est excellent pour le cœur, le manque de sommeil peut avoir un impact négatif sur le système cardiovasculaire », résume l’auteur principal, le Dr Jonathan Cedernaes, professeur agrégé de biologie cellulaire médicale à l’Université d’Uppsala : « Alors qu’en est-il de l’exercice après une privation de sommeil ? ».

La troponine est présente sous une forme spécifique dans les cellules musculaires du cœur.

De faibles quantités de troponine peuvent être libérées après un entraînement intense.

Les niveaux de troponine sont un marqueur systématiquement testé en routine clinique, car des niveaux plus élevés de troponine peuvent être observés en cas d’événements cardiovasculaires aigus.

De plus, des niveaux sanguins plus élevés de troponine après l’exercice ont déjà été liés à un risque prospectif relativement accru de maladies cardiovasculaires.

La libération de troponine pendant l’exercice peut en effet être affectée par la restriction du sommeil.

Des données de la littérature complexes : les données en population générales indiquent que l’exercice peut contrecarrer les effets négatifs de la perte de sommeil chronique sur le système cardiovasculaire.

Pratiquer l’exercice régulièrement, tout en dormant moins que la quantité idéale, permet tout de même de réduire son risque de décès de maladie cardiovasculaire.

Cependant, il reste possible qu’un manque de sommeil chronique à long terme puisse augmenter le risque relatif de lésion cardiaque induite par un exercice plus intense.

Cependant, la plupart des personnes souffrent d’un manque de sommeil temporaire, et, par ailleurs le besoin de sommeil est très individuel.

L’étude a suivi 16 jeunes hommes, en bonne santé et de poids normal.

La santé cardiovasculaire des participants a été soigneusement évaluée, les antécédents personnels et familiaux également pris en compte.

Tous les participants avaient des habitudes de sommeil normales dans la plage recommandée, c’est-à-dire qu’ils dormaient de 7 à 9 heures par nuit, de façon régulière.

Les participants ont été suivis en laboratoire du sommeil.

  1. Dans l’une des deux sessions, les participants ont dormi sur une durée normale, 3 nuits de suite ;
  2. Au cours de la deuxième session, les participants ont été maintenus éveillés pendant la moitié de la nuit, 3 nuits de suite.

Des prélèvements sanguins ont été effectués le matin et le soir.

Des échantillons de sang ont également été prélevés le dernier jour, avant et après une séance de vélo stationnaire intense de 30 minutes.

Les chercheurs ont mesuré 2 biomarqueurs cardiaques, le NT-proBNP qui reflète la charge sur le cœur et la troponine, un marqueur de lésion cardiaque.

L’analyse révèle que :

  • Les niveaux de NT-proBNP augmentent en réponse à l’exercice, mais cette augmentation ne diffère pas avec pas la durée du sommeil ;
  • En revanche, les niveaux sanguins de troponine qui augmentent après l’entraînement, augmentent à des niveaux 40 % plus élevés après 3 nuits de restriction de sommeil ;
  • Pourtant, sans pratique de l’exercice (ou avant l’exercice) les niveaux de troponine et de NT-proBNP ne sont pas différents en cas de restriction du sommeil préalable ou après une bonne durée de sommeil ;
  • Enfin, l’augmentation des niveaux de troponine circulante après l’exercice et après une privation de sommeil, apparaît variable selon les participants.

Ainsi, s’il n’existe aucune preuve de la nocivité pour le cœur de pratiquer un exercice intense après une nuit écourtée, il reste préférable de dormir suffisamment pour optimiser l’impact positif de l’exercice physique.

Les chercheurs concluent qu’il serait intéressant d’examiner les augmentations de troponine et leurs effets possibles chez des groupes spécifiques de personnes.

Par exemple, les athlètes ou a contrario, chez les personnes à risque cardiovasculaire préexistant.

La limite de cette étude passionnante est son modeste échantillon.

Source: Molecular Metabolism 26 Jan, 2022 DOI: 10.1016/j.molmet.2022.101445 Effects of curtailed sleep on cardiac stress biomarkers following high-intensity exercise